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Informatique de gestion : où en sommes-nous ?
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Mickaël Rémond

Informatique de gestion : où en sommes-nous ?

Baisse de qualité et prise en otage des utilisateurs

L'augmentation très forte de la demande sur le marché des logiciels de gestion n'est pas due uniquement à la nécessité d'adapter au plus vite les outils de gestion à l'Euro et à l'an 2000. En effet, au delà de ces deux échéances, le «boom» sur les progiciels de gestion intégrés (appelés PGI ou ERP) est surtout révélateur du besoin de centralisation et d'uniformisation des informations financières. Les sociétés se tournent vers les progiciels intégrés pour centraliser dans les maisons mères le pouvoir de décision et pour consolider les résultats d'activités parfois très diverses. Ce besoin de centralisation des informations financières sera de plus en plus un moyen d'assurer le contrôle de la société holding sur leurs sociétés, dans un cadre international. Par conséquent, même si certains experts prédisent déjà la fin des ERP, cette demande de produit informatique devrait se poursuivre. Elle trouvera probablement un prolongement dans un équilibre intégrant des solutions standards, mais en laissant cette fois une plus grande place aux spécifités de l'entreprise..

Des utilisateurs pris en otage...

Cette demande de produits informatiques de gestion soutient le marché de l'édition, mais parce qu'elle est trop brusque, trop importante et trop diversifiée, elle nuit à la qualité des logiciels proposés et au niveau service qu'est en droit d'attendre la clientèle de ces sociétés. La non-disponibilité des sources et la totale dépendance des clients vis-à-vis de leurs fournisseurs fragilisent leur système d'information de manière inacceptable.

Les logiciels libres : rendre le contrôle aux utilisateurs...

Or, par les méthodes qu'ils introduisent, les logiciels libres répondent pleinement à ces préoccupations. La disponibilité des sources et le droit de les modifier sont les garants d'une plus grande indépendance des sociétés utilisatrices, et offrent ainsi des garanties de pérennité supérieures. Le «partage» de ces sources permet de réduire les coûts du développement interne, de conserver la maîtrise de son informatique et de renforcer l'adéquation du logiciel aux besoins particuliers de l'entreprise.

Il remet toutefois en cause un grand principe sur lequel se sont édifiés les systèmes d'information : la propriété exclusive des développements réalisés en interne. Or, si quelques outils informatiques sont parfois stratégiques pour une entreprise, une grande partie du parc applicatif est en fait développée de manière identique aux autres entreprises sans qu'elles en retirent un avantage concurrentiel. En d'autres termes, seul une petite partie du système d'information de l'entreprise apporte une valeur ajoutée à son activité productive et lui permet de se distinguer de ses concurrents. Les autres applications sont utilisées pour répondre aux besoins administratifs. Elles ne représentent souvent qu'un coût, qu'il convient de minimiser. L'externalisation de ces fonctions administratives et le développement des services de Tierce Maintenance Applicative dans les SSII est l'illustration de ce phénomène.

Concevoir ces logiciels courants comme un bien commun dont on peut mutualiser les coûts, au même titre que les routes par exemple, est un stade d'évolution que peut amener la vague des logiciels libres. Le pari en vaut la chandelle puisque l'enjeu est le retour du contrôle de l'informatique aux entreprises utilisatrices.

Or, il n'existe pas aujourd'hui d'application de gestion qui soit libre et suffisamment aboutie pour un usage professionnel. Le but du projet Borsalino est de donner sa chance à la « révolution libre » dans le domaine de l'informatique de gestion.

Ce projet a vocation à montrer l'exemple et à prouver la viabilité de ce modèle dans un nouveau champ d'application pour les logiciels libres.

Considérations fonctionnelles

Les choix fonctionnels sont guidés par les grandes tendances vers lesquelles s'orientent les systèmes d'information des entreprises aujourd'hui, à savoir :

La robustesse

Les utilisateurs déplorent très souvent le manque de fiabilité de leurs applications. Cette attente regroupe trois thèmes :

La stabilité

Les utilisateurs déplorent souvent la fréquence des «plantages» de leurs applications, qui génèrent des interruptions nombreuses et longues pour leur maintenance. Les utilisateurs souhaitent avant tout disposer d'applications plus stables.

La fiabilité fonctionnelle

Les utilisateurs attendent de leur application une grande « justesse », c'est-à-dire une constance dans la fiabilité des traitements et une transparence des traitements afin de pouvoir comprendre les mécanismes de calcul à l'oeuvre dans le logiciel.

La montée en charge

C'est la possibilité de résister à l'augmentation du volume des données à traiter. Les restructurations des entreprises, les nouvelles normes de management exigent de multiplier les angles d'analyse des informations comptables et financières et multiplient souvent les données à traiter. Le même système doit être capable d'absorber un surplus de charge.

L'ouverture

La modularité pour s'adapter au métier de l'utilisateur

On parle souvent de découpage de l'application en « composant métier ». Il s'agit en fait de la possibilité ouverte par l'application de s'adapter aux spéciétes de l'utilisateur ou de s'adapter à l'évolution de ses besoins dans le temps. Si une partie de l'activité de l'utilisateur est spécifique, celui-ci doit pouvoir spécialiser le comportement du programme ou bien en remplacer certaines parties, en conservant l'ordonnancement général de la chaîne.

Il ne s'agit pas de proposer des outils génériques capables de proposer une solution adaptée à toutes les entreprises. Il s'agit de proposer un modèle ouvert qu'il sera possible de spécialiser par des développements spécifiques légers. Proposer une solution identique pour tous les métiers est impossible, mais constituer un schéma (framework) de base est envisageable.

Prendre en compte la dimension internationale

Les outils doivent pouvoir être traduit facilement. Les composants métiers doivent s'adapter à un comportement national, ou bien s'inscrire dans un contexte mondialisé.

Adapter l'informatique aux flux d'information dans l'entreprise

Le système d'information doit pouvoir s'adapter aux procédures existant dans l'entreprise. Il doit permettre à l'information de circuler de manière fluide et cohérente et non contraindre l'entreprise à adapter ses procédures

Lors de la mise en place de projet informatique, la démarche consistait à adapter le travail des hommes autour de l'outil. Le processus doit aujourd'hui être inverse. Le système informatique ne doit pas présupposer que telles et telles fonctions sont nécessairement cumulées sur la même personne ou que telles et telles autres sont forcément tenues par des personnes différentes.

Autrement dit, l'organisation ne doit pas être contrainte par le logiciel mais celui-ci doit pouvoir s'adapter, si besoin est, aux organisations en place. Il doit cependant pouvoir être utilisable tel quel et proposer un modèle de comportement standard pouvant convenir aux plus petites structures.

La possibilité d'intégrer les différents systèmes clés d'une entreprise donnée

Suivant l'activité de l'entreprise les outils centraux de son système d'information seront différents. Il faut que l'outil en question puisse s'adapter aux spécificités de l'activité. Le système d'information doit donc pouvoir être ouvert et facilement extensible.

Il doit être capable de faire face à un très grand nombre de contraintes techniques différentes, pouvant aller jusqu'au traitement d'information en temps réel dans certains cas. Par exemple, une société de vente de crédit par téléphone verra toute son activité organisée autour de son centre de prise en charge d'appel.

Mise en garde

Bien entendu, nous ne dressons pas ici la liste des fonctionnalités d'un futur outils de gestion. Il ne s'agit pas de traduire en fonctionnalités toutes les tendances qui ont été énumérées ici. Il s'agit simplement d'offrir des bases de réflexion pour les développements futurs. En clair, cela signifie que les choix techniques, lorsque c'est possible, devront laisser la possibilité d'évoluer dans les directions ouvertes. Il s'agit de favoriser des choix techniques qui soient totalement compatibles avec ces axes de recherche.

Notre ambition en termes de développement d'outils reste très modeste. La priorité est dans la réalisation de petits modules restreints mais pleinement fonctionnels et utiles. Les réflexions précédentes n'ont pour but que de faire comprendre la complexité du domaine d'investigation et montrer combien tout reste encore à faire en matière d'informatique de gestion.

 
 
 

Dernière modification : 23 Nov 2008