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5. Le marché de Linux, système d'exploitation adapté à de nouveaux besoins

Les grands systèmes d'exploitation stand arts actuels du marché, tels que MS-Windows, sont des systèmes qui nécessitent des machines puissantes (des PC proches de la dernière génération) car ils sont d'une grande complexité et cherchent à répondre à tous les besoins dans un mode de fonctionnement autonome.

Le caractère open source de Linux permet de l'exploiter de façon modulaire en adaptant la version choisie aux utilisations prévues et au type de machine prévu. On peut ainsi concevoir sur la base de Linux des machines aux fonctionnalités spécifiques pour un coût beaucoup plus faible par l'utilisation de hardware économique et par l'exploitation des réseaux.

L'optique présentée ici n'est donc pas de vendre Linux mais de vendre des machines tournant sous Linux, destinées à certaines utilisations prédéterminées. La qualité des ordinateurs de poche Psion ne repose pas sur leur système d'exploitation (EPOS) mais sur leurs fonctionnalités finales. Sur ce modèle, Linux est un moyen de proposer au marché des machines nouvelles dont les performances résident dans les applications prévues et des coûts inférieurs.

Nous allons donner quelques exemples de besoins nouveaux pour lesquels Linux est un produit adapté.

5.1 Terminaux d'accès au réseau pour le grand public

Le développement des technologies liées à Internet et la généralisation de l'informatisation des sources d'informations a créé un besoin de simples terminaux d'accès au réseaux. Ces machines ne sont plus des ordinateurs autonomes mais des postes de consultation relativement passifs dont les fonctionnalités sont réduites aux seules applications nécessaires. Linux est adapté à ce marché car la possibilité de modifier les source de l'OS permet de personnaliser les solutions aux utilisations. Et l'utilisation de hardware (matériel) qui n'est pas nécessairement de dernière génération réduit fortement les coûts.

Internet pour les particuliers

À l'image du « iMac » présenté en mai 1998 par Apple, le besoin de poste d'accès à Internet par le grand publique est spécifique. L'objectif est de démocratiser l'accès à Internet, en en facilitant l'accès aux novices de l'informatique. Il faut une machine robuste connectée au réseau, munie d'un navigateur. Et le prix de la machine est un facteur déterminant. Un PC sous Linux munis d'un navigateur « logiciel open source » tel que Netscape est une solution optimale et peut coûter moins de 3000 francs.

Internet sur bornes publiques

Les besoins sont les mêmes que pour les particuliers puisqu'il s'agit toujours de proposer au public un accès à Internet sur une machine peu coûteuse. Les clients des machines sont des restaurants (MacDonald et Quick Burger en ont installé), les magasins, les centres commerciaux, FNAC, ...

Consultation d'horaires, réservation, catalogue, base de données

Pour donner l'accès à des services spécifiques sur support Web tels que la consultation d'horaires dans les gares SNCF, l'accès à un catalogue de produits dans un grand magasin...

5.2 Parc important de machines en réseau

Les réseaux des entreprises sont de type clients-serveurs. Les serveurs sont des machines puissantes qui fournissent les informations et les logiciels. Le poste client est un terminal qui exploite le serveur.

Les réseaux de PC

Les parcs importants de PC en réseau des grandes entreprises coûtent cher. IBM rencontre actuellement un succès important avec ses Network Computers. Ce sont des machines de type « thin-client » qui travaillent en réseau et s'adressent à un serveur pour accéder à des logiciels indépendamment de l'environnement de ces derniers. Un solution Linux permet de faire évoluer un parc informatique sur le même schéma en conservant éventuellement les PC d'origine. Cela s'adresse à tous types d'applications (messagerie, bureautique, base de données, gestion, comptabilité, stocks ...).

Le marché semble très important. Des sociétés telles que General Accident, assureur britannique, qui a acheté plus de 4 000 Network Stations d'IBM en janvier dernier ou Value City, détaillant en mobilier américain, qui en a commandées plus de 1 000 en février, ont changé le visage du poste client dans l'entreprise. En effet, en installant des Network Computers, ces dernières ont pu bénéficier d'un environnement capable de faire fonctionner des applications critiques d'entreprise, sans le coût et la complexité associés aux environnements PC d'aujourd'hui.

Les rapports récents des analystes d'IDC, de Zona Research et de Meta Group confirment l'intégration croissante des NC dans le secteur privé, et mettent l'accent sur le rôle clé d'IBM en tant que leader.

Dans sa dernière enquête portant sur le marché Network Computer, IDC a constaté que 73 % des organisations ont installé des NC en remplacement de leurs PC existants.

Dans une récente enquête de META Group, 87 % des organisations interviewées ont répondu qu'elles installeraient des NC dans un délai de 3 à 5 ans. META Group a également établi que le coût d'un Network Computer est de 25 % inférieur à celui d'un PC.

Gartner Group quant à lui, a prévu que 40 % des entreprises utiliseront des NC en 1999 et que 60 % d'entre elles déploieront cette technologie en 2001.

Selon les clients qui utilisent aujourd'hui la Network Station d'IBM, cette solution offre de multiples avantages dont un gain de coûts significatif, une grande souplesse et facilité d'utilisation, des performances étonnantes ainsi que la possibilité d'accéder à n'importe quel environnement informatique. (Ces dernières données sont rapportées dans un article de Yahoo! Actualité

http://www.yahoo.fr/actualite/980430/tech_hardware/893947297-yahoo8ac12.html
)

La société Corel

http://www.corel.com/ et http://www.corelcomputer.com/
, connue pour avoir développé WordPerfect (dont il existe une version Linux) a annoncé en mai 1998 son ambition de se lancer sur le marché des Network Computers sur la base de machine fonctionnant sous Linux et Apache avec des microprocesseurs StrongARM de Digital (DEC). Corel a effectué le portage de Linux et Apache sur ces processeurs et en a fait un produit nommé NetWinder. Cette démarche d'une entreprise renommée contribue à crédibiliser les solutions Linux pour ce type de machine.

Les parcs de machines sous Unix

Les constructeurs de machines tournant sous Unix ont tous développé, pour des raisons historiques, leur propre version du système d'exploitation : Solaris chez Sun, AIX chez IBM, HP-UX chez Hewlett Packard, Digital Unix chez DEC. Mais le développement et la maintenance de ces systèmes coûtent cher et n'apportent pas de réelle valeur ajoutée aux constructeurs. La question se pose donc pour eux de se rallier à un standard dont l'avantage est d'être maintenu collectivement. Pour aller dans cette direction, Sun assure aujourd'hui la maintenance de Linux pour ses SPARC Stations, incitant donc ses clients à migrer vers Linux.

On peut considérer d'autre part que la pérennité d'un environnement Linux est supérieure à celle des Unix des différents constructeurs compte tenu de l'avenir incertain de ces derniers face à la concurrence croissante des processeurs Intel.

Exemples d'applications: salles de marchés, poste CAO des bureaux d'études dans l'industrie...

5.3 Marchés spécialisés

Certains marchés particuliers peuvent se poser la question de la nature de leur parc informatique pour des raisons de coûts mais aussi d'indépendance vis à vis des grands éditeurs de logiciels (Microsoft).

Administrations

L'administration, en France, peut souhaiter pour des raisons politiques l'émergence d'une industrie informatique européenne des logiciels. Linux est une occasion de favoriser des produits développés hors des États-Unis. Jean-Paul Smets, ingénieur au corps des mines, a publié une étude sur ce sujet

http://smets.com/it/policy/role_etat.html
. Il y montre dans une première partie que, dans les conditions actuelles du marché de la micro-informatique et au regard des dépenses effectuées, peu d'emplois directs seraient probablement créés en France pour répondre à la demande, malgré l'existence de compétences européennes certaines. Il tente dans une seconde partie d'analyser deux approches industrielles visant à mieux exploiter les compétences nationales ou européennes en micro-informatique. Il en déduit qu'une action concertée de l'État permettrait, en modifiant les conditions du marché, de susciter l'émergence en France d'une industrie du logiciel de grande diffusion et, en Europe, d'une industrie informatique indépendante créatrice de richesse et d'emploi.

L'éducation et les organismes de recherche

L'éducation comme la recherche est traditionnellement portée sur les environnements Unix pour des raisons historiques. C'est dans les universités et les organisme publics tels que le CEA et l'INRIA qu'Unix et Linux sont nés et se sont développés. L'environnement Linux, parce qu'il est ouvert, est particulièrement propice à l'enseignement. Roberto Di Cosmo, Maître de Conférences à l'ENS de Paris, a publié

http://www.mmedium.com/dossiers/piege/
un plaidoyer vibrant pour le choix d'industrie européenne de l'informatique dans l'éducation en particulier.

Informatique scientifique et technique (CAO, calcul)

La recherche scientifique à contribué au développement d'Unix et de Linux qui lui sont particulièrement adapté du fait notamment du grand nombre d'applications qui tournent sur ces OS.

Un grand nombre de progiciels tournent depuis leur origine sous Unix. C'est le cas notamment des codes de calcul scientifique comme CASTEM 2000

http://club:club@semt2.smts.cea.fr:8001/
(code aux éléments finis développé au CEA et largement diffusé à l'extérieur du CEA). La puissance actuelle des processeurs Intel-AMD-Cyrix permet d'abandonner les stations de travail traditionnelles type DEC Alpha, Sun SPARC Station ou Silicon Graphics, au profit de PC haut de gamme. Ces solutions sont moins onéreuses et passent par le choix de l'OS Linux. CASTEM 2000 existe d'ailleurs en version Linux (et gagnerait peut-être beaucoup à devenir un logiciel open source).

5.4 Conclusion : Le problème du processus d'achat

Ces exemples montrent que si Linux n'est pas encore un système d'exploitation généraliste concurrent directe de MS-Windows par exemple, il peut occuper de nouveaux créneaux du marché pour lesquels il est plus compétitif.

L'adoption de Linux pour ces nouveaux marchés relève d'un processus de décision d'achat que Ozanne et Churchill

Ozanne et Churchill, « Five Dimensions of Industrial Adoption Process », Journal of Marketing Research, 1971, pp.322-328
décomposent en cinq étapes :

Parmi ces cinq étapes du processus de décision d'achat, les deux premières (notoriété et intérêt) sont certainement les plus difficiles à franchir pour Linux. En effet, en informatique plus qu'ailleurs, on ne connaît pas tout, loin s'en faut, du produit que l'on achète. Et la confiance dans le professionnalisme du vendeur est essentielle. Les grandes entreprises sont donc les mieux placées pour faire accepter au marché une solution Linux.

Les individus qui participent au processus d'achat dans une entreprise peuvent avoir plusieurs rôles :

On constate donc que les qualités techniques de Linux et son faible coût ne sont pas suffisants pour imposer un produit. il est probable que seuls des industriels à forte notoriété soient capables de l'imposer sur le marché. Mais une fois le marché créé, il pourra s'ouvrir à de nouveaux acteurs qui adopterons une stratégie d'imitation car les barrières techniques à l'entrée sur le marché sont faibles du fait de la disponibilité libre et gratuite du produit de base Linux.


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