Informatique de gestion : où en sommes-nous ?
Baisse de qualité et prise en otage des utilisateurs
L'augmentation très forte de la demande sur le marché des
logiciels de gestion n'est pas due uniquement à la nécessité
d'adapter au plus vite les outils de gestion à l'Euro et à l'an
2000. En effet, au delà de ces deux échéances, le «boom» sur les
progiciels de gestion intégrés (appelés
PGI ou ERP) est surtout révélateur du besoin de centralisation et
d'uniformisation des informations financières. Les sociétés se
tournent vers les progiciels intégrés pour centraliser dans les
maisons mères le pouvoir de décision et pour consolider les
résultats d'activités parfois très diverses. Ce besoin de
centralisation des informations financières sera de plus en plus
un moyen d'assurer le contrôle de la société holding sur leurs
sociétés, dans un cadre international. Par conséquent, même si
certains experts prédisent déjà la fin des ERP, cette demande de
produit informatique devrait se poursuivre. Elle trouvera
probablement un prolongement dans un équilibre intégrant des
solutions standards, mais en laissant cette fois une plus grande
place aux spécifités de l'entreprise..
Des utilisateurs pris en otage...
Cette demande de produits informatiques de gestion soutient le
marché de l'édition, mais parce qu'elle est trop brusque, trop
importante et trop diversifiée, elle nuit à la qualité des
logiciels proposés et au niveau service qu'est en droit
d'attendre la clientèle de ces sociétés. La non-disponibilité des
sources et la totale dépendance des clients vis-à-vis de leurs
fournisseurs fragilisent leur système d'information de manière
inacceptable.
Les logiciels libres : rendre le contrôle aux utilisateurs...
Or, par les méthodes qu'ils introduisent, les logiciels libres
répondent pleinement à ces préoccupations. La disponibilité des
sources et le droit de les modifier sont les garants d'une plus
grande indépendance des sociétés utilisatrices, et offrent ainsi
des garanties de pérennité supérieures. Le «partage» de ces
sources permet de réduire les coûts du développement interne, de
conserver la maîtrise de son informatique et de renforcer
l'adéquation du logiciel aux besoins particuliers de
l'entreprise.
Il remet toutefois en cause un grand principe sur lequel se sont
édifiés les systèmes d'information : la propriété exclusive des
développements réalisés en interne. Or, si quelques outils
informatiques sont parfois stratégiques pour une entreprise, une
grande partie du parc applicatif est en fait développée de
manière identique aux autres entreprises sans qu'elles en
retirent un avantage concurrentiel. En d'autres termes, seul une
petite partie du système d'information de l'entreprise apporte
une valeur ajoutée à son activité productive et lui permet de se
distinguer de ses concurrents. Les autres applications sont
utilisées pour répondre aux besoins administratifs. Elles ne
représentent souvent qu'un coût, qu'il convient de
minimiser. L'externalisation de ces fonctions administratives et
le développement des services de Tierce Maintenance Applicative
dans les SSII est l'illustration de ce phénomène.
Concevoir ces logiciels courants comme un bien commun dont on
peut mutualiser les coûts, au même titre que les routes par
exemple, est un stade d'évolution que peut amener la vague des
logiciels libres. Le pari en vaut la chandelle puisque l'enjeu
est le retour du contrôle de l'informatique aux entreprises
utilisatrices.
Or, il n'existe pas aujourd'hui d'application de gestion qui soit
libre et suffisamment aboutie pour un usage professionnel. Le but
du projet Borsalino est de donner sa chance à la
« révolution libre » dans le domaine de l'informatique de
gestion.
Ce projet a vocation à montrer l'exemple et à prouver la
viabilité de ce modèle dans un nouveau champ d'application pour
les logiciels libres.
Considérations fonctionnelles
Les choix fonctionnels sont guidés par les grandes tendances vers
lesquelles s'orientent les systèmes d'information des entreprises
aujourd'hui, à savoir :
La robustesse
Les utilisateurs déplorent très souvent le manque de fiabilité
de leurs applications. Cette attente regroupe trois thèmes :
La stabilité
Les utilisateurs déplorent souvent la fréquence des «plantages»
de leurs applications, qui génèrent des interruptions
nombreuses et longues pour leur maintenance. Les utilisateurs
souhaitent avant tout disposer d'applications plus stables.
La fiabilité fonctionnelle
Les utilisateurs attendent de leur application une grande
« justesse », c'est-à-dire une constance dans la
fiabilité des traitements et une transparence des traitements
afin de pouvoir comprendre les mécanismes de calcul à l'oeuvre
dans le logiciel.
La montée en charge
C'est la possibilité de résister à l'augmentation du volume des
données à traiter. Les restructurations des entreprises, les
nouvelles normes de management exigent de multiplier les angles
d'analyse des informations comptables et financières et
multiplient souvent les données à traiter. Le même système doit
être capable d'absorber un surplus de charge.
L'ouverture
La modularité pour s'adapter au métier de l'utilisateur
On parle souvent de découpage de l'application en « composant
métier ». Il s'agit en fait de la possibilité ouverte par
l'application de s'adapter aux spéciétes de l'utilisateur ou de
s'adapter à l'évolution de ses besoins dans le temps. Si une
partie de l'activité de l'utilisateur est spécifique, celui-ci
doit pouvoir spécialiser le comportement du programme ou bien
en remplacer certaines parties, en conservant l'ordonnancement
général de la chaîne.
Il ne s'agit pas de proposer des outils génériques capables de
proposer une solution adaptée à toutes les entreprises. Il
s'agit de proposer un modèle ouvert qu'il sera possible de
spécialiser par des développements spécifiques légers. Proposer
une solution identique pour tous les métiers est impossible,
mais constituer un schéma (framework) de base est
envisageable.
Prendre en compte la dimension internationale
Les outils doivent pouvoir être traduit facilement. Les
composants métiers doivent s'adapter à un comportement national,
ou bien s'inscrire dans un contexte mondialisé.
Adapter l'informatique aux flux d'information dans l'entreprise
Le système d'information doit pouvoir s'adapter aux procédures
existant dans l'entreprise. Il doit permettre à l'information de
circuler de manière fluide et cohérente et non contraindre
l'entreprise à adapter ses procédures
Lors de la mise en place de projet informatique, la démarche
consistait à adapter le travail des hommes autour de l'outil. Le
processus doit aujourd'hui être inverse. Le système informatique
ne doit pas présupposer que telles et telles fonctions sont
nécessairement cumulées sur la même personne ou que telles et
telles autres sont forcément tenues par des personnes
différentes.
Autrement dit, l'organisation ne doit pas être contrainte par
le logiciel mais celui-ci doit pouvoir s'adapter, si besoin
est, aux organisations en place. Il doit cependant pouvoir être
utilisable tel quel et proposer un modèle de comportement
standard pouvant convenir aux plus petites structures.
La possibilité d'intégrer les différents systèmes clés d'une entreprise donnée
Suivant l'activité de l'entreprise les outils centraux de son
système d'information seront différents. Il faut que l'outil en
question puisse s'adapter aux spécificités de l'activité. Le
système d'information doit donc pouvoir être ouvert et
facilement extensible.
Il doit être capable de faire face à un très grand nombre de
contraintes techniques différentes, pouvant aller jusqu'au
traitement d'information en temps réel dans certains cas. Par
exemple, une société de vente de crédit par téléphone verra
toute son activité organisée autour de son centre de prise en
charge d'appel.
Mise en garde
Bien entendu, nous ne dressons pas ici la liste des
fonctionnalités d'un futur outils de gestion. Il ne s'agit
pas de traduire en fonctionnalités toutes les tendances qui ont
été énumérées ici. Il s'agit simplement d'offrir des bases de
réflexion pour les développements futurs. En clair, cela signifie
que les choix techniques, lorsque c'est possible, devront laisser
la possibilité d'évoluer dans les directions ouvertes. Il
s'agit de favoriser des choix techniques qui soient
totalement compatibles avec ces axes de recherche.
Notre ambition en termes de développement d'outils reste très
modeste. La priorité est dans la réalisation de petits modules
restreints mais pleinement fonctionnels et utiles. Les
réflexions précédentes n'ont pour but que de faire comprendre la
complexité du domaine d'investigation et montrer combien tout
reste encore à faire en matière d'informatique de gestion.