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[trop long] Re: [gulliver] Dans un autre esprit


From François <francois dot joulaud at bzh dot net>
Subject [trop long] Re: [gulliver] Dans un autre esprit
Date Sun, 19 Nov 2006 02:17:53 +0100

On Le Sunday 19 November 2006, à 00:42:22, nono wrote:
> Le samedi 18 novembre 2006 à 12:26 +0100, Frederic Lehobey a écrit :
> > On Sat, Nov 18, 2006 at 08:55:54AM +0100, nono wrote:

> Pour la musique ancienne c'est même pas certain que la redistribution
> puisse se faire aussi simplement, à moins de la jouer et de
> l'enregistrer soi-même. Pour les chansons plus récentes (celles du
La redistribution de l'enregistrement n'est pas simple, celle de la
partition éditée non-plus, mais la musique en elle-même (la mélodie) est
libre. Reste à trouver des partitions libres (pas très difficile à
faire) et des enregistrements libres... 

> présent) sous GPL je n'en ai pas encore trouvées. Par compte en Creative
> Commons il y a en. Il est vrai que je ne maîtrise pas totalement les
> méandres des licences.

Un des objectifs de la dernière séance organisée sur ce thème était
justement de présenter les licences, leurs limitations et leurs
applications. 

J'aimerais bien qu'un atelier se mette en place autour de ces questions
de licences, des problèmes d'application des licences, et caetera
(peut-être proposerais-je quelque chose début 2007)


> Oui mais il semble qu'il y ait des nuances de droits avec la licence CC.
Remarque au passage, il n'existe pas 1 licence CC mais bel et bien
plusieurs licences CC qui sont très différentes les unes des autres quant
aux droits qu'elles donnent ou non.

> J'ai le sentiment que bon nombre d'animateur de médiathèque ne savent
> même pas qu'une alternative existe. C'est peut être là que Gulliver doit
> agir, sur les 3 volets : logiciels, musique, littérature mais cela me
> semble difficile de plaquer une licence commune.
Hors la musique et la littérature, si Gulliver s'étend au-delà du
logiciel il y a plein d'autres domaines auxquels on peut étendre ce
concept de "libre"[^1]. Après le tout est de savoir si cette liberté
fait du sens ou pas. 

Certaines personnes pensent les «quatres libertés» n'ont pas de sens en
dehors du logiciel. Je pensais aussi cela au début (et mon réflexe était
alors de me limiter au logiciel) mais après réflexion je pense que ces
«quatres libertés» sont beaucoup plus puissantes et peuvent avoir un
champ d'application beaucoup plus important (en gros elles peuvent
s'appliquer à toutes les oeuvres de l'esprit)

Plutôt que d'essayer de réinventer des définitions de "libre" à
géométries variables suivant les domaines et qui rendent complètement
flou et inutile (sinon comme buzzword) le recours au mot «libre» je
préfère de loin essayer de repenser complètement mon rapport aux
«quatres libertés»[^4]. Et pour l'instant cette réflexion ne m'a pas
amené à les rejeter, bien au contraire. 

> > > distribuable, modifiable à volonté. Le responsable va écouter 30
> > > secondes la compilation et benner la galette. Résultat néant et tous les
> > > arguments sur la phislosophie du libre que vous avez pris le temps
> > > d'expliquer part en vrille.
"libre" n'a jamais été synonyme de "qualité", 
si tu as jamais essayé d'installer et d'utiliser un serveur X avec
certaines distributions GNU-Linux en 1997-1998 ce serait clair[^5]

Les premiers à convaincre ne sont donc (à mon sens) pas les responsables
de médiathèques mais les créateurs eux-mêmes.[^6]

> Bon, je sens que le poids de liste va s'alourdir avec ce débat animé en
> ligne. J'en tronque une partie. Excusez-moi de ne pas répondre à tous
Ce n'est pas grave, cela montre juste la nécessité de refaire une séance
pour discuter ces questions avec des gens de toutes les sensibilités qui
s'expriment au sein de Gulliver (et pas uniquement des convaincus de la
première heure du rôle des quatres libertés)

> À mon sens, mais je peux me tromper le logiciel diffère de la musique ou
> de la littérature. 
Je ferais une nuance... oui... et non... ;-)

> Brièvement, la musique et de la littérature ne sont pas livrés en
> binaire, les sources sont implicitement livrés avec, les copier n'est
> pas diffcile. En musique, on peut y prélever des phrases musicales (en
> littérature des expressions) et les utiliser dans une autre oeuvre. Cela
> ne me gêne pas. Plaquer les textes d'une chanson d'un auteur sur la
> musique d'un autre auteur ne me gêne pas non plus. Ce qui me gêne, c'est
> de laisser la possibilité de deformer les propos dans une chanson ou
> dans un bouquin en y remplaçant une partie du texte. Je serai l'auteur,
> je n'apprécierai pas si il y a redistribution ensuite.
> Pour les logiciels, il faut les sources si on veut faire la même chose.
> Copier du code d'un soft pour le mettre dans un autre soft ne me gêne
> pas, c'est le résultat final qui importe. Modifier ou remplacer un code
> pour améliorer le soft ne me gêne pas non plus, bien au contraire.
> Donc effectivement je ne classe pas le logiciel dans le même panier que
> la musique et la littérature. 

Je pense qu'il y a beaucoup de choses ici, et je pense qu'elle se
mélangent sans forcément être en rapport les unes les autres. Mais je
vais souligner quelques points de désaccord en espérant éclaircir ce que
tu dis.

Premièrement la nuance binaire/source est une notion complètement
orthogonale à celle de la "liberté"[^7]. Elle a effectivement un sens
très fort dans le monde du logiciel où le produit fini est obtenu par un
processus automatique non trivialement réversible, elle n'est pas
aussi importante[^8] dans d'autres domaines. Mais même dans le logiciel
elle n'est pas tout, il est parfaitement possible de modifier
(améliorer, remplacer) un logiciel sous sa forme binaire[^10].

Tu as peur aussi de la déformation des propos d'un auteur, je ne vois
pas en quoi cela est si différent du logiciel. Un auteur de logiciel
peut se voir aussi mécontent si on modifie son logiciel pour en faire
un logiciel inutilisable que l'auteur de ton exemple[^9].

Ensuite, où vas-tu placer la nuance entre "prélever des phrases" pour les
réutiliser ailleurs et modifier le texte ? Cette barrière est quasiment
impossible à fixer. Est-ce que quand je transforme «Belle marquise vos
beaux yeux me font mourir d'amour» en «vos beaux yeux, belle marquise,
me font mourir d'amour» j'ai modifié le texte original ou est-ce que
j'en ai prélevé trois morceaux pour les réutiliser dans la seconde
phrase ? [^11]

> Pour conclure (ouf): Je nuance la liberté de "modification" dans le
> cadre de la "redistribution" si cette modification va à l'encontre de
> l'esprit original de l'oeuvre. 

Je conclus donc aussi : je ne suis pas sûr que cette liberté de
modification (et de redistribution de la forme modifiée, cela va sans
dire) ait un sens partout, je ne suis pas sûr par exemple, que je
publierais un pamphlet politique en en permettant une utilisation
totalement libre. Mais plus j'y pense et plus je me dis que ce n'est pas
impossible. 

Alors je ne sais pas si l'idéal de liberté que j'effleure est viable,
mais je souhaiterais essayer, et j'aimerais que Gulliver reste focalisé
sur les oeuvres qui nous permettent de prendre les «quatres libertés».


François

[^1]: ce mot "libre" me fait de plus en plus l'impression d'être assez
inadapté, ou plutôt que je l'utilise dans une acception nouvelle[^2] 
qui n'est pas encore complètement répandue dans l'usage. D'où un 
certain flottement. Quand j'emploie "libre" je parle des «quatres
libertés» stallmaniennes, sinon j'essaie de préciser la liberté en
question («librement écoutable», «librement jetable»...)

[^2]: à «libre» dans mon dictionnaire favori, je ne trouve pas de
définition qui convienne, entre «Qui s'accomplit sans contrainte
extérieure. //Mouvements libres//», «Autorisé, permis (opposé à 
interdit, réglementé) //Entrée libre//» et «Dont la forme n'est pas
imposée //figures libres et imposées//» (j'en ai choisi trois parmi
quatorze, les autres me paraissent moins bien encore)
Peut-être que l'expression qui se rapproche le plus de «logiciel libre»
c'est «entrée libre» (qui implique au passage la «sortie libre» ;-)
généralement) car dans les deux cas, ce n'est pas tant l'objet
(l'entrée, le logiciel) qui est libre, que le sujet humain qui peut en
faire ce qu'il souhaite.

[^4]: à croire que je n'ai que ce mot là sous mes doigts

[^5]: je sais que mon exemple n'est pas très clair, dans ce cas précis
 ce n'est ni Linux (ni GNU) ni le serveur X qui était de mauvaise
 qualité, mais bel et bien les outils de configuration et de détection du
 matériel

[^6]: même si les utilisateurs (et les responsables de médiathèques)
 peuvent avoir un grand rôle à jouer dans ce travail de conviction

[^7]: quand j'y repense, la réunion organisée par Michelle a finalement
 été très dense. Si un jour on veut essayer de mettre toutes ces 
 choses à plat sur un papier il va y avoir du travail... ;-) 

[^8]: bien que pas forcément inexistante

[^9]: la grosse différence entre un logiciel et une chanson (au moins
 pour la doxa) est la charge émotionnelle contenue dans l'un et pas dans
 l'autre (je te laisse choisir lequel est lequel)

[^10]: certains auteurs de virus informatiques font ça tous les jours
 ;-)

[^11]: la notion de «plagiat» telle qu'elle existe dans le droit
français laisse par exemple une large part à l'interprétation

[^3]: et non, il n'y a pas de numéro trois ;-)