Compatibilité --- commentaire de Solomon Rutzky
Date : mardi 19 mai 1998, 16:49:45 -0500
Bonjour John, je m'appelle Solomon (comme l'adresse de ce courrier vous l'aura dans doute appris) et je voudrais commenter votre article. Tout d'abord, je dois dire que j'ai énormément apprécié sa lecture et que j'ai trouvé réconfortant que toutes ces informations soient sur la place publique. Cela fait treize bonnes années que je travaille avec des ordinateurs et dans l'informatique en développant des documents pour le web, en administrant des bases de données et en programmant, et en administrant des systèmes à la fois sous NT et sous Unix. J'ai commencé sur un AppleII, je suis passé ensuite à un TI 99/4a, et j'ai ensuite acheté un merveilleux AT&T 8088 disposant d'une mémoire vive gigantesque de 640 kO ram et d'un disque dur d'une capacité formidable de 10 MO. Depuis lors, j'ai utilisé Macintosh, MVS (principalement TSO), OS/2, et VAX, tous de manière superficielle. Cela fait 4 à 5 ans que je travaille avec Unix en utilisant AIX, Linux, Solaris, et un peu de HP-UX et de BSDI. En ce qui concerne les ordinateurs personnels de type PC j'ai commencé avec DOS 5.1 et j'ai utilisé Win3.1x, Win95, NT 3.51, et NT 4.0. Et moi aussi je suis un professionnel certifié par Microsoft (pour l'administration de station de travail sous NT). Je ne voudrais pas vous ennuyer avec des détails, mais je pense que j'ai une expérience bien rôdée et je pense qu'Unix est souvent la meilleure solution, bien que je puisse voir une place pour les serveurs centraux et VMS dans l'« entreprise ». J'ai trouvé votre article assez équilibré mais je voudrais apporter quelques idées constructives :
- Je pense qu'il faut mettre en avant le problème de la « compatibilité ». Tant que c'est le monde Microsoft (je préfère l'appeler Micro-tache-d'huile :) ) qui en dispose, il nous faudra employer leurs applications. Si vous disposez d'un serveur X comme eXceed, alors il vous faut employer des exécutables X, mais je trouve que cette réponse joue sur les mots car quiconque connaît le fonctionnement de X sait que Windows (95, NT, etc.) ne fait pas réellement fonctionner l'application : le pouvoir reste du côté Unix. De même, les systèmes Unix peuvent faire fonctionner des applications pour Windows sans avoir besoin d'un système d'exploitation de type Windows quelque part sur le réseau pour servir ou exécuter l'application. Sun dispose de WABI (interface binaire d'applications pour Windows) qui est un émulateur logiciel de processeur x86 et certains commerçants fabriquent même des cartes mère de compatibilité avec x86 pour calculer plus rapidement du code fondé sur le langage d'assemblage des processeurs de la famille Intel. Mieux encore, une distribution gratuite appelée WINE (émulateur de Windows) était capable, la dernière fois que je m'y suis intéressé (et c'était il y a plus d'un an !), de faire fonctionner des applications pour Windows 3.1, 95, et NT 3.51. J'ai compilé WINE sur Linux plusieurs fois, et ce n'est certes pas une épreuve difficile. J'aimerais parier que WINE peut émuler également le royaume de NT 4.0. Encore et toujours mieux : on trouve des émulateurs de Macintosh pour Linux, et même des émulateurs pour DOS. Je pense que l'émulateur pour Mac s'appelait Pilot mais je ne l'ai jamais regardé de près. L'émulateur pour DOS, DOSEMU, était lui aussi facile à compiler sous Linux et faisait très correctement fonctionner des applications 16 bits pour DOS. Je n'ai pas eu de problèmes pour employer WordPerfect 5.1 et je n'ai eu que des problèmes mineurs pour employer WordPerfect 6.0 pour DOS sous cet émulateur. Ainsi, la question reste entière : à quoi bon investir dans NT ? Que peut-on en retirer ?
- En ce qui concerne Linux en tant que concurrent à NT comparable à ce dernier, puisqu'il fonctionne sur le même type de matériel, on entend souvent la critique suivante, en faveur de NT : « Je ne trouve aucune application pour Linux. » C'est faux, et de plus en plus faux chaque jour. En dehors de la réponse évidente --- les émulateurs pour Windows et DOS et Macintosh permettent à la plupart des paquetages de fonctionner sous Linux --- il faut remarquer que de plus en plus d'applications sont recompilées pour Linux, tout le temps. L'article concernant la société Digital Domain et le film « Titanic » vers lequel vous pointez au bas de votre rapport montre que les entreprises commencent à investir lourdement dans Linux et ont la volonté de faire eux-mêmes l'effort de porter les applications si cela est nécessaire. Les programmeurs du logiciel InterBASE viennent de le porter sous Linux et Informix est en train de réfléchir à faire de même (si j'en crois ce que j'ai lu) avant d'être dans une situation financière difficile. Mon petit doigt m'a dit que les logiciels Oracle et / ou Sybase seraient eux aussi portés bientôt. En fait, je sais qu'Oracle propose un port sur SCO Unix qui fonctionne sur une puce de type Intel x86 et j'ai entendu dire que la distribution Caldera de Linux, qui dispose d'un émulateur pour SCO, peut déjà employer le logiciel Oracle. Une fois que ces compagnies, et d'autres, auront porté leurs applications, il y aura plus de raisons de choisir Linux, et moins de raisons d'investir dans NT. Je crois fermement que si Oracle existait d'ores et déjà pour Linux, de nombreuses sociétés auraient déjà fait ce choix car ce système est moins cher, pous rapide, et plus fiable. C'est pourquoi je n'arrive pas à croire que ces sociétés n'aient pas encore porté leurs logiciels sous Linux. Elles ne sont pas obligées de m'écouter, mais je suis prêt à parier que c'est un marché garanti, où on n'a rien à perdre, et un bon paquet d'argent à gagner.
- Une des raisons que j'ai entendu invoquer par des sociétés (dont l'aviation militaire des États-Unis d'Amérique :-( Puisse Dieu nous venir en aide !) qui choisissaient NT était qu'elles pensaient que ce système est moins cher à administrer. Comme vous l'avez déjà fait remarquer, en général, les administrateurs sous Unix ont plus de jugeote en informatique que leurs pseudo homologues (j'ai grand'peine à donner à quelqu'un qui ne connaît que NT le bénéfice du doute sur le fait qu'il comprend vraiment bien l'ordinateur qu'il administre). Cependant, les directeurs radins et fous qui ne prennent que les coûts à court terme en considération penseront qu'embaucher des administrateurs sous Unix coûte trop cher alors qu'ils peuvent installer NT et payer bien moins cher un gamin qui sait cliquer avec une souris pour qu'il installe des queues d'impression ou des applications ou même qu'il règle des problèmes mineurs. Puis ils réalisent qu'il en faut plus que cela pour administrer vraiment une machine sous NT et ils doivent lâcher un bon paquet d'argent pour se payer un machin-chose certifié Microsoft. De nos jours, les professionnels certifiés par Microsoft, les ingénieurs et les administrateurs « Solution » sont presque payés autant que les administrateurs sous Unix. Mais on a besoin d'un plus grand nombre d'administrateurs sous NT, puisqu'on ne peut rien administrer à partir d'une simple console, ou même à distance.
- Les défenseurs de Microsoft et tous ceux qui connaissent mal le sujet accusent souvent la communauté Unix d'être trop diversifiée et que travailler avec Solaris ne signifie pas qu'on connaît HP-UX ou IRIX ou OSF/1 ou AIX ou quoi que ce soit. Même s'il y a une part de vérité dans le fait que chaque Unix est un peu différent des autres, je ne pense pas que ce soit un inconvénient de la communauté Unix. Cela reviendrait à dire que les Protestants et les Catholiques et les Baptistes et les Évangelistes et les Méthodistes et les Apostoliques sont inférieurs car trop diversifiés. Mais je pense qu'ils sont tous d'accord sur le fait que si on croit en Dieu, en Jésus, en la résurrection, et toutes ces notions de pêché et de pardon, alors on est chrétien. Bien sûr, AIX aura des spécificités différentes de Solaris et les Unix de type BSD différeront des Unix de type SystemV sur la manière dont ils gèrent les niveaux d'exécution et les drapeaux des commandes ps, etc., mais quiconque connaît Unix peut se débrouiller avec n'importe quelle version d'Unix et, ce qui est plus important, saura au moins apprendre les différences grâce aux pages de manuel et aux autres sources d'information.
Voilà pour mon évangélisme du dimanche en faveur d'Unix, mais je voudrais aussi signaler quelques détails qui méritent correction dans votre papier :
- Dans le paragraphe 4 de la section « Les fonctionnalités » vous déclarer que, « Il est vrai que NT propose une sécurité élémentaire par mots de passe, mais il n'assure de sécurité au niveau du système de fichiers... » Je pense que vous devriez clarifier cela, on peut s'y tromper car NTFS propose des permissions sur les répertoires aussi bien que sur les fichirs. Il propose aussi le concept de propriété d'un fichier, bien qu'il soit difficile de dire si quiconque se sert de cette fonctionnalité.
- Dans le troisième paragraphe de la section « Les performances » je pense que le mot « Corporation » est mal écrit. Une recherche sur le mot « Cporporation » devrait vous faire trouver ce mot de suite :).
- Dans la section « Quelques idées reçues incorrectes », sous « Unix ? Ce système d'exploitation préhistorique, cryptique... » vous déclarez « FVWM, un GUI dont le code source est ouvert qui ressemble beaucoup au GUI de Windows 3.1 ; ...» Renseignez-vous davantage, car cela fait 3--4 ans que j'utilise FVWM à la fois sous Linux et sous Solaris et je ne lui trouve que peu ou prou de similarités avec Win3.1x. En fait, je pense que FVWM est beaucoup beaucoup beaucoup plus robuste et puissant et configurable ; c'est mon gestionnaire de fenêtres préféré. :)
Voilà, c'est tout. Je suis désolé pour la longueur de cette correspondance, mais je trouve ce sujet très intéressant et cela fait des années que j'essaie de convaincre les gens qu'Unix est meilleur que NT sur tous les plans d'un point de vue serveur en entreprise. Bien sûr, pour la maison, Win95 suffit amplement ; je l'utilise en ce moment (pour utilise Netscape !) ainsi que d'autres paquetages de logiciels. Mais j'ai aussi installé Linux et je le préfère. Win95 suffit aussi à ceux qui s'y connaissent peu en informatique et n'ont pas le temps d'apprendre, car c'est un bon outil, assez facile à utiliser. Mais pour faire fonctionner des applications critiques et des bases de données ? Pas la moindre chance.
amicalement, bonne chance avec le papier,
Solomon Rutzky
Consultant