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11. L'écologie des marchés des logiciels à sources ouverts

La communauté du source ouvert s'est organisée d'une manière qui tend à amplifier les effets de productivité du source ouvert. Dans le monde Linux, en particulier, c'est un fait d'une grande signification économique qu'on dénombre de nombreux distributeurs de Linux, formant une entité bien distincte des développeurs.

Les développeurs écrivent du code et le rendent disponibles sur l'Internet. Chaque distributeur sélectionne un sous-ensemble du code disponible, l'intègre, l'empaquette et le revend sous sa griffe aux consommateurs. Les utilisateurs choisissent parmi plusieurs distributions, et ont toujours la possibilité de compléter une distribution en téléchargeant directement du code depuis les sites des développeurs.

Cette séparation claire a pour effet de créer un marché interne très fluide, encourageant les améliorations. Les développeurs sont en concurrence les uns avec les autres et se disputent l'attention des distributeurs comme des utilisateurs, jugeant la qualité de leurs logiciels. Les distributeurs se disputent l'argent des utilisateurs, jugeant la pertinence de leurs politiques de sélection, et sur la valeur ajoutée qu'ils apportent aux logiciels.

Un effet visible de la structure interne de ce marché est qu'aucun noeud du réseau n'est indispensable. Les développeurs peuvent cesser le travail ; même si personne ne reprend directement leur code, la concurrence en vue de l'attention des utilisateurs aura tendance à engendrer rapidement des solutions de remplacement remplissant la même fonction. Les distributeurs peuvent faire banqueroute sans que cela n'endommage ou ne compromette le pot commun de sources ouverts. Dans son ensemble, l'écologie répond plus rapidement aux exigences du marché, et elle est davantage capable de résister aux chocs et de se renouveler en permanence que tout fabricant jouissant du monopole sur un système d'exploitation à sources fermés.

Un autre effet important est de diminuer les surcoûts et d'accroître l'efficacité à travers la spécialisation. Les développeurs ne subissent pas les pressions qui compromettent couramment les projets à sources fermés conventionnels et les transforment en pièges sans fin — pas de listes de fonctionnalités inutiles et distrayant leur attention de l'essentiel exigées par le département de mercatique, pas d'ordres de la part des supérieurs d'utiliser des langages de programmation ou des environnements de programmation dépassés, pas besoin de réinventer la roue d'une manière encore nouvelle et incompatible au nom de la différenciation du produit ou de la protection de la propriété intellectuelle, et (avant tout) pas de dates butoir. Pas de course de vitesse pour sortir une version 1.0 avant qu'elle ne soit correcte — ce qui (comme DeMarco et Lister l'ont remarqué au cours de leur discussion traitant du style de gestion de projet à la « réveillez-moi quand ce sera terminé » dans [DL] ) conduit généralement, non seulement à une meilleure qualité, mais en réalité à la meilleure vitesse de livraison d'un résultat vraiment opérationnel qu'on connaisse.

Les distributeurs, d'un autre côté, se spécialisent dans les choses que les distributeurs font le mieux. Libérés du besoin de financer des développements logiciels massifs en permanence pour rester en lice, ils peuvent se concentrer sur l'intégration du système, l'empaquetage, sur des garanties de qualité, et sur le service.

Les distributeurs et les développeurs restent honnêtes sous l'influence des commentaires incessants et de la surveillance de leurs utilisateurs, qui font partie intégrante de la méthode du source ouvert.


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