Pour administrer un réseau OSPF correctement, il est indispensable de comprendre le fonctionnement interne du protocole.
à l'intérieur d'une même zone, les routeurs fonctionnant sous OSPF doivent préalablement remplir les tâches suivantes avant de pouvoir effectuer leur travail de routage :
Le processus de routage OSPF est inactif sur tous les routeurs de la Figure 1, « Exemple de topologie ».
Les routeurs OSPF sont bien élevés. Dès qu'ils sont
activés, ils n'ont qu'une hâte : se présenter et faire connaissance avec
leurs voisins. En effet, lorsque le processus de routage est lancé sur R1
(commande router ospf), des paquets de données
(appelés paquets HELLO) sont envoyés sur chaque interface
où le routage dynamique a été activé (commande
network).
L'adresse multicast 224.0.0.5 est utilisée, tout routeur OSPF se considère comme destinataire. Ces paquets ont pour but de s'annoncer auprès de ses voisins. Deux routeurs sont dits voisins s'ils ont au moins un lien en commun. Par exemple, sur la Figure 1, « Exemple de topologie », R1 et R2 sont voisins mais pas R1 et R3.
Lorsque le processus de routage OSPF est lancé sur R2, celui-ci
récupère les paquets HELLO émis par R1 toutes les 10
secondes (valeur par défaut du temporisateur appelé hello
interval). R2 intègre l'adresse IP de R1 dans une base de
données appelée «base d'adjacences» (adjacencies
database). Cette base contient les adresses des routeurs
voisins. Vous pourrez visionner son contenu grâce à la commande
show ip ospf neighbor. R2 répond à R1 par un paquet IP
unicast. R1 intègre l'adresse IP de R2 dans sa propre
base d'adjacences. Ensuite, généralisez ce processus à l'ensemble des
routeurs de la zone.
Cette phase de découverte des voisins est fondamentale puisque OSPF est un protocole à état de liens. Il lui faut connaître ses voisins pour déterminer s'ils sont toujours joignables et donc déterminer l'état du lien qui les relie.
Dans une zone OSPF composée de réseaux de diffusion (broadcast networks) ou de réseau à accès multiples sans diffusion (non broadcast multiple access networks ou NBMA), l'un des routeurs doit être élu «routeur désigné» (DR pour Designated Router) et un autre «routeur désigné de secours» (BDR pour Backup Designated Router). Le «routeur désigné» (DR) est un routeur particulier qui sert de référent pour la base de données topologique représentant le réseau.
Pourquoi élire un routeur désigné ? Cela répond à trois objectifs :
réduire le trafic lié à l'échange d'informations sur l'état des liens (car il n'y a pas d'échange entre tous les routeurs mais entre chaque routeur et le DR),
améliorer l'intégrité de la base de données topologique (car cette base de données doit être unique),
accélérer la convergence (souvenez-vous, c'était le talon d'Achille de RIP).
Comment élire le DR ? Autrement dit, qui va se taper la corvée d'expliquer à ses petits camarades la topologie du réseau ? On ne demande pas qui sait parler anglais ou couper les cheveux comme au temps de la conscription. Mais comme il faut bien un critère, le routeur élu est celui qui a la plus grande priorité (Router ID ou RID). La priorité est un nombre sur 8 bits fixé par défaut à 1 sur tous les routeurs. Pour départager les routeurs ayant la même priorité, celui qui est élu a la plus grande adresse IP sur une interface de boucle locale (loopback interface) ou sur un autre type d'interface active. Le BDR sera le routeur avec la deuxième plus grande priorité.
Afin de s'assurer que votre routeur préféré sera élu
DR, il suffit de lui affecter une priorité supérieure à 1
avec la commande ospf priority. Vous devrez faire ceci
avant d'activer le processus de routage sur les routeurs car, une fois élu,
le DR n'est jamais remis en cause même si un routeur avec une priorité plus
grande apparaît dans la zone.
Il faut maintenant constituer la base de données topologique. Les
routeurs communiquent automatiquement les routes pour les réseaux qui
participent au routage dynamique (ceux déclarés avec la commande
network). Zebra et son
successeur Quagga étant multiprotocoles, ils
peuvent également diffuser des routes provenant d'autres sources que
OSPF, grâce à la commande
redistribute.
Chaque routeur (non DR ou BDR) établit une relation maître/esclave avec le DR. Le DR initie l'échange en transmettant au routeur un résumé de sa base de données topologique via des paquets de données appelés LSA (Link State Advertisement).
Ces paquets comprennent essentiellement l'adresse du routeur, le coût du lien et un numéro de séquence. Ce numéro est un moyen pour déterminer l'ancienneté des informations reçues. Si les LSA reçus sont plus récents que ceux dans sa base topologique, le routeur demande une information plus complète par un paquet LSR (Link State Request). Le DR répond par des paquets LSU (Link State Update) contenant l'intégralité de l'information demandée. Ensuite, le routeur (non DR ou BDR) transmet les routes meilleures ou inconnues du DR.
L'administrateur peut consulter la base de données topologique grâce à
la commande show ip ospf database.
Lorsque le routeur est en possession de la base de données topologique, il est en mesure de créer la table de routage. L'algorithme du SPF est appliqué sur la base topologique. Il en ressort une table de routage contenant les routes les moins coûteuses.
Il faut noter que sur une base de données topologique importante, le calcul consomme pas mal de ressources CPU car l'algorithme est relativement complexe.
Lorsqu'un routeur détecte un changement de l'état d'un lien (cette détection se fait grâce aux paquets HELLO adressés périodiquement par le routeur à ses voisins), celui-ci émet un paquet LSU sur l'adresse multicast 224.0.0.6 : le DR et le BDR de la zone se considèrent comme destinataires.
Le DR et le BDR intègrent cette information à leur base topologique. Le DR et diffuse l'information sur l'adresse 224.0.0.5 (tous les routeurs OSPF sans distinction). C'est le protocole d'inondation. Toute modification de la topologie déclenche une nouvelle exécution de l'algorithme du SPF et une nouvelle table de routage est constituée.
Voilà pour les principes fondamentaux d'OSPF mais des notions importantes restent à évoquer si vous souhaitez déployer OSPF sur de grands réseaux (en particulier sur le fonctionnement d'OSPF sur un réseau point à point et sur l'agrégation de routes). Si vous voulez approfondir, reportez-vous au livre de C. Huitema cité en bibliographie qui, bien qu'un peu ancien est très complet sur la question. Bien sûr, vous pouvez toujours vous plonger dans les différentes RFC qui constituent OSPF (la RFC2328 en particulier) et dont la lecture est toujours aussi agréable et passionnante ! (je plaisante, bien sûr).
Avant d'attaquer la pratique, un dernier concept : les zones OSPF.
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