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8. Les multiples facettes de la réputation

Il existe des raisons communes à toutes les cultures du don qui justifient la recherche d'une bonne réputation auprès de ses pairs (prestige) :

Premièrement, et c'est le plus évident, jouir d'une bonne réputation auprès de ses pairs est la récompense la plus appréciable. Pour des raisons dues à notre évolution, dont on a parlé plus haut, c'est inscrit au plus profond de notre être (nombreux sont ceux qui subliment la recherche du prestige sous des formes sans rapport évident à un groupe de pairs, telles que « l'honneur » « l'intégrité éthique », « la piété », etc. Mais cela ne change pas le mécanisme sous-jacent.)

Deuxièmement, le prestige est un bon moyen (et dans une pure culture du don, l'unique moyen) d'attirer l'attention et la coopération des autres. Si quelqu'un est bien connu pour sa générosité, son intelligence, son honnêteté, son charisme, ou pour d'autres qualités, il lui devient bien plus facile de convaincre les autres qu'ils gagneront à s'associer avec lui.

Troisièmement, si votre économie du don est en contact ou mélangée avec une économie d'échanges ou un pouvoir centralisé, votre réputation peut déborder de votre milieu original et vous faire atteindre dans le deuxième un statut plus élevé.

Au-delà de ces raisons générales, les caractéristiques particulières de la culture des hackeurs font que le prestige est encore plus précieux qu'il ne le serait dans une culture du don du « monde réel ».

La principale de ces « conditions particulières » est que les artefacts qui sont donnés à la communauté (ou, si on l'interprète différemment, qui représentent le signe visible de l'énergie et du temps déployés) sont très complexes. Leur valeur n'est pas aussi évidente que celle de dons matériels ou de l'argent dans une économie d'échanges. Il est plus difficile de distinguer objectivement un don exceptionnel d'un don médiocre. Par conséquent, la réussite de l'enchère de qui brigue un statut social plus élevé dépend fortement du jugement critique de ses pairs.

Une autre particularité de la culture des logiciels au source ouvert est sa relative pureté. La plupart des cultures du don sont compromises — soit par des liens avec l'économie d'échange tel que le commerce de biens de luxe, soit par des relations avec un pouvoir centralisé telles que des regroupements en familles ou en clans. Il n'existe rien de tel dans la culture des logiciels au source ouvert. En dehors de la réputation au yeux de ses pairs, il n'y a virtuellement aucun salut.


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