Ces dernières années, un grand nombre d'individus ont réclamé une sorte d'organisation ``centrale'' pour Linux.
Les raisons invoquées ont été :
Il faut empêcher quiconque de s'approprier, pour les rendre privés, des objets versés dans le ``domaine public''.
Les sociétés ont besoin d'une assistance technique plus officielle que : Allez poser vos questions sur l'Internet. Elles veulent un système organisé de telle sorte que les utilisateurs ayant des problèmes puissent appeler une sorte de service ``S.O.S.''. Ceci pourrait inclure une assistance téléphonique aussi bien que des consultations plus officielles.
Cela dit, InfoWorld a récemment attribué à "la communauté Linux sur Internet" leur prix InfoWorld Best Technical Support (Prix InfoWorld de la meilleure assistance technique).
Il n'existe pas de consensus quant au type d'organisation qui devrait être ``reine'', néanmoins, il existe un désir de reine...
L'assistance technique proposée aux utilisateurs de Linux n'est pas à mon avis parfaite, mais cela n'implique pas la création d'une organisation centralisée qui fasse autorité.
Je dirais même que le modèle de décentralisation promu par Linux représente une force dans le sens où il permet à l'assistance technique de s'améliorer simultanément dans différentes parties du monde, sans en être empêchée par telle ou telle agence de contrôle.
Il y a des inconvénients à ce modèle décentralisé du développement Linux, car il provoque une fragmentation des sources d'aide disponibles. Linux n'a pas d'organisation unique fournissant toutes les choses listées ci-dessous, comme c'est le cas pour la plupart des autres systèmes d'exploitation. Les différentes spécialités concernant les activités connexes à Linux sont donc réparties entre plusieurs organisations de la communauté Linux :
C'est un problème insoluble étant donnée la diversité des acteurs impliqués, qui va également de pair avec une grande diversité des besoins.
Ceci concerne les noyaux de la série 1.2.x, qui ont été stables pendant longtemps, jusqu'au point de devenir anciens, mais aussi les noyaux 2.0.x, plus modernes, mais qui évoluent vite, et les séries expérimentales 2.1.x qui changent pratiquement toutes les semaines.
De plus, il y a eu plusieurs bibliothèques C (avec la récente
transition de la libc 5.x (bibliothèque standard du langage C,
version 5 à la ``GLIBC'' GNU (bibliothèque standard du langage C de
GNU
NdT Gnu's Not Unix, est une fondation qui a pour
projet de développer le logiciel libre (c'est-à-dire couvert par une
licence mise au point par elle, la GPL) et en particulier de créer un
système Unix complet libre
)), plusieurs formats
d'exécutables (avec la transition du format a.out au format ELF
format reliable ainsi qu'exécutable), et enfin, trois compilateurs
C/C++ qui se marchent plus ou moins les uns sur les autres (GCC
(compilateur de C de GNU) 2.7.x, GCC 2.8.x, EGCS (système de
compilation expérimental de GNU)). Les transitions entre les
différentes versions de bibliothèques ont parfois été douloureuses.
Les détracteurs de Linux exagèrent souvent ces problèmes. La plupart des programmes n'ont pas besoin d'avoir connaissance des différences entre ces différentes composantes du système, et la plupart du temps, ils n'ont même pas besoin d'être recompilés afin de pouvoir fonctionner sur un système utilisant un nouveau noyau ou de nouvelles bibliothèques.
Il peut encore être délicat pour les développeurs de sélectionner un noyau cible approprié ou une bibliothèque particulière, surtout quand des fonctions spécialisées ou encore au stade expérimental comme le verrouillage de ressource, le ``multithreading'', ou la programmation multi-processeurs, sont requis.
Il existe un grand nombre de bibliothèques graphiques fonctionnant sous Linux, dont Xt, Motif, Tk, Qt, Gtk et GNUStep, pour ne citer que les plus populaires. Ce problème n'est bien sûr pas spécifique à Linux. Il est à peu près identique pour des applications tournant sur les autres systèmes d'exploitation de type UNIX.
Ce problème concerne également les autres plates-formes non apparentées à UNIX. Les systèmes MS-Windows proposent également un grand nombre d'APIs (interfaces de programmation pour applications) et de bibliothèques issues d'une multitude de sociétés.
Malgré les quelques inconvénients dus à la décentralisation, je crois que c'est un avantage décisif pour Linux d'être soutenu par une multitude d'organisations indépendantes jouant des rôles variés. On peut voir toutes ces parties comme un agrégat constituant une sorte de ``corporation virtuelle''.
Tant que ces diverses organisations restent légalement et vraiment indépendantes, Linux n'aura pas à affronter le genre de problèmes qui ont assailli IBM et Apple.
Apple a des problèmes liés à la question ``matériel ou logiciel ?''.
Apple s'est récemment posé la question de savoir s'il était plutôt un vendeur de matériel ou de logiciel.
Parmi les sociétés qui ont copié leur exemple, plusieurs ont eu le même dilemme. Il y eut tout d'abord NeXT, qui a commencé par vendre un ordinateur à l'air sympathique en forme de ``monolithe noir'', mais qui a ensuite conclu qu'il valait mieux se concentrer sur le développement de leur logiciels d'interface graphique pour utilisateur (GUI).
Plus récemment, d'anciens employés d'Apple ont fondé la société Be, et ont mis au point une jolie machine PowerPC SMP (à multi-processeurs symétriques) sur laquelle fonctionnait un système d'exploitation sympathique, conforme à la norme POSIX, et capable de gérer les processus légers. De même que les gens de NeXT, ils ont conclu qu'il valait mieux se focaliser sur l'amélioration et la commercialisation de BeOS, leur système d'exploitation.
Cela faisait longtemps qu'Apple vendait du matériel, et elle en avait tiré beaucoup d'argent. C'est pourquoi elle demeure dans un état d'indécision continue, qui a fait naître une certaine confusion récemment quand ils ont acheté NeXT et annoncé Rhapsody, adhérant ainsi, d'une certaine manière, à l'idée selon laquelle ``le logiciel est roi''... pour peu après acheter Power Computing (un vendeur de clones de Mac), portant là un coup fatal aux vendeurs de clones et rejoignant ainsi, d'une certaine manière, ceux qui estiment que ``le matériel est roi''.
Nombreux sont ceux qui pensent qu'ils faudrait s'éloigner du marché du matériel et devenir avant tout un vendeur de logiciels, y compris à l'intérieur d'Apple. Mais les succès passés de cette société en tant que constructeur de matériel est sans doute un obstacle à cette idée.
Ses activités liées au logiciel pourraient être bien meilleures si elles n'avaient pas à se soucier de la santé de la composante matérielle, et vice versa. Et cela pourrait faire du bien à l'ensemble de l'organisation.
IBM s'est souvent fait remarquer pour dépenser des millions de dollars en développant de nouveaux produits, puis en les abandonnant avant même d'essayer de les mettre sur le marché. Et ceci dès l'instant où une autre division a pensé que le nouveau produit cannibaliserait ses propres ventes.
IBM : Ne cannibalisez pas mon marché !
IBM est une société qui illustre fort bien l'idée d'abandonner de bons produits pour éviter de défavoriser les ventes d'autres produits. C'est, bien sûr, une conséquence directe du fait qu'IBM est si grande qu'il est difficile de trouver un nouveau produit qu'elle pourrait ajouter à son catalogue sans réduire ne serait-ce qu'un peu les ventes d'un autre produit.
Malheureusement, quand un tel problème est combiné avec une société absolument énorme, ce qui suppose une grosse bureaucratie sous-jacente, et de nombreux cadres puissants susceptibles de s'affronter, les considérations techniques sont reléguées au second plan, derrière les considérations politiques.
OS/2 en est un bon exemple :
Essayer de soutenir OS/2 au sein même de la compagnie était un problème ; il y avait plusieurs raisons à cela et les autres divisions d'IBM étaient activement opposées à l'utilisation d'OS/2. Il y a sans aucun doute des périodes pendant lesquelles les ventes liées à UNIX mettent en danger les ventes de serveurs (de calculs), ce qui pose la question de savoir quel ``danger'' préférer. OS/2 n'a évidemment pas reçu le soutien nécessaire pour combattre les systèmes Microsoft.
La Free Software Foundation a eu le problème d'avoir un leader, Richard M. Stallman (ou ``RMS'') qui a tendance à penser qu'elle devait avoir le contrôle sur le contenu du logiciel libre (sous licence GPL : GNU Public License, licence publique générale de GNU). Sans même avoir pu prendre en considération le fait que les autres pouvaient ne pas vouloir se laisser contrôler, ils n'ont simplement pas eu assez de moyens pour gérer tous les projets en cours...
Le logiciel libre représente potentiellement un million de dollars d'efforts par an. La Free Software Foundation n'est certainement pas assez développée pour gérer les résultats issus d'une telle activité. Et je ne suis pas certain qu'elle puisse croître suffisamment pour démentir cela.
Les programmeurs de Linux n'ont personne pour les empêcher d'introduire une nouveauté. Personne ne demande la permission à Linus Torvalds pour quoi que ce soit...
De plus, les développeurs Linux utilisent typiquement des protocoles standardisés qui permettent aux projets de se développer indépendamment, ce qui signifie que l'on est rarement obligé d'attendre une ressource particulière. Par exemple, le protocole X11 utilisé pour implanter le système X Window ( X Window System) est un standard graphique stable. Le développement peut donc s'appuyer indépendamment sur des entités comme les serveurs X, les bibliothèques graphiques (GUI), le noyau Linux et d'autres composants système.
Par opposition, les évolutions du système MS-Windows sont souvent douloureuses car les composantes du système et les applications sont profondément entremêlées. Ceci profite aux sociétés de services de tout poil qui ont à régler les dysfonctionnements, mais c'est extrêmement nuisible à la communauté qui doit subir ce genre d'évolution.
Les systèmes de type UNIX et les systèmes de type Microsoft contrastent techniquement dans cette optique :
Ceci a pour conséquence malheureuse que si l'un des composants du système est modifié, tous les logiciels doivent être modifiés en conséquence.
Sur les systèmes UNIX, la mise à jour d'un composant n'a en principe aucun effet néfaste sur les programmes. Il existe des contre-exemples, mais ce sont plutôt des exceptions que la règle...
Les mises à jour du noyau Linux n'affectent directement le fonctionnement que d'une très petite partie des programmes.
Les mises à jour de X Window de la version X11R4 à la X11R5 puis à la X11R6 n'ont pas occasionné de dysfonctionnements significatifs pour les programmes écrits pour des versions antérieures. Il peut y avoir des avantages à en réécrire certaines parties pour utiliser des fonctionnalités des nouvelles bibliothèques, mais ce n'est pas nécessaire. Il n'est même pas nécessaire de recompiler les programmes, comme si leur environnement n'avait pas changé.
En outre, faire fonctionner des programmes utilisant la nouvelle bibliothèque graphique Gtk n'empêche pas les applications programmées sur Xt de fonctionner. Ceci témoigne de la capacité de X Window System à faire cohabiter différentes interfaces graphiques utilisateur.
La période pendant laquelle Della Croce a revendiqué la propriété de la marque ``Linux'' a montré l'importance de ce dernier point. Il a eu pendant quelque temps le contrôle légal sur le nom, ce qui a provoqué une grande émotion dans la communauté Linux. Une pétition d'annulation a circulé contre cette marque Linux. Le cas a été jugé par une cour de justice ; Linus Torvalds est maintenant propriétaire de cette marque.
Par contraste, depuis que Linus a accepté le fait que Linux utilise la General Public License, personne, d'un point de vue légal, n'a eu ou n'aura de contrôle unique sur le code source de Linux. Pour que ce code soit privatisé légalement, des milliers de contributeurs à Linux devraient donner leur accord. Il en existe suffisamment qui ne seraient certainement pas d'accord pour que cela ait peu de chance d'arriver.
Si Linux reste fragmenté de la sorte dans son assistance technique, cela signifie qu'il peut y avoir des problèmes qui passent à travers les mailles du filet, et cela est dommageable.
Le projet NetBSD, qui consistait à construire un système gratuit à partir de ``BSD 4.4 Lite'', semble s'être fracturé à cause de désaccords internes, ce qui a provoqué une scission vers le projet OpenBSD. Il est difficile (sans rentrer dans la grande controverse) d'en établir les causes précises. Mais ces causes mises à part, la séparation a jeté le trouble sur la crédibilité des deux parties.
En n'étant pas organisées de façon monolithique, les personnes impliquées dans Linux sont libres de travailler de manière aussi indépendante qu'elles le souhaitent.
Les projets graphiques GGI et Berlin sont de bons exemples de la raison pour laquelle il est bon d'avoir un certain degré d'indépendance. Ces deux projets ayant comme but de créer des composants graphiques améliorés fonctionnent très bien comme cela depuis plus d'un an.
Dans un projet Linux.org ``complètement intégré'', ils
deviendraient certainement :
Il existe des désaccords à propos du bien fondé de ces efforts particuliers ; le fait qu'ils aillent dans des voies indépendantes fait que jusqu'à présent, ils ne dérangent que ceux qui veulent bien être dérangés.
Par exemple, personnellement, j'aimerais voir GGI ``gagner'', au moins comme plate-forme permettant à X de s'exécuter très rapidement, et je pense que les efforts concernant Berlin ont été mal conduits. Mon jugement ne gène pourtant pas le projet Berlin. Dans le monde décentralisé de Linux, ils sont libres de réussir autant que d'échouer, indépendamment de ce que je veux ou de ce que je pense. Des développements peuvent être une perte de temps, mais ils n'affectent pas les autres projets Linux.
Si les projets étaient centralisés, l'échec d'un projet de développement critique ferait du mal à tout le monde. Par exemple, si j'étais l'autorité et que j'imposais que le système graphique GGI soit adopté, cela rendrait aléatoire la poursuite de certains projets relatifs à Linux et les nouvelles applications vulnérables à la possibilité que GGI puisse ne jamais être stable et vraiment utilisable.
Dans son modèle fortement réparti, Linux n'est a priori pas mis en danger par ce genre de problèmes.
En d'autres termes, Linux n'a pas de point central fixé, bien que Linus Torvalds exerce tout de même une grande influence.
Linux possède une large étendue d'utilisateurs ayant des désirs, besoins et moyens très divers.
Certains pourraient le décrire comme un OS (Operating System, ou système d'exploitation) serveur, comme tout autre UNIX. D'autres nient cela en clamant que Linux est le système le plus puissant existant pour les ordinateurs personnels et ne pensent pas qu'il est nécessaire de qu'un ordinateur puisse satisfaire plusieurs types d'utilisateurs.
Linux est un système très puissant qui peut vraiment être utilisé de beaucoup de manières différentes. Développer des applications se limitant à un mode particulier d'utilisation, alors qu'elles pourraient être facilement améliorées afin d'offrir davantage de flexibilité et de puissance, n'est franchement pas raisonnable. La plupart du temps, on peut avoir le beurre et l'argent du beurre avec Linux.
Trois sociétés ayant eu des niveaux de croissance spectaculaires sont issues de ce courant ``permettant l'indépendance''. Ce sont :
Cette société allemande de logiciels n'a pas essayé de fournir toute l'assistance technique liée à son logiciel, mais a encouragé l'utilisation de consultants externes. Il en a résulté que le système R/3 a été très soutenu par les plus grandes firmes internationales de consultants.
SAP AG et les sociétés de consultations travaillent actuellement en coopération parce qu'ils ont tous trouvé que cela leur était profitable.
L'indépendance des diverses composantes de cette société est, d'un point de vue organisationnel, technique, et économique, tout à fait remarquable. La domination actuelle de leur département d'imprimantes dans le marché mondial montre l'importance et la valeur de cette indépendance.
Il y a longtemps, les systèmes d'information des entreprises étaient largement dominés par IBM. Ils fournissaient des systèmes robustes, mais les développements du système étaient chers et exigeaient du temps, et les différents départements n'étaient guère satisfaits par les services proposés par le département des systèmes de gestion de l'information (MIS, ou Management Information Systems).
Les ordinateurs personnels sous MS-DOS et PC-DOS ont laissé aux différents départements l'occasion de posséder et contrôler leurs propres environnements logiciels, indépendants de la direction MIS centrale, et ceci à bas prix. Les PC (Personal Computers, ou ordinateurs individuels) ne présentent pas la robustesse des systèmes centraux mais il était très facile de faire effectuer aux PC des choses utiles à l'aide de logiciels standard comme les traitements de texte, les tableurs et les systèmes de gestion de bases de données. D'un point de vue politique, les licences logicielles pouvaient être acquises à bas prix au niveau du service plutôt que d'avoir à s'adresser au département MIS. Ceci a donné plus de pouvoir aux services concernés.
Le fait que ces ordinateurs individuels ne soient ni particulièrement fiables, ni particulièrement faciles à administrer, comparés aux ``mainframes'' (et ceci peut maintenant conduire à des problèmes cauchemardesques quand des services tentent de grossir leur réseau local de PC) ne contredit pas cela. Les PC ont été ``suffisamment bons'' pour ce qu'on leur demande, suffisamment utiles pour qu'on puisse y attacher de la valeur.
La communauté Linux (et les initiatives similaires de type ``logiciel libre'') ont proposé un grand nombre de modèles oeuvrant à différentes fins utiles, tout en soutenant la croissance de Linux et de la communauté Linux.
Cette section énumère différentes sortes d'organisations que l'on trouve dans la communauté Linux.
Il y a assez de place pour permettre à toutes les organisations existantes de grandir et de se développer ; en accord avec le thème de la ``décentralisation'' déjà évoqué, je pense qu'il devrait y en avoir beaucoup plus. Ceci serait particulièrement profitable aux groupes dédiés à des projets donnés. De telles entités pourraient et devraient rester indépendantes.
Ce type d'organisation développe des logiciels, du matériel ou des documentations, et vit en vendant des ``produits'' Linux.
Il existe un grand nombre d'entreprises de ce type (voir : vendeurs commerciaux pour linux). Remarquez que la plupart de ces sociétés ne diffusent pas toutes leurs propres productions sous licence GPL.
Leur but serait de vendre des services d'installation, d'amélioration et d'assistance technique aux systèmes Linux.
Il existe un grand nombre de sociétés de services qu'on peut connaître par le biais du ``HOWTO des consultants'', qui fait partie du Projet de Documentation Linux.
La société Red Hat Software a un projet dans lequel elle envisage la création d'un programme de Certification Linux Red Hat. Ils ont également plusieurs autres projets dont aucun n'a encore pleinement abouti.
Russell Nelson de Crynwr Software a proposé l'idée d'une ``Organisation Linux'' proposant des services de type ``relais'' d'assistance technique pour Linux. Ils pourraient accepter des questions/audits techniques et les fournir ensuite à des groupes de consultants Linux.
Mon opinion personnelle est que ceci peut effectivement être effectué par des organisations indépendantes de type ``Consultants pour Linux''. Si une société de service/conseil voit un intérêt à fournir de l'assistance technique pour des projets Linux, c'est bon, et cela peut constituer un outil de ``marketing'' intéressant :
Non seulement nous fournissons un bon service, mais de plus, nous participons activement à l'amélioration de Linux.
Quoi qu'il en soit, je pense que rassembler ``tous les Linux'' (sous la forme d'une organisation à but non lucratif) a des chances de diluer l'efficacité de l'ensemble de ces organisations. J'ai déjà vu cela arriver.
Une initiative ``libre'' appropriée serait de fournir un service intégrant des systèmes Linux dans les écoles, tout d'abord comme serveurs de mail, de réseau, et peut-être de façon ultime, comme serveur d'applications. Ceci pourrait être organisé au travers d'organisations d'assistance technique pour Linux qui pourraient émerger des groupes d'utilisateurs locaux. (Voir le HOWTO pour des groupes d'utilisateurs,
NdT : la version française de ce document est en cours de traduction. De manière générale, un miroir français de l'état de l'art des HOWTO, et en particulier des traductions en français, se trouve à l'adresse : traductions en français des HOWTO pour Linuxqui contient quelques remarques à ce sujet.)
Et ne dénigrez pas l'assistance technique Linux disponible par le biais d'Internet ; les ``Linuxiens sur Internet'' ont gagné le prix InfoWorld de la meilleure assistance technique.
Il existe une organisation appelée Linux International soutenant Linux. Il serait utile qu'il y ait une organisation de cette sorte, mais plus officielle, dans un objectif d'efforts communs. Caldera et Red Hat ont chacun fait de la publicité, ce qui a souvent été bon pour Linux. Mais cette pub est toujours dirigée vers leurs produits, ce qui n'est pas nécessairement d'un intérêt général pour tous les Linuxiens.
Les deux activités principales d'une telle organisation seraient la promotion de Linux (marketing) et la divulgation d'informations. Ses activités spécifiques pourraient consister à :
L'idée la plus atroce dont j'ai eu vent serait de diffuser un spot télévisuel au moment du ``SuperBowl'99''
NdT équivalent de la finale de la Coupe de France de football, à l'échelle démesurée que la plupart des grands spectacles sportifs prennent aux États-Unis; le fait que ça en vaille la peine est un autre problème.
Les actions de bas niveau consisteraient à fournir des informations aux magazines d'informatique.
Il y a eu quelques articles de presse peu élogieux, tels que les ``Inexactitudes de SCO'' (Santa Cruz Operations). Il serait bon que dans ce cas, on puisse fournir une réponse calme et argumentée.
De telles organisations existant actuellement englobent :
Malheureusement, bien qu'ils aient une liste impressionnante de dirigeants et de directeurs, il serait facile de prendre à tort Linux International comme une organisation complètement inactive. Leur porte-parole, John ``maddog'' Hall de Digital Equipment Corporation est néanmoins personnellement assez actif pour promouvoir Linux lors d'évènements exceptionnels et de conférences, bien qu'il semble y avoir peu d'autres activités dans cette organisation.
La société SCC (consultants de systèmes spécialisés) a commencé au départ en publiant des documents relatifs à UNIX. Ils publient le mensuel Linux Journal que j'aperçois maintenant dans beaucoup de kiosques américains. Leurs publications représentent maintenant une source majeure pour la promotion de Linux.
Il y a un modèle existant qui pourrait utilement être reproduit, et qui provient de l'exemple de la Free Software Foundation. Il concerne les groupes de développement associés à un projet.
La FSF a fourni un grand nombre d'éléments utilisés dans Linux, et plus précisément :
NdT : jeu de mot sur copyright, qui dans le droit anglo-saxon classique remplace la notion de droit d'auteur dans le droit romain (avec toutefois quelques différences). copy signifie copier, right signifie le droit ou la droite, left signifie la gauche ou la notion de laisser (quelqu'un faire quelque chose l'y autoriser), et une infrastructure permettant de la protéger,
La Free Software Foundation (FSF) a été fondée dans un objectif très proche de celui que Linux satisfait relativement bien : créer un système d'exploitation gratuit qui peut remplacer UNIX, d'où le ``GNU - GNU's Not UNIX'' (GNU n'est pas Unix). Cela a commencé en construisant des outils pour ``construire le système'', dont GCC, les utilitaires de compilation, GNU Emacs, et les utilitaires pour fichiers ``à la UNIX''.
Malheureusement, lorsqu'ils en sont arrivés à construire leur propre noyau appelé Hurd, l'organisation s'est sclérosée en ce qui apparaît maintenant comme une ``clique'', avec ce qui ressemble de l'extérieur à un éventail de croyances politiques dégageant l'odeur peu flatteuse d'une organisation commerciale.
De surcroît, Richard Stallman (communément appelé ``RMS''), le dirigeant de la FSF, est très souvent mal cité, et parfois, ses commentaires sont très différents de ce que les gens présument qu'il déclare.
Lisez les textes des entretiens avec Richard Stallman et Linus Torvalds. Les commentaires de Linus sur Stallman et ses déclarations sont très intéressants.
Les préférences politiques sont ce qu'elles sont ; il y a plus sérieusement des problèmes à la FSF. On peut les voir plus clairement dans :
Ces situations sont à comparer à celles où des personnes ont quitté le projet NetBSD pour fonder le projet OpenBSD.
Les causes profondes de ces divisions sont diverses, mais prenez conscience de ces aspects :
J'aimerais faire admettre que cela montre qu'il existe de sérieux problèmes dans la façon dont la FSF fonctionne.
Le monde a beaucoup changé depuis la création de la FSF au début des années 80. Leur but originel était de construire une version libre d'UNIX. En 1985, le monde avait besoin d'une variante UNIX libre car il n'en existait pas. En 1997, l'existence de Linux et des systèmes d'exploitation *BSD, qui sont tous puissants et robustes, laisse songeur quant à la nécessité du très expérimental Hurd. Hurd propose de nouveaux concepts, mais je pense qu'il ne sera jamais qu'un objet de curiosité.
Je suppose qu'une des causes pour lesquelles la FSF connaît des difficultés est qu'ils sont devenus les ``vieux révolutionnaires'' qui ont du mal à faire évoluer leurs buts en fonction de leur environnement, qui a changé.
Dans le ``manifeste'' du GNU Bead Project Portal, Lyno Sullivan décrit un
projet GNU responsable d'imaginer, de construire et d'améliorer le fonctionnement de l'organisation formelle des volontaires de GNU et de sa structure logicielle.
Dans un commentaire à propos d'une version antérieure de ce document, il expliquait qu'il
était triste car j'exprimais beaucoup de frustration quant à la rigidité apparente de la FSF
C'est un point de vue relativement juste ; ses commentaires sur le fait qu'un certain degré de rigidité soit nécessaire au lancement d'un projet sont également justes. Je suis d'accord pour dire qu'une bonne conception doit certainement débuter par la création, par une poignée d'individus, d'un embryon de ``cathédrale''. Une fois que les aspects principaux sont suffisamment stables, il devient opportun de laisser continuer les gens dans le mode ``bazar''.
Ma réponse à Lyno est qu'il existe un seuil au delà duquel la cathédrale peut et doit être transformée en bazar, et que la FSF :
Il existe un assez grand nombre d'intégrateurs de systèmes Linux, qui vendent des machines sous Linux pré-configurées, et qui fournissent généralement des machines ``sur mesure'' à leurs clients.
Il y a eu des propositions pour les groupes d'utilisateurs d'assister les assembleurs de PC locaux en définissant des ``spécifications pour machines Linux'', afin qu'il puisse y avoir des machines Linux disponibles localement, aussi bien que par des ventes par correspondance.
La grande toile mondiale du Web a rendu possible l'implantation virtuelle de n'importe quel schéma d'organisation de l'information.
La source la plus remarquable d'informations mises à jour régulièrement est le projet de documentation Linux à partir duquel les documents ``HOWTO'' (modes d'emploi) sont distribués. J'aime encore mieux mon point de vue sur Linux ; cela contient des liens vers diverses sources d'information et de nouvelles qui utilisent plusieurs approches de l'organisation de l'information concernant Linux.
Les éditeurs tels que SSC, O'Reilly et Red Hat Software (qui font partie de nombreux autres tels que ceux-ci) sont peut-être les plus notables des diffuseurs d'informations et de nouvelles concernant Linux. Ceci inclut aussi bien des documents protégés et commerciaux qu'une grande variété, de plus en plus fournie, de documents libres/ouverts.
Un grand nombre d'informations pour lesquelles d'autres compagnies créent des ``bureaux d'aide'' transitent sous ces formes :
Ceci ne couvre pas la totalité des besoins ; le fait qu'il y ait un grand nombre de singes scotchés à leur clavier signifie que d'un côté, certaines réponses sont redondantes, mais qu'elles sont tout de même souvent utiles.
Les sociétés d'assistance technique constituent trop souvent des services multiples gérés par des personnes incompétentes qui ne possèdent rien de mieux que les HOWTO Linux.
Le Projet de Documentation Linux fournit une superbe organisation au niveau de la documentation tel que le travail de documentation n'est pas excessivement dupliqué. Ceci a été rendu possible grâce à la création d'une DTD (<em>définition de type de document</em>) SGML (<em>langage standard généralisé de balises appelée ``LinuxDoc'', maintenant connue sous le nom des outils SGML. Le présent document
NdT : et sa traductionest maintenu en utilisant ces outils.
Quelque chose de similaire devrait être effectué pour organiser les documentations présentes sur le Web. Pour presque chaque type d'information, il y a plusieurs personnes qui le dupliquent virtuellement sous plusieurs formes différentes. Par exemple, il existe au moins cinq documents Web indépendants qui concernent les bases de données (dont mon document sur RDBMS - systèmes de gestion des bases de données relationnelles).
Un des meilleures sites est sans doute SAL - applications scientifiques pour Linux.
Une version améliorée du format LSM ( The Linux Software Map (LSM) utilisé sur l'archive Sunsite pour collecter automatiquement des informations de base dans les paquetages de programmes Linux) pourrait être utilisée pour encourager la création d'informations utiles.
Le nouveau format LSM devrait contenir suffisamment d'informations pour être capable de présenter toutes les informations critiques présentes dans les paquetages de logiciels telles que celles présentées sur mon document sur le traitement de texte, mon document sur les bases de données relationnelles, mon document présentant la finance sous Linux, mon document sur les tableurs ou encore sur de plus gros documents de liens tels que applications scientifiques pour Linux.
De nouveaux champs pourraient être inclus dans le nouveau format LSM, comme par exemple :
Par exemple, avec la clef-unique : 5F22C, on pourrait effectuer
des recherches à partir d'une collection de fichiers LSM
en se référant à une URL qui ressemblerait à :
http://www.lsm.org/cgi-bin?package=5F22C;type=LINK;ref=RPM
http://www.lsm.org/cgi-bin?package=5F22C;type=LINK;ref=DPKG
http://www.lsm.org/cgi-bin?package=5F22C;type=LINK;ref=HOME
http://www.lsm.org/cgi-bin?package=5F22C;type=PAGE;ref=HOWTO
L'utilitaire rpm2html est un générateur de documents Web pour les paquetages RPM. Il prend des fichiers RPM et en extrait un grand nombre d'informations utiles.
D'autres efforts ont été envisagés pour collecter et organiser toutes ces informations, et j'attends de grandes améliorations à ce niveau dans les années à venir.
Un grand nombre d'initiatives correspondant à tous les modèles d'organisation énumérés dans cette section.
Pour certains types d'organisations, une assistance technique supplémentaire arrive déjà, en provenance de sociétés de logiciels et autres... Il est presque toujours possible de l'améliorer, mais dans beaucoup de cas, il existe de bonnes organisations qui grossissent et nécessitent un peu d'attention de notre part pour aller encore plus loin.
Les produits commerciaux sont soutenus par les ventes car les bonnes informations ont de la valeur.
Un point faible est le manque de projets de développement pour construire une infrastructure Libre/Ouverte.
Ce genre d'effort pourrait être renforcé par l'introduction de ce que j'appellerais des Fondations Linux. Le but de ce document est de décrire la façon dont ces organisations pourraient être organisées.
NdT : disponible en français à l'adresse La cathédrale et le bazar, de préférence en utilisant des variantes du système ``CVS Anonyme'' pour la gestion du code source.
Adopter un mode d'action ``orienté-projet'' plutôt qu'avoir un but fixe unique (``développer le système Linux et ses outils dérivés'') permet à ces buts d'évoluer en fonction des besoins des gens.
La gestion des versions fondée sur CVS aiderait à maintenir une synchronisation des programmeurs en indiquant qui est en train de travailler sur telle ou telle version.
Dans certains cas, des projets et des outils existant pourraient être améliorés si certaines personnes avaient un certain quota de temps libre rémunéré à leur consacrer.
Étant donné que le but d'une telle organisation est de sponsoriser des projets, on peut en proposer quelques-uns.
NdT : jeu de mot sur more/less (plus/moins), déjà « commis » dans le monde des Unix libres
Note : Netscape a annoncé qu'il envisageait de fournir l'édition du développeur du Communicator de Netscape avec son code source
NdT : et ils ont tenu parole... :), sous une forme libre/ouverte proche de la GPL, le 31 mars 1998. Voir également ``d'autres liens libres sur Netscape''.
Ce sont généralement de gros projets un peu trop conséquents pour être pris en charge par des gens qui travaillent le soir chez eux.
De plus, un certain nombre de ces tâches comportent des aspects fastidieux qui font que ceux qui programment ``juste assez bien pour leur utilisation personnelle'' ne vont pas trouver utile de faire un effort supplémentaire consistant à améliorer la finition en vue d'une utilisation générale.
Si de tels projets sont officiellement lancés par une ``fondation Linux'', cela encouragera la création de choses plus complexes requérant plus de travail que ce que peuvent faire les gens pendant leur temps libre.
On pourrait penser que ce genre de logiciels pourrait être vendu de façon plus commerciale. Ceci est assez vrai. La plupart des produits présents sur la liste existent déjà pour Linux sous des formes commerciales.
Certains pourraient dire également que le logiciel libre/ouvert va décourager la production de logiciels commerciaux toujours plus performants. Mais le logiciel libre n'a jamais empêché le développement des bases de données commerciales, des serveurs Web, des éditeurs de texte, ni d'aucune autre sorte de programmes.
L'existence de bon logiciels libres répond aux attentes de chacun.
Il force les entreprises à se poser la question :
Pourquoi devrais-je payer pour votre produit alors que je peux avoir son équivalent gratuitement ?
Pour certains ``extrémistes pro-GNU'', la réponse est
S'il existe un produit ``libre'' suffisant, je ne payerai pas pour le vôtre
Pour d'autres, la question serait plutôt du type :
Achetez notre produit car il offre de meilleures fonctionnalités ou est plus facile à utiliser
La disponibilité des outils de développement libres/ouverts rend plus simple et moins onéreux le développement de bons logiciels, qu'ils soient libres ou commerciaux. Les entreprises commerciales peuvent donc en bénéficier.
On peut essayer de compartimenter une fondation Linux en ``divisions'' spécialisées dans diverses sortes d'activités commerciales à des fins de financement, et ainsi avoir des ``filiales'' sous la forme des diverses organisations mentionnées plus haut : ingénieurs conseil, faire du service Internet, vendre des ``PC Linux'', ou vendre des logiciels Linux.
Je pense, cependant, que de telles activités distrairont l'attention des activités du projet d'une FL (Fondation Linux).
La réponse financière la plus simple : Bourses/Dons.
Il faut qu'une fondation Linux soit traitée de la même manière que des organisations similaires comme la Free Software Foundation (fondation pour le logiciel libre, FSF) ou le XFree86 Project (projet de serveur graphique libre sur puce 80x86), c'est-à-dire sous la forme d'une organisation à but non lucratif, exempte d'impôts, reconnue d'utilité publique (et apte ainsi à faire déduire des impôts de ses donateurs les montants reçus, aussi bien pour les sociétés que pour les individus).
Je pense que les efforts de développement libre doivent être sponsorisés par des bourses ou des fonds, des matériels, et des services librement attribués.
Cela peut inclure d'encourager d'autres sociétés travaillant en rapport avec Linux à sponsoriser des projets de logiciel libre, soit directement, soit en fournissant des fonds et d'autres ressources à des organisations comme une FL, ou directement à des projets de développement. Par exemple, il est de notoriété publique qu'un certain nombre de sociétés en rapport avec Linux (de même que certaines organisations moins en rapport) ont sponsorisé des projets couverts par la Licence Publique Générale de GNU (GPL). Pour ne citer que quelques exemples :
En se fondant sur ces exemples, il est raisonnable de s'attendre de la part des compagnies qui tirent profit de Linux de contribuer en quelque chose aux efforts de développement. Que cela prenne la forme de financements ou de logiciels librement redistribuables n'est pas essentiel.
Aussi, et c'est un détail que je trouve important, il est je pense préférable pour les contributeurs commerciaux de préférer la forme GPL de GNU (ou, pour les bibliothèques, la LGPL, ou licence publique générale de GNU) au style de licence selon BSD. La GPL impose que toute contribution au code soit aussi couverte par la GPL, ce qui signifie que l'organisation qui contribue peut s'attendre à, elle aussi, bénéficier des contributions d'autres personnes. Par contraste, les licences dans le style de Berkeley (BSD) (ville de Californie abritant une université célèbre) autorisent les compétiteurs à prendre le code, l'améliorer, et à garder ces améliorations secrètes.
En visant plus haut que les entreprises commerciales, les agences gouvernementales sont peut-être les ``cibles'' les plus intéressantes dans la recherche de sponsors pour Linux, puisque de nombreux outils (compilateurs COBOL, logiciels de productivité personnelle) sont d'une nature qui rend leur financement par une organisation gouvernementale raisonnable. Voici quelques idées :
Il aurait été bien qu'un tel paquetage soit prêt en 1997, afin de faire face aux problèmes attendus en l'an 2000.
Vous remarquerez que le développement de GNAT - l'Ada de GNU a été sponsorisé par le gouvernement des États-Unis d'une façon très proche, et que le développement de Perl a été de façon similaire sponsorisé par NASA/JPL (le laboratoire de propulsion des fusées de l'agence spatiale nationale des États-Unis)). Des vendeurs de matériel UNIX comme HP, NeXT et Digital (et presque certainement beaucoup d'autres) ont contribué par leur équipement, leur argent, leurs spécifications matérielles, et même par leur expertise, au développement de GCC sur leurs plates-formes. Des précédents existent.
Voilà des idées bien généreuses. Presque certainement, elles ne verront pas toutes le jour. Mais aucune d'elles n'est ridicule.
J'ai entendu dire que les gens ne voulaient pas que le gouvernement s'en mêle à cause de ``l'inefficacité gouvernementale''. Tant que l'utilisation des logiciels qui résultent de tels projets est relativement sans contraintes, je n'y vois pas d'inconvénients. Si on peut réutiliser les logiciels, l'inefficacité manifestée lors du début d'un projet sera bientôt hors de propos. Un éventuel surcoût de 100 millions de dollars dans le développement de GNU COBOL laisserait intacts les millions de dollars d'économies réalisées sur les licences de logiciels, aussi cette solution reste-t-elle un compromis séduisant.
On m'a fait remarquer que les contributions à de tels projets doivent être considérées comme des bourses plutôt que comme des dons de charité.
Des dons purement charitables sont destinés à l'assistance des pauvres, sans attendre grand-chose en retour, sinon de la gratitude (la charité est l'amour du prochain).
Les bourses, en revanche, sont attribuées aux gens et aux organisations en échange de résultats de valeur.
Participer au logiciel libre n'est certainement pas de la ``pure charité''. On peut s'attendre que ces contributions aient des résultats intéressants.
Dans des cas où quelqu'un dispose d'un grand capital à investir, il est raisonnable d'être encore plus exigeant quant au résultat final, et de mettre en place une commande. Aladdin Software (société de logiciels Aladdin), par exemple, a en charge de produire un interpréteur de langage Display Postscript dans le cadre du projet GNUStep.
Voici quelques autres sources de financement que je ne pense pas être à même de fournir des capitaux conséquents. Même si elles peuvent couvrir certains coûts, je ne crois pas qu'elles soient des moyens praticables de financer de manière substantielle des efforts de développement. La FSF, par exemple, ne s'est pas enrichie en vendant des CD-ROM. Le fait qu'il y ait au maximum 20 sociétés vendant des produits et des publications Linux sur CD-ROM laisse à penser que c'est un domaine bouché, où il est difficile de faire beaucoup d'argent en mettant sur pied une autre solution à but non lucratif.
La principale alternative aux ``contributions librement accordées'' est de créer une ``entreprise commerciale captive'' pour fournir les fonds, et d'après mon expérience personnelle, cela ne fonctionne pas très bien. Les organisations de service gérées par des étudiants ne sont typiquement pas capables de faire également des affaires. Tout ceci divise les organisations en petits morceaux poursuivant des buts très différents, au détriment de tous.
Il y a, cependant, un intérêt à disposer d'opérations secondaires, tant qu'il est clair qu'elles n'ont d'autres buts que d'amortir les coûts directs liés à la mise à la disposition du public d'ensembles de services.
Il ne faut pas qu'une fondation Linux pense recevoir beaucoup d'argent de la vente de médias.
Des entreprises commerciales comme Red Hat, InfoMagic, LSL, CheapBytes, SSC, et d'autres ont montré qu'elles peuvent fournir de nombreux produits comparables, de façon efficace, et à coûts modestes, ce qui limite les ``profits'' qu'on peut tirer de ce mécanisme. Il peut être tout aussi sensé pour une ``fondation Linux'' de revendre des médias d'un ``vendeur à prix cassés'' comme LSL ou CheapBytes.
Rahul Miller a étendu une offre pour être ``courtier de code source'' de telle sorte que se battre avec les clauses de la GPL de GNU relatives à l'offre de code source ne soit pas un fardeau à ceux qui développent des logiciels.
Il pourrait être assez utile à une ``fondation Linux'' de proposer des services similaires ; ils auraient certainement besoin d'offrir des sources aux logiciels développés de façon interne ; il serait utile à la communauté du logiciel libre qu'une fondation joue le rôle de courtier pour d'autres développeurs de logiciels libres.
De temps en temps, on assiste à des ``guerres'' entre ceux qui pensent que la GPL de GNU est la manière idéale de distribuer des logiciels ``libres'' et ceux qui pensent que le modèle de la licence de BSD donne ``plus'' de libertés. Et je n'ai pas suffisamment d'espace pour traiter ici des autres variantes de la GPL comme la licence ``Aladdin Ghostscript'' et la ``licence artistique'' de Perl.
La différence critique entre la licence de BSD et la GPL de GNU :
La GPL spécifie que tous les logiciels dérivés doivent également être rendus disponibles sous forme de code source.
D'un autre côté,
La licence de BSD spécifie que les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent du code source couvert par la licence de BSD, y compris revendre des travaux dérivés sous forme commerciale sans aucune obligation légale de faire part de ces changements à la communauté dans son ensemble.
La GPL exige que le code source demeure libre de façon permanente. En fait, elle est bâtie sur l'hypothèse que les gens veulent rendre la propriété intellectuelle ``libre'' propriétaire, et elle tente de prémunir les auteurs de cela. Cette licence et ses plus fervents défenseurs ont un but politique de ``changer le monde''.
L'approche de la licence de BSD, au contraire, fait l'hypothèse que cela vaut la peine de rendre certaines propriétés intellectuelles ``libres'' pour que les gens et les organisations développent et corrigent une quantité utile de logiciel ``libre''. Si le code est vraiment bon, alors tout le monde est libre, capable, et encouragé à l'adopter pour tous types d'usages. Avec un peu de chance, suffisamment de personnes se sentiront l'obligation morale de contribuer également.
Pour illustrer les avantages de l'utilisation de la GPL, la société Willows a distribué TWIN, leur système d'émulation de MS-Windows, selon les termes de la GPL, ce qui signifie que quiconque l'améliore et souhaite redistribuer le système modifié, doit le faire selon les termes de la GPL. Cela signifie que Willows (ainsi que toute la communauté) bénéficie des améliorations que les autres font au système. Ces modifications pourraient rester propriétaires dans une approche de type ``BSD''.
Au contraire, en vertu du fait qu'on peut l'utiliser pour obtenir du code ``propriétaire'', le code réseau de BSD a eu un impact considérable sur le monde commercial ; le fait que les sociétés puissent récupérer et utiliser à leur guise le code a eu pour résultat que la plupart des implantations du code réseau de TCP/IP contiennent des petits bouts du code ``d'implantation de référence'' de BSD. La GPL interdit une telle utilisation du code.
On trouve des défenseurs acharnés dans chacun des deux camps. Le projet Willows, sous GPL, a suscité peu de vocations, alors que bien plus nombreux sont ceux qui travaillent sur le système WINE, qui utilise une licence de type BSD. D'un autre côté, bien plus de gens semblent travailler sur le noyau Linux, couvert par la GPL, que sur n'importe quel autre projet de système d'exploitation à la BSD.
Je pense quant à moi qu'il y a de la place pour les deux modèles, GPL et BSD. Tous deux ont leur intérêt ; dans des environnements différents, chaque approche a ses avantages. Disposer de points de vue multiples sur la propriété intellectuelle permet aux gens qui souhaitent apporter des contributions différentes à la communauté, de le faire.
Les défenseurs de la GPL doivent laisser au modèle de licence de BSD la liberté de réussir ou d'échouer dans la tâche de proposer du logiciel libre de qualité au monde, et inversement.
Si quelqu'un souhaite donner certains aspects de sa propriété intellectuelle, c'est son problème. S'il préfère la GPL, c'est d'accord. S'il préfère le modèle de licence de BSD, ça me va encore.
Si vous avez tiré bénéfice de l'utilisation de Linux ou d'autres logiciels librement produits, il est absolument juste de s'attendre à ce que vous retourniez votre juste part pour aider à l'amélioration des versions futures. On peut contribuer de diverses manières, et en particulier par :
Je pense qu'il est juste de s'attendre à ce que les gens contribuent leur juste part d'une certaine manière dans chacun de ces domaines, et en particulier, dans le domaine financier. The United Way (la manière unifiée, un programme de charité qui aux États-Unis d'Amérique et au Canada, et peut-être ailleurs, joue le rôle de comptoir général de virement pour les dons) demande aux gens de contribuer ce qu'ils estiment être une ``juste part'' dans le but de renforcer les efforts de la communauté. Ils suggèrent typiquement de contribuer à hauteur de un pour cent de ses revenus. En ce qui concerne Linux, je suggère au lecteur d'utiliser l'échelle suivante :
Combien auriez-vous payé pour une version commerciale du logiciel ?
Je ferai valoir que cent dollars par an est une ``juste part'' pour un utilisateur de Linux à la maison. Certaines personnes (en particulier des étudiants) n'en ont vraiment pas les moyens, ce qui est normal. J'insiste néanmoins sur la nécessité d'une petite contribution financière, même modeste. Les contributions sous la forme de services sont aussi de grande valeur et très nécessaires ; c'est la combinaison des différents types de contributions qui renforce la communauté.
Si l'aimable lecteur est débiteur et n'a rien rendu, je lui suggère de prendre en considération les solutions que je présente dans la section suivante.
Forts des nombreux millions d'utilisateurs de Linux, il serait entièrement plausible que des utilisateurs désirant faire le témoignage de leur gratitude contribuent un peu.
Ces petits ruisseaux peuvent se combiner en des centaines de millions de dollars pour le développement d'outils améliorés.
Cela étant dit, obtenir des fonds pour les développeurs et autres vecteurs de valeur peut dans la réalité représenter quelque chose qui rappelle la vieille histoire pour enfants Belling the Cat.
(NdT Belling the Cat (Attacher une clochette au cou du chat) est une vieille histoire pour enfants (anglo-saxons) qu'on peut souvent appliquer aux opinions :
Il était une fois une famille de souris qui vivaient dans une maison. Cette maison abritait aussi un chat. Ce chat aimait chasser les souris, s'abattre sur elles et les dévorer. Un jour, une des souris eut une idée.
« En fait, le problème, c'est que le chat est vraiment trop silencieux. Et si on lui accrochait une clochette autour du cou ? Alors nous pourrions l'entendre s'approcher, et nous enfuir tranquillement ? »
Toutes les autres souris étaient d'accord, bien sûr, et trouvaient l'idée très bonne.
Malheureusement, cette idée avait un petit inconvénient. Qui allait accrocher la clochette sur le chat ? Les souris ne trouvèrent pas la réponse à cette question.)
Au moment où j'écris ces lignes il n'existe aucune ``fondation pour le logiciel Linux'' vers laquelle nous puissions envoyer nos contributions. Et je ne pense pas que les organisations qui existent actuellement soient prêtes à gérer des millions de dollars.
Il existe, néanmoins, un certain nombre de possibilités que les utilisateurs de Linux peuvent suivre pour faire des contributions financières dans le but d'améliorer Linux, et je vous incite vivement à vous y intéresser.
Disposer d'une unique organisation protectrice et fédératrice (``fondation pour le développement de Linux'') peut avoir de la valeur en tant que porte-drapeau, mais ce n'est pas nécessaire. Il est nécessaire qu'il y ait une possibilité que les contributions financières des individus soient déductibles des impôts, afin d'en maximiser la teneur. Je peux faire des dons plus importants si on les déduit de ma déclaration que si ce n'est pas le cas.
J'ai contribué à certaines des organisations qui suivent, et pas à d'autres. La présence dans la liste qui suit d'une organisation ne signifie pas que je suis d'accord avec tous les buts poursuivis par cette société, mais signifie uniquement qu'elles ont un rapport raisonnable avec Linux et le logiciel libre et qu'elles me semblent valoir la peine de les prendre en compte.
Vous remarquerez que beaucoup de ces organisations sont tout aussi capables d'utiliser des contributions sous la forme de matériel informatique et de services.
Cela n'est pas vraiment un moyen d'améliorer le ``développement du logiciel libre sous Linux'' ; c'est malgré tout une bonne idée. Les efforts de Linus pour Linux méritent récompense.
Vous remarquerez que les Linux System Laboratories (laboratoires du système Linux) ont mis au point un système dans lequel vous pouvez faire un cadeau de 5 dollars à Linus quand vous achetez un CD à deux dollars.
Je suis partisan de faire cela indépendamment d'éventuels travaux supplémentaires de Linux ; ses ``contributions éternelles'' ont beaucoup plus de valeur a mes yeux que toute somme nominale que je lui enverrai. Si cent mille personnes lui envoyaient chacune vingt dollars, ne serait-ce pas excellent ? Ce serait certainement mérité.
On peut étendre ce concept. Si quelqu'un programme un logiciel libre qui vous est bien utile, ce serait une très bonne idée de rédiger en son nom un chèque de vingt dollars, de trouver son adresse, et de le lui envoyer sans qu'il n'ait rien demandé, accompagné d'un gentil mot le remerciant pour ses efforts. Vous n'obtiendrez peut-être rien en retour, comme une déduction de la somme donnée des impôts ou quoi que ce soit, mais ça l'encouragera certainement à continuer. Et c'est un comportement bien meilleur de la part de l'utilisateur que la complainte habituelle Quand la version 4.2 va-t-elle sortir ? Et quand incorporerez-vous enfin dans votre programme le petit machin que j'ai réclamé ?
Si vous utilisez X, il est absolument raisonnable de leur envoyer un don (déductible de vos impôts, tout du moins dans certaines juridictions) pour les aider à continuer leur travail.
Ils ont leur propre distribution de Linux ; ceux qui ``adorent'' Red Hat ne seront peut-être pas intéressés par une contribution au ``Linux de Debian'', mais ils s'occupent également de promouvoir l'ouverture des standards de matériels (au contraire de choses comme I2O).
Si Linux International obtenait le statut d'association reconnue d'intérêt public pour le programme de sponsorisation de son projet, cela pourrait jouer le rôle de catalyseur pour d'autres projets Linux.
Ces projets recherchent plusieurs types de contributions volontaires, et n'ont pas forcément besoin de contributions financières.
Des groupes locaux, évidemment, vont avoir à coeur de mettre en oeuvre des activités qui bénéficieront à la communauté locale ; ils peuvent aussi s'impliquer dans des activités d'envergure internationale.
Mon groupe d'utilisateurs local, NTLug (North Texas Linux Users Group) (groupe d'utilisateurs de Linux du Texas du Nord) a recherché la reconnaissance d'intérêt public. Cela permet de déduire les sommes versées des impôts, au delà des frontières, ce qui n'est pas mal.
Mark Aitchison suggère aux groupes locaux de faire ce qui suit, qui lui semble intéressant :
Préparer des scripts pour faciliter l'accès à un FSI (fournisseur de services Internet) local - en commençant par le plus gentil ou le moins cher, et en laissant la pression de la concurrence faire se décider les autres à aider le groupe d'utilisateurs s'ils ont des problèmes avec leur FSI.
Une autre bonne idée serait d' :
Aider les revendeurs de matériel locaux à proposer des solutions matérielles sous Linux clé en main. Par exemple, une machine personnelle pouvant s'amorcer sous deux systèmes d'exploitation, un routeur et un proxy pour le Web sous Linux pour une organisation locale.
Mon groupe d'utilisateurs local, NTLug, a un ``projet d'installation de Linux'' mensuel à un gala d'informatique de la région, et on entend des rumeurs concernant la soumission de spécifications de système à un constructeur de PC local pour encourager la création d'un nouveau ``prestataire de services'' (VAR en anglais, littéralement détaillant de valeur ajoutée). On pense publier au sein du groupe la liste des revendeurs locaux qui proposent des produits Linux.
J'ai entendu parler d'efforts ciblés sur des organisations gouvernementales à Washington pour tenter des installations de Linux en masse pour les systèmes de bureaux de ces organisations. Quatre personnes devraient suffire pour installer 20 machines par heure dans une pièce disposant d'un réseau local (LAN) improvisé, et en réclamant vingt dollars par système installé, ils gagneraient tous ensemble 400 dollars de l'heure, ce qui reste de loin bien moins cher que des installations de MS-Windows, et génère malgré tout d'excellents profits.
De par leur aptitude à regrouper des personnes physiques géographiquement, les groupes d'utilisateurs représentent un lien privilégié où d'autres types d'``organisations'' peuvent se monter. Ainsi :
Ce n'est pas une organisation propre à Linus ; ils s'occupent d'activités générales de promotion touchant de près ou de loin le génie logiciel.
Ici, l'implication est plus proche de l'implication qu'on peut avoir dans un groupe de pression politique régional.
Bien sûr, tout cela est un peu biaisé car vu du bout américain (des États-Unis) de la lorgnette ; tout cela a malgré tout des retombées internationales, et la communauté internationale en général ne suit pas systématiquement la trace des États-Unis dans tout ce qui touche à l'informatique.
Le TeX Users Group (TUG) (groupe d'utilisateurs de TeX) travaille actuellement sur la version de la ``prochaine génération'' du système de mise en forme de documents LaTeX, sous le nom de LaTeX3. TeX et LaTeX fonctionnent particulièrement bien sous Linux.
On peut envoyer ses contributions à ce projet à l'adresse suivante :
TeX Users Group
P.O. Box 1239
Three Rivers, CA 93271-1239
États-Unis d'Amérique
ou, pour l'Europe,
UK TUG
1 Eymore Close
Selly Oaks
Burmingham B29 4LB
Royaume-Uni
Il vaut mieux mettre un petit mot précisant que vous souhaitez que cet argent aille au projet LaTeX3.
Un projet de la FSF qui présente un certain intérêt :
Display Ghostscript Project (projet Display Ghostscript)
La fondation pour le logiciel libre et la communauté du réseau cherchent à réunir 14 175 dollars américains pour financer la mise au point de Display Ghostscript, une extension de Ghostscript qui traitera du Display Postscript. Jusqu'à présent, nous avons réuni 8050 dollars, soit un peu plus de la moitié de ce qui est nécessaire.
Si vous souhaitez contribuer, envoyez un don à la fondation pour le logiciel libre et précisez qu'il est destiné à Display Ghostscript.
Remarquez que DGS sera la ``plate-forme de référence'' sur laquelle GNUstep sera implanté.
Leur but est de rendre librement disponibles sous forme électronique le texte des livres qui ne sont plus soumis aux droits d'auteur. La plus grosse partie de l'argent correspondant au prix du dernier concours de cassage de RC5 a été donné à cette cause.
C'est le cas de la fondation tchèque pour le logiciel libre.
Cela nous amène à parler de la possibilité de déduire ses dons des impôts ainsi que de la facilité d'envoyer ses contributions. Elles dépendent du pays dans lequel vous vous trouvez. Rien que pour cette raison, il est intéressant de disposer de nombreuses organisations.
Il existe tout un tas d'autres projets de logiciel libre sur lesquels il est probablement intéressant de se renseigner. Certains sont en relation avec Linux, mais pas tous.
Il est évident que le code ne ``s'écrit pas tout seul''. Il faut que quelqu'un s'en charge.
L'article d'Eric Raymond, The Cathedral and the Bazaar,
NdT traduit en français sous le nom La cathédrale et le bazardonne une description de l'``approche bazar de Linux'' pour le génie logiciel, si souvent citée.
On peut la caractériser par trois principes :
Typiquement, on distribue une nouvelle version du noyau Linux toutes les semaines, qu'il soit prêt ou non. On y a accepté des corrections de la part de milliers de gens. L'effroyable nombre de participants à ce projet est devenu sa grande force.
Alors que le nombre d'utilisateurs de Linux dans le monde augmente, on peut appliquer cette ``force intellectuelle'' à d'autres composantes du système, comme les bibliothèques, les utilitaires, les applications, et même la documentation. Pour chaque projet, on dispose potentiellement de millions de développeurs, d'une sorte ou d'une autre.
Que dix mille développeurs examinent le noyau est largement suffisant pour l'améliorer en continu, même si la plupart ne s'occupent que de petites portions du code, et pendant leur temps libre.
La coordination des efforts de millions de participants nécessite une approche réellement distribuée. ``Le bazar'' s'est révélé une puissante approche au développement de logiciel.
La chose la plus difficile, qu'on ne peut éviter, est de faire certains compromis pour ne pas scinder l'unité du travail.
Ça n'a aucune importance d'avoir raison si au final, le projet se disperse, et si le développement cesse.
Le cimetière des projets inachevés est rempli de conflits de personnes. C'est apparemment une des raisons pour lesquelles ``BSD Lite'' (BSD Léger) s'est scindé en trois projets. C'est clairement la raison pour laquelle on dispose de deux versions de l'éditeur de textes Emacs. C'est super clair qu'on trouve là l'explication de la prolifération d'interfaces graphiques pour l'utilisateur pour X. Il est raisonnable de penser que beaucoup de gens préfèrent écrire leur propre interface graphique plutôt qu'utiliser celle que quelqu'un d'autre a écrite.
Si les grands traits du projet sont raisonnablement compatibles, il sera moins difficile de le modifier que de partir de zéro, et vous profiterez des utilisateurs intéressés par l'ancien projet.
Ceci est en rapport direct avec la question de ``l'amour-propre'' : si vous ne souhaitez pas voir votre code se mélanger avec d'autres codes, alors les efforts seront dupliqués.
Prenez en ligne de compte, par exemple, comment les principes de The UNIX Philosophy (la philosophie Unix) s'appliquent à votre programme. Vous disposez peut-être d'idées irréprochables, et pouvez créer une application de courrier électronique parfaite, belle, monolithique, écrite en C++, qui fait tout ce que personne n'a jamais osé imaginer, et qui est bien plus rapide et plus propre que les autres systèmes de courrier électronique. Ne le faites pas, ou alors exportez au moins certaines interfaces puissantes pour que des programmes extérieurs puissent interagir avec votre programme et en prendre le contrôle.
Si EZ avait été écrit d'une manière qui rende possible aux autres programmes de communiquer avec lui, il serait probablement devenu le programme de référence de traitement de texte sous Linux.
Malheureusement, il se peut que l'année prochaine, Java 2000 ou tout autre langage ``multimédia'' à la mode pointe le bout de son nez, et fasse oublier aux gens votre client de courrier électronique : beau, mais inadaptable. Le programme de courrier électronique EXMH est construit sur le programme MH et permet de lier du code écrit en TCL (langage de commande d'outils), ce qui permettra de programmer des interfaces au nouveau langage ``Java 2000'', de nouveaux outils codant le protocole cryptographique ``PGP 6.0'', et à tout ce qui naîtra l'année prochaine. Il est donc certain qu'on utilisera encore EXMH en 2002. Il sera (probablement) plus lent et plus laid que des programmes de gestion du courrier électronique écrits plus récemment que lui, et qui utiliseront les derniers outils ``à la mode'', mais il sera encore là, alors que ces autres programmes disparaîtront dans le courant de l'année (2002) pour laisser la place à de nouvelles tendances de mode.
Je ne connais pas à coup sûr le meilleur système d'interface graphique. Voici une liste de ceux qui font beaucoup parler d'eux :
D'autres opinions que les miennes existent, ce qui est précisément pourquoi on n'aura probablement jamais une seule véritable interface graphique, et pourquoi tout le monde se fâche vite à ce propos. Ce qui nous ramène à la question de l'amour-propre.
J'ai peu à peu calmé mes critiques à l'égard de l'environnement graphique Berlin. Le consortium Berlin a d'une certaine manière ouvert son processus de spécifications, ce qui est bon. Ils se sont récemment réorganisés et beaucoup de choses qu'ils pensaient développer ont été intégrées dans l'infrastructure GGI sous-jacente.
La cathédrale et le bazar.
Je connais une demi-douzaine de projets de construction de systèmes de comptabilité et de finances. fondés sur Linux. Si certaines équipes s'entendaient, ce qui en porterait le nombre à, disons, 3, faisaient confiance à des ``extérieurs'' pour sous-traiter certaines choses, en suivant l'approche du ``bazar'', et profitaient ensuite de l'apport publicitaire, les fonctionnalités et la robustesse s'en trouveraient améliorées plus rapidement qu'elles ne le sont maintenant, et tout cela attirerait l'attention d'un plus grand nombre.
Par exemple, on travaille beaucoup, en ce moment, sur CBB, xacc, et WaterMark. C'est du gaspillage de ressources, puisque ces trois programmes doivent tous trois fournir des fonctionnalités essentiellement similaires à celles de Quicken.
Si vous n'êtes pas un ``développeur de logiciels'', il est raisonnable de contribuer à des efforts d'assistance technique pour Linux, généraux ou plus particuliers. Voici quelques idées :
Lisez le manifeste du projet de documentation de Linux pour obtenir plus de détails sur la forme correcte à donner à votre documentation pour être le plus utile possible.
Les plus anciennes références au ``libre'' logiciel se trouvent dans le manifeste GNU de Richard Stallman.
La communauté Perl a produit un document s'intéressant aux ``choses librement disponibles'' intitulé ``Information Wants to be Valuable'' (il faut que l'Information acquière de la valeur (et devienne utile)
NdT : l'inventeur de cette phrase est un linguiste qui utilise ici la langue anglaise de manière assez fine. Cette phrase ``répond'' à une autre phrase, célèbre dans le milieu anglo-saxon de l'informatique, ``Information Wants to Be Free'' (il faut que l'Information soit libre (et en particulier, gratuite, car en anglais ce même mot a les deux sens. L'auteur de cet essai en discute à la fin du texte)). Vous consulterez le site Manifeste de la Libre Information pour des textes réfléchissant sur la notion de liberté de l'Information et sur des domaines connexes.qui prend un point de vue assez différent.
Un autre papier qui gagne à être connu, qui fait l'analyse de l'adoption et de la non adoption de systèmes est ``Lisp : bonnes nouvelles, mauvaises nouvelles, et comment gagner gros ``mieux vaut une solution approchée rapide, qu'une solution parfaite qui se fait attendre (le pire est l'ami du mieux)''
(Lisp: Good News, Bad News, and How to Win Big ``Worse is Better'')Sa thèse est qu'alors que LISP propose des fonctionnalités étendues, les tentatives typiques de fournir une solution ``valable à 100%'' fondées sur le LISP échouent à cause du principe UNIX de chercher des solutions valables à 90%, qui fournit quelque chose de ``suffisamment bon'' plus rapidement.
On peut aller plus loin et introduire la notion que assez bon, c'est le mieux (qu'on puisse réclamer). Cet essai conclut que MS-Windows NT est ``assez bon'', et va probablement gagner la ``guerre des systèmes d'exploitation''. Bien sûr, il fait l'hypothèse que NT est en fait ``assez bon'', et cela déclenche souvent des controverses.
On peut chercher l'inspiration des idées de cet essai dans l'article d'Eric Raymond The Cathedral and the Bazaar
La cathédrale et le bazar.Le papier d'Eric Raymond et ce papier-ci furent récemment cités dans Technology News from Wired News (nouvelles technologiques, extrait de nouvelles en ligne) puisque c'est un sujet d'actualité que Netscape Communications Corp (la société de communication Netscape) prévoit de rendre le code source de Netscape Navigator/Communicator librement disponible
NdT : c'est faitsous une licence proche de la licence publique générale de GNU. On trouve également, dans la production littéraire d'Eric, un essai sur les aspects économiques du logiciel dont le code source est ouvert (logiciel libre)
Suite aux discussions d'Eric Raymond avec Netscape sur la meilleure manière de gérer des licences comme la licence publique générale de GNU, un groupe de défenseurs (de la cause) a proposé d'employer le terme ``logiciel dont le code source est ouvert'' en lieu et place de ``logiciel libre'' pour attirer plus facilement l'attention des commerciaux et des entreprises.
NdT En anglais, le mot ``free'' signifie à la fois ``libre'' et ``gratuit''.
Le mot anglais ``free'' est malheureusement très ambigu, et c'est un problème que les défenseurs du ``logiciel libre'' rencontrent fréquemment. ``Free'' a deux acceptions principales, qui toutes deux s'appliquent au ``logiciel libre'' :
Les nouveaux (anglophones) introduits au concept de logiciel couvert par la ``licence publique générale de GNU'' pensent d'abord à cet aspect. S'il ne faut pas payer pour avoir quelque chose, la plupart des consommateurs sont très contents. À l'opposé, les commerciaux jugent ennuyeuse l'absence de tout coût, puisqu'elle suggère une absence d'assistance technique et une valeur ajoutée faible voire nulle.
Cela est beaucoup plus important pour les développeurs qui souhaitent créer des travaux dérivés. Même quand le logiciel est ``libéré de tout coût'', si vous n'avez pas la liberté de l'utiliser comme bon vous semble, alors il lui manque cet aspect essentiel de la liberté.
Il existe déjà de nombreux documents qui détaillent ce que ``dont le code source est ouvert'' signifie, et pourquoi c'est une bonne idée.
Un document comme celui-ci ne prend pas vie par hasard ; en général, il construit sur le travail réalisé dans le passé par beaucoup de gens qui ont aidé à rendre Linux utile.
Je remercie tout spécialement les personnes suivantes, qui m'ont envoyé des commentaires, des suggestions, et des corrections pour rendre ce document meilleur :
NdT : C'est sa date de publication))
Les traducteurs tiennent à remercier l'auteur qui expliqua certaines phrases (et persévéra malgré des problèmes de connexion). Ils tiennent aussi à remercier tout particulièrement Larry Wall <larry@wall.org> et sa femme Gloria Wall <gloria@wall.org> pour leur aide dans la compréhension et la traduction de la phrase ``Information Wants to Be Valuable'', qu'ils nous ont gracieusement apportée dans des communications personnelles. Nat Makarévitch <nat@nataa.fr.eu.org> a relu le produit d'un oeil frais, et a proposé des corrections.