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7. Le plaisir du hack

En faisant cette analyse du « jeu des réputations », mon but n'est pas de dévaluer ou de fermer les yeux sur la satisfaction purement artistique de mettre au point et de faire fonctionner un bon logiciel. Nous avons tous l'expérience de ce genre de satisfaction et nous nous en réjouissons toujours. Ceux pour qui cette sensation n'est pas une motivation importante ne deviennent jamais des hackeurs de toutes manières, tout comme ceux qui n'aiment pas la musique ne deviennent pas compositeurs.

Il nous faut donc probablement rechercher un autre modèle comportemental des hackeurs, où le plaisir de l'artisan est la motivation première. Ce modèle de « l'artisan » aurait à expliquer les coutumes des hackeurs en tant que moyen de maximiser à la fois les possibilités de créations et la qualité des résultats. Cela entre-t-il en conflit avec le modèle du « jeu des réputations » ou cela suggère-t-il des résultats différents ?

Pas vraiment. En examinant le modèle de « l'artisan », on revient aux mêmes problèmes qui contraignent la communauté des hackeurs à fonctionner comme une culture du don. Comment peut-on maximiser la qualité en l'absence de métrique pour cette dernière ? En l'absence d'économie de la pénurie, que reste-t-il en dehors de l'évaluation par les pairs ? Il semble évident qu'en fin de compte, toute culture d'artisan doit se structurer elle-même à travers un « jeu des réputations » — et, en fait, c'est exactement cette dynamique que nous pouvons observer dans de nombreuses cultures d'artisan, depuis le temps des guildes médiévales.

Le modèle de « l'artisan » cède à la « culture du don » un avantage important : elle explique bien mieux que lui la contradiction que nous avons exposée au début de cet article.

Finalement, la motivation de « l'artisan » n'est peut-être pas aussi éloignée du « jeu des réputations » que nous aimerions le croire. Imaginez votre merveilleux programme enfermé dans un tiroir et plus jamais utilisé. À présent, imaginez qu'il est utilisé avec efficacité et plaisir par un grand nombre de personnes. Quel rêve vous satisfait le plus ?

Toutefois, nous garderons un oeil sur le modèle de l'artisan. Il plaît intuitivement à de nombreux hackeurs, et il explique certains aspects des comportements individuels suffisamment bien.

Après la publication de la première version de cet article, un lecteur m'a écrit : « On ne travaille peut-être pas pour la gloire, mais c'est la récompense directe et certaine de tout travail bien exécuté. » C'est une remarque subtile et importante. Qu'il en soit ou non conscient, le travail de l'artisan induit sa renommée ; ainsi, qu'un hackeur considère ou non son propre comportement comme un élément du « jeu des réputations », ce dernier ne l'en façonnera pas moins.


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