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Re: [gulliver] Dans un autre esprit


From Frederic Lehobey <Frederic dot Lehobey at free dot fr>
Subject Re: [gulliver] Dans un autre esprit
Date Sun, 19 Nov 2006 01:54:39 +0100

Salut,

On Sun, Nov 19, 2006 at 12:42:22AM +0100, nono wrote:
> Le samedi 18 novembre 2006 à 12:26 +0100, Frederic Lehobey a écrit :

> Je ne connaisais pas warez, cela semble être du piratage et donc hors de

  Oui, c'est ça. C'est pourtant une pratique « alternative » (mais pas
libre) très répandue (sauf peut-être chez les lecteurs de cette
liste).

> Pour la musique ancienne c'est même pas certain que la redistribution
> puisse se faire aussi simplement, à moins de la jouer et de
> l'enregistrer soi-même. Pour les chansons plus récentes (celles du

  Effectivement, il est probable que la plupart des interprêtations ne
sont pas libres. Mais cela doit se trouver quand même (en cherchant
bien...).

> Je voulais seulement signaler que sur le thème de la culture musicale,
> il ne faudrait pas qu'à Gulliver on s'enferme dans une ligne de pensée
> du libre radicale sans en débattre. 

  Je trouve dommage d'utiliser ce type de mot « radical » stigmatisant
aux yeux de certains (pas les miens).  :-)

  Il y a le libre (= les 4 libertés conventionnelles). Et le non-libre
(autre chose que les 4 libertés).

  Maintenant, à mon avis, parler de « libre » pour des trucs ne
vérifiant pas les 4 libertés, c'est jouer sur les mots et maintenir
(délibérément ?) une confusion, une ambiguïté.

  Bref, on est libre ou on ne l'est pas. (Pour les trucs entre 0 et 1,
tu vois avec Sylvain).  ;-)

  Les questions que Gulliver (Groupe d'utilisateur de logiciels
libres...) se pose sont : faisons-nous la promotion de non-libre au
sein de Gulliver ? Le libre est-il pertinent (a-t-il un sens) pour des
oeuvres autres que logicielles ?

> Quand je vois comment on nous bassine à longueur de journée avec des
> musiques instrumentalisées par les majors, media (radio, tv, web,
> etc...) j'aime(rai) assez bien l'idée que Gulliver puisse montrer qu'il
> existe autre chose, proche des valeurs du partage, même si ce n'est pas
> tout à fait aussi idéalement "libre" que certains pourraient le
> souhaiter. Ceci est ma vision des choses et il est possible voire
> probable qu'elle diffère des autres membres de Gulliver. 

  Pourquoi ne pas faire aussi la promotion des « freewares » (comme le
faisait Framasoft à son origine) dans Gulliver ? (Parce qu'ils sont
autre chose que les logiciels dominants ?) Être alternatif n'est pas
l'objet de Gulliver mais, pour l'instant, le _libre_ (déjà débattu, je
n'y reviens pas).

> Oui mais il semble qu'il y ait des nuances de droits avec la licence CC.

  Seules deux des licences Creatives Commons (sauf erreur) sont en
général considérées comme proches du libre. Aucun n'est considérée
libre (dans leur rédactions actuelles), pour l'instant, selon les
critères du logiciel libre selon Debian (plus détaillés que les 4
libertés). (Tu peux vérifier : trouves-moi des Creative Commons dans
Debian...)

  À mon avis, les Creative Commons sont très nuisibles car elles
recouvrent sous un nom unique des licences très différentes dont
quasiment toutes ne sont pas libres. Cela participe au mouvement
d'ambiguïté et de confusion que je dénonce.

   http://www.libroscope.org/Creative-Commons-adoption-et
   http://people.debian.org/~evan/ccsummary.html

(Après chacun est libre de s'en servir ou non, mais l'utilisation
d'une licence Creative Commons est le plus souvent synonyme de
non-liberté -- au sens, historique et conventionnel des 4 libertés
fondamentales --).

> J'ai le sentiment que bon nombre d'animateur de médiathèque ne savent
> même pas qu'une alternative existe. C'est peut être là que Gulliver doit
> agir, sur les 3 volets : logiciels, musique, littérature mais cela me
> semble difficile de plaquer une licence commune.

  Il ne faut pas « parler » du libre, mais l'être vraiment. Ça me
rappelle ces élus municipaux qui, pour donner des leçons sur les
aménagement cyclables, viennent au conseil en voiture... « Faites ce
que je dis, pas ce que je fais... ». (J'aurais aussi pu prendre la
démocratie comme exemple.)

> Pour les logiciels, je tiens le discours des quatre libertés mais de là
> à convaincre les esprits formatés j'ai parfois des doutes et parfois de
> l'espoir.

  Donc pour « convaincre » des « esprits formatés », tu serais prêt à
abandonner (ou diminuer) tes propres valeurs ?

> À mon sens, mais je peux me tromper le logiciel diffère de la musique ou
> de la littérature. 

  En quoi ? Historiquement, le droit sur lequel est fondé TOUTE
l'industrie du logiciel est celui du droit d'auteur. Il s'agit bien du
même droit que pour la musique ou la littérature (ou les pratiques
artistiques en général). Donc il va falloir que tu convainques aussi
les législateurs.  :-)

> Brièvement, la musique et de la littérature ne sont pas livrés en
> binaire, les sources sont implicitement livrés avec, les copier n'est

  Si. L'équivalent du « binaire » est l'exécution (l'interprêtation)
de l'oeuvre (déjà débattu lors de la réunion de Michèle). En gros, un
orchestre « compile ».

> pas diffcile. En musique, on peut y prélever des phrases musicales (en
> littérature des expressions) et les utiliser dans une autre oeuvre. Cela
> ne me gêne pas. Plaquer les textes d'une chanson d'un auteur sur la
> musique d'un autre auteur ne me gêne pas non plus. Ce qui me gêne, c'est
> de laisser la possibilité de deformer les propos dans une chanson ou
> dans un bouquin en y remplaçant une partie du texte. Je serai l'auteur,
> je n'apprécierai pas si il y a redistribution ensuite.

  Et les auteurs de logiciels libres ils devraient plus l'apprécier ?
Ce n'est pas la question : ils le permettent d'emblée. Et c'est un don
de bien plus grande valeur (à mes yeux) que celui qui diffuse sa
ritournelle en disant « pour toucher, il faut me demander » (c'est son
droit, mais c'est aussi mon droit de ne pas marcher.) Avec ce type de
démarche, comment aurions-nous construit la connaissance scientifique
dont nous bénéficions aujourd'hui ?

  Modifier est _indispensable_ au progrès. Les artistes sont
d'ailleurs les premiers à se servir de cette possibilité (avec toutes
les complications juridiques que cela implique pour eux pour les
oeuvres non-libres -- as-tu déjà essayé de distribuer un pastiche de
Mickey ? d'Astérix ?)

> Pour les logiciels, il faut les sources si on veut faire la même chose.

  Bien sûr que non. (Tu n'as jamais vu un système Windows ? assemblage
de nombreuses briques non-libres modifiées...)

> Copier du code d'un soft pour le mettre dans un autre soft ne me gêne
> pas, c'est le résultat final qui importe. Modifier ou remplacer un code
> pour améliorer le soft ne me gêne pas non plus, bien au contraire.
> Donc effectivement je ne classe pas le logiciel dans le même panier que
> la musique et la littérature. 

  Après t'avoir lu attentivement, je n'ai toujours pas bien compris la
nature de la différence que tu vois.

> Pour conclure (ouf): Je nuance la liberté de "modification" dans le
> cadre de la "redistribution" si cette modification va à l'encontre de
> l'esprit original de l'oeuvre. 

  Et qui juge ? Pourquoi exclure le logiciel de cette conception ? (Il
pourrait paraître dommageable pour un programmeur de renom de voir son
logiciel dégradé par des modifications d'utilisateurs qui comprennent
mal ce qu'ils font. La réponse du logiciel libre à ce problème est
simplement de demander de documenter les différences.)

> >   Merci Nono, d'avoir clairement exposé tes idées et de ta
> > contribution au débat.
> 
> y a pas de quoi ;) 

  Merci à nouveau.

Librement,
Frédéric