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5. Les idées reçues.

Les quelques points suivants tentent de lever certaines ambiguïtés qui planent sur le logiciel libre.

5.1 Un logiciel libre est forcément gratuit

Un logiciel libre n'est pas forcément gratuit. Il l'est le plus souvent. Lorsqu'il ne l'est pas, son prix reste toutefois modeste (par rapport à son équivalent propriétaire). Le logiciel libre tente ainsi de respecter l'un de ses principes fondamentaux : la performance au meilleur prix.

Mais le coût d'acquisition du produit n'est pas le seul paramètre à considérer dans l'adoption d'une solution à base de logiciels libres. Les coûts d'entrée (coût d'acquisition du produit) et d'exploitation (maintenance du parc et renouvellement éventuel des licences) sont en règle générale bien inférieurs à ceux des solutions propriétaires. Le coût de migration (d'une solution propriétaire vers une solution libre) peut toutefois se révéler non négligeable.

Il n'est pas rare qu'une entreprise, dont le système informatique repose entièrement sur une offre propriétaire, ait engagé des sommes importantes dans la personnalisation du produit : le développement d'applications maison. Le coût de portage de ces applications (vers une plate-forme Open Source) peut s'avérer rédhibitoire. Il appartient donc à chacun de l'évaluer.

Sur le plan budgétaire, les avantages que procure l'utilisation des logiciels libres produiront leurs effets à moyen terme. Sur le plan technique, l'effet est souvent instantané.

5.2 Linux est synonyme de logiciels libres

Les articles de presse qui se font l'écho du succès de Linux ont souvent tendance à nous laisser croire que le monde des OSS s'est développé autour de ce noyau libre. En fait, les logiciels libres sont bien antérieurs au développement de Linux et ont très largement participé à son succès. Linux n'est « que » le fleuron, la vitrine du logiciel libre.

De l'aveu même de Linus Torvalds, la présence de Linux sur les futurs processeurs — notamment le Merced 64 bits — dépend fortement de la disponibilité d'un compilateur GNU (gcc) capable d'en générer le langage d'assemblage. Richard Stallman et son projet GNU ont produit bien d'autres pièces maîtresses du système d'exploitation. Afin de leur rendre hommage, on utilise couramment l'expression GNU/Linux pour désigner cet Unix libre.

Les OSS — et Linux en particulier — doivent également leur succès à des projets libres tels que le serveur web Apache, le serveur de fichiers et d'impression Samba ou encore le serveur de courrier électronique Sendmail.

GNU/Linux n'est pas le seul système d'exploitation de la famille des OSS. Les systèmes FreeBSD, OpenBSD, NetBSD, BSDi — exemples de descendants Open Source du BSD4.4 de l'université de Berkeley — sont également de dignes représentants du « monde libre ». Si ces systèmes rencontrent un succès moins spectaculaire que celui de Linux, cela tient avant tout à la nature de la licence qui les accompagne et à leur caractère extrêmement technique, mais ne traduit nullement un quelconque défaut de performances. Certains utilisateurs pensent d'ailleurs que les systèmes BSD ont des performances supérieures à celles de GNU/Linux sur la plate-forme serveur. Pour l'administrateur système, cela reste une affaire de goût et de bagage technique (expérience des BSD commerciaux).

5.3 Il faut être Open Source pour fonctionner sur GNU/Linux

Pour fonctionner sous Linux, mieux vaut être POSIX qu'Open Source. Les logiciels propriétaires peuvent parfaitement s'installer et fonctionner sous Linux. Linux ne détecte pas les processus propriétaires !

5.4 La croisade de saint Linux

Le monde des OSS est souvent présenté comme le dernier rempart contre les forces du mal incarnées par la société Microsoft. S'il est vrai que l'idée de déstabiliser l'éditeur de Windows constitue une source de motivation pour certains développeurs de l'ombre, ce sentiment semble aujourd'hui s'estomper. La publication sur l'Internet des documents Halloween a procuré une sensation de victoire aux esprits guerriers — sensation renforcée depuis par les déboires judiciaires de la firme de Redmond.

À travers Microsoft, c'est l'opacité des solutions propriétaires qui est visée.

5.5 Unix : une technologie obsolète

La tendance actuelle semble prouver le contraire.

Les systèmes d'exploitation les plus récents sont tous construits autour d'une approche Unix, plus ou moins masquée derrière une « interface maison ». C'est le cas d'Open Step© de NeXt, de BeOS© de Be Inc, ou encore du MacOS X© d' Apple.

Depuis l'origine, Unix est multi-utilisateurs, multi-tâches et surtout sécurisé. Il a joué (et joue encore) un rôle essentiel dans le développement des protocoles réseau. Les fonctionnalités qu'il propose en matière d'accès distant facilite également l'administration des postes clients.

5.6 GNU/Linux : un système pour compatible IBM PC

Initialement, le noyau Linux fut effectivement développé pour l'Intel 386. Linux fonctionne désormais sur tout type de machine, du PalmPilot à la station Alpha. Ce qui fait dire à son géniteur, Linus Torvalds, que GNU/Linux, plus encore que Java, est une réelle approche « Write once, Run anywhere ». Le multi-plate-formes par excellence.

5.7 Les OSS : des outils de spécialistes

L'ambition que s'est fixée la communauté des développeurs de l'Internet est de proposer une solution alternative à l'offre propriétaire couvrant l'ensemble des besoins courants. Il leur fallait donc dans un premier temps s'attaquer aux fondations et développer les couches basses de leur architecture. Les premiers efforts de développements se sont focalisés sur le système d'exploitation et les outils de communication. Le souci majeur était d'obtenir un ensemble cohérent, stable et performant.

Ce que l'on peut considérer comme la première phase de développement du logiciel libre a ainsi livré des programmes répondant à des exigences purement techniques et dont la maîtrise demande un effort conséquent. Ceci explique pourquoi les logiciels libres sont, pour le moment, principalement exploités sur les serveurs de l'Internet — là où ils sont mis en oeuvre par des spécialistes.

Les développeurs peuvent désormais envisager de masquer la difficulté que représente l'utilisation et la configuration d'un système Unix pour le non-spécialiste — seule voie possible vers un déploiement à grande échelle des OSS. Les premières versions des projets concernés — comme celles des environnements graphiques KDE ou GNOME — démontrent les progrès réalisés dans ce domaine.

Toutefois, et de l'avis même de la communauté, l'offre GNU/Linux n'a pas atteint le niveau d'ergonomie qui lui permettrait d'être installé sur l'ordinateur de monsieur Tout-le-monde. Les projets courants, qui visent à simplifier l'installation et surtout la configuration du système, n'ont pas la maturité requise pour cela.

Pour une utilisation professionnelle, l'installation d'un système d'exploitation libre sur les postes clients dépend avant tout du profil des utilisateurs. Ce qui est possible dans un laboratoire de recherche — où les utilisateurs ont le sens du système D — ne l'est peut-être pas dans une PME.

Bien qu'il avance à grand pas, le logiciel libre doit encore progresser en matière d'assistance à ses utilisateurs.


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