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2. Introduction

Encore victime il y a peu de son image d'idéaliste, l'esprit Open Source gagne en crédibilité. Le succès rencontré par le système d'exploitation libre GNU/Linux et l'arrivée récente des grands éditeurs dans la sphère du logiciel libre, renforcent le climat de confiance qui règne sur les OSS (Open Source Software).

Après avoir fait ses preuves sur les serveurs de l'Internet, le logiciel libre dispose aujourd'hui d'une offre propre à concurrencer les solutions propriétaires sur les postes clients. Son ambition : devenir une plate-forme de production pour les entreprises et faire fonctionner les ordinateurs domestiques. Sa motivation : la transparence, quintessence de l'esprit libre. Dans la pratique, cette transparence s'exprime notamment par un libre accès au code source des programmes. Pour les évangélistes du logiciel libre, cet effort d'ouverture est le garant du respect des libertés individuelles et collectives, de la sécurité des échanges à l'heure où l'Internet devient l'un des supports majeurs de l'activité humaine.

Cette démarche va ainsi à l'encontre de celle adoptée par les solutions propriétaires dont le caractère « boîte noire » défend les intérêts de leur éditeur. Elle bouleverse les fondements d'une industrie ancrée dans l'exploitation commerciale de technologies brevetées et viscéralement attachée à la notion de copyright.

Les récents efforts de cohabitation nous mènent vers une coexistence des deux mondes dans le respect des intérêts commerciaux des uns et le souci de transparence des autres. La proposition d'abandon du terme Free Software pour celui d'Open Source marque cette volonté de détente. Bien plus qu'un simple changement d'identité, ce nouveau baptême modère le discours dogmatique des débuts et satisfait l'attente des industriels en offrant une voie d'intégration des OSS aux lois du marché. Sage décision pour les uns, hérésie pour les autres, cette concession faite à l'industrie du logiciel alimente les forums de discussion de l'Usenet.

Mais la seule crédibilité technique ne suffirait pas à déployer le logiciel libre à grande échelle. Il lui faut encore vaincre le sentiment de défiance des utilisateurs à l'égard des produits échappant aux standards commerciaux. La suspicion naît également du fait que les logiciels libres sont issus du monde virtuel de l'Internet. Le « soutien » de géants comme IBM, Intel ou Netscape, apporte du crédit, rassure la profession comme l'utilisateur. Le seuil de crédibilité est atteint. Pour reprendre une expression à la mode : le logiciel libre est une tendance lourde.

Pour le néophyte, le monde des OSS peut paraître quelque peu déstabilisant. D'abord, parce qu'il rompt brutalement avec l'ordre établi. Conditionnés et fermement attachés au modèle économique traditionnel, nous concevons difficilement une alternative à l'économie de marché. Le logiciel libre nous en propose une ! Rien de moins. Ensuite, nous vient le doute face à une activité jugée trop idéalement philanthropique. Le logiciel libre n'est pourtant pas une activité de bienfaisance. L'abnégation et l'altruisme ne sont pas les sources de motivations premières des développeurs de logiciels libres. Ces derniers servent avant tout leurs propres intérêts, satisfont à la fois leur besoin et leur ego. Le miracle du logiciel libre s'accomplit lorsque les besoins du développeur se conjuguent à ceux de la communauté de l'Internet.


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