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6. Les bonnes raisons pour travailler en sources fermés

Avant de dresser l'herbier des modèles économiques fonctionnant avec des logiciels à sources ouverts, il nous faut d'abord estimer le profit qu'on peut tirer de l'exclusivité. Que protègent exactement ceux qui ferment leur code source ?

Supposons que vous embauchiez quelqu'un pour écrire un paquetage de comptabilité spécialisé pour votre société. Ce problème ne sera en rien mieux résolu si les sources sont fermés au lieu d'être ouverts ; la seule raison rationnelles qui peut vous faire préférer des sources fermés est l'intention de revendre ce paquetage à d'autres, ou interdire à vos concurrents de l'utiliser.

La réponse évidente est que ce faisant, vous protégez le prix d'acquisition, mais pour 95 % des logiciels écrits pour un usage interne cela ne tient pas. Quels autres gains peut-on retirer du fait de fermer ses sources  ?

Le deuxième cas exposé ici (protéger un avantage compétitif) mérite qu'on l'examine de plus près. Supposez que vous ouvriez les sources de ce paquetage de comptabilité. Il devient populaire et profite des améliorations de la communauté. Désormais, votre concurrent lui aussi commence à l'utiliser. Il en retire donc le bénéfice sans avoir participé au coût de développement, et vous reprend des parts de marché. Cet argument s'oppose-t-il à l'ouverture des sources ?

Peut-être — et peut-être pas. La véritable question est de savoir si vous gagnez plus à étendre la base de développement que vous ne perdez suite au regain de compétitivité du passager clandestin. Nombreux sont ceux qui raisonnent incorrectement ici (a) en ignorant l'avantage fonctionnel apporté par le renforcement de l'équipe de développement. (b) en ne considérant pas que les coûts de développement comme irrécupérables, car par hypothèse, il vous a fallu les acquitter de toutes manières, aussi les faire rentrer dans le bilan du coût de l'ouverture des sources (si telle est votre décision) est une erreur.

On trouve d'autres raisons de fermer les sources, complètement irrationnelles celles-là. Vous pouvez, par exemple, travailler sous l'idée reçue incorrecte que fermer les sources rendra votre affaire plus sécurisée vis-à-vis des intrus et autres indélicats. Si vraiment c'est le cas, je vous recommande une thérapie immédiate avec un cryptanalyste. Les véritables professionnels de la paranoïa ne font pas confiance à des programmes aux sources fermés, car ils ont appris la leçon à leurs dépens. La sécurité est une question de fiabilité ; on ne peut faire confiance qu'à des algorithmes et des implémentations qui ont été consciencieusement revus par les pairs des programmeurs et des concepteurs.


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