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8. Un calcul de réputation

Une composante essentielle du marché de la marmite est la réputation, le contrepoint des idées. De même que l'argent ne représente l'économie qu'en ce sens qu'il correspond à des biens et à des services, la réputation ou l'attention ne peuvent représenter une économie

En ce qui concerne l'importance de l'attention, voyez l'article de 1997 de Michael Goldhaber, The Attention Economy: The Natural Economy of the Net (l'économie de l'attention : l'économie naturelle du réseau), publié dans la revue électronique First Monday, Volume 2, numéro 4.
si elles ne correspondent pas à la production, à la consommation et à l'échange de biens et de services, que j'ai appelés « idées ».

La réputation, comme l'argent, est une devise, càd un bien par procuration, qui graisse les rouages de l'économie. La devise monétaire permet aux producteurs de vendre à n'importe quel consommateur, sans devoir attendre de trouver celui qui proposera, en échange, un produit souhaité. La réputation encourage les producteurs à fournir la marmite en fournissant une gratification immédiate à ceux qui ne sont pas encore prêts à extraire des choses de la marmite, ou qui n'y trouvent pas grand-chose qui les intéresse, et elle entretient le feu.

L'argent fournit aussi un indice de valeur qui ne propose pas seulement une compréhension des biens individuels (ou de leurs producteurs), mais de l'économie tout entière. La réputation, de manière similaire, est une mesure de la valeur que certains producteurs-consommateurs accordent à d'autres --- et à leurs produits. Le flux et l'interaction des réputations sont une mesure de la santé de l'ensemble de l'économie de la marmite.

À la différence de l'argent, la réputation n'est pas figée, et elle ne se présente pas sous la forme de valeurs numériques précises. Ce n'est même pas forcément un cardinal. De plus, alors qu'une valeur monétaire donnée sous la forme d'un prix est le résultat d'une offre et d'une demande qui se correspondent, la réputation est plus brumeuse. Dans le sens commun, elle équivaut au prix, mais elle s'est faite sous la combinaison de multiples attestations personnelles (qui correspondent à des transactions monétaires simples).

L'argent n'aurait pas la même allure sans les techniques qui permettent de déterminer les prix. La faiblesse des flux d'information nécessaires à l'évaluation, et la faiblesse des techniques permettant de traiter l'information, ont toujours été responsables du fait qu'on trouve souvent la même chose au même prix sur tous les marchés.

La gestion de la réputation est encore, de nos jours, bien trop peu efficace pour être un aspect utile d'une économie qui fonctionne. On comprend mal sa sémantique ; de plus, rien ne ressemble de près ou de loin à une technique permettant de déterminer des prix en se fondant sur des transactions individuelles, comme dans l'économie monétaire.

Dans un papier à venir j'examinerai le calcul des réseaux de réputation, en particulier la manière dont ils fonctionneraient dans un marché de marmite, et je décrirai une solution technique possible au problème consistant à trouver une gestion efficace de la réputation.


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