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3. Buts et champs d'action d'une fondation Linux

Adopter un mode d'action ``orienté-projet'' plutôt qu'avoir un but fixe unique (``développer le système Linux et ses outils dérivés'') permet à ces buts d'évoluer en fonction des besoins des gens.

La gestion des versions fondée sur CVS aiderait à maintenir une synchronisation des programmeurs en indiquant qui est en train de travailler sur telle ou telle version.

Dans certains cas, des projets et des outils existant pourraient être améliorés si certaines personnes avaient un certain quota de temps libre rémunéré à leur consacrer.

3.1 Projets souhaitables pour une fondation Linux

Étant donné que le but d'une telle organisation est de sponsoriser des projets, on peut en proposer quelques-uns.

Ce sont généralement de gros projets un peu trop conséquents pour être pris en charge par des gens qui travaillent le soir chez eux.

De plus, un certain nombre de ces tâches comportent des aspects fastidieux qui font que ceux qui programment ``juste assez bien pour leur utilisation personnelle'' ne vont pas trouver utile de faire un effort supplémentaire consistant à améliorer la finition en vue d'une utilisation générale.

Si de tels projets sont officiellement lancés par une ``fondation Linux'', cela encouragera la création de choses plus complexes requérant plus de travail que ce que peuvent faire les gens pendant leur temps libre.

On pourrait penser que ce genre de logiciels pourrait être vendu de façon plus commerciale. Ceci est assez vrai. La plupart des produits présents sur la liste existent déjà pour Linux sous des formes commerciales.

Certains pourraient dire également que le logiciel libre/ouvert va décourager la production de logiciels commerciaux toujours plus performants. Mais le logiciel libre n'a jamais empêché le développement des bases de données commerciales, des serveurs Web, des éditeurs de texte, ni d'aucune autre sorte de programmes.

L'existence de bon logiciels libres répond aux attentes de chacun.

Il force les entreprises à se poser la question :

Pourquoi devrais-je payer pour votre produit alors que je peux avoir son équivalent gratuitement ?

Pour certains ``extrémistes pro-GNU'', la réponse est

S'il existe un produit ``libre'' suffisant, je ne payerai pas pour le vôtre

Pour d'autres, la question serait plutôt du type :

Achetez notre produit car il offre de meilleures fonctionnalités ou est plus facile à utiliser

La disponibilité des outils de développement libres/ouverts rend plus simple et moins onéreux le développement de bons logiciels, qu'ils soient libres ou commerciaux. Les entreprises commerciales peuvent donc en bénéficier.

3.2 Aspects économiques : comment une ``fondation Linux'' serait-elle financée ?

On peut essayer de compartimenter une fondation Linux en ``divisions'' spécialisées dans diverses sortes d'activités commerciales à des fins de financement, et ainsi avoir des ``filiales'' sous la forme des diverses organisations mentionnées plus haut : ingénieurs conseil, faire du service Internet, vendre des ``PC Linux'', ou vendre des logiciels Linux.

Je pense, cependant, que de telles activités distrairont l'attention des activités du projet d'une FL (Fondation Linux).

La réponse financière la plus simple : Bourses/Dons.

Il faut qu'une fondation Linux soit traitée de la même manière que des organisations similaires comme la Free Software Foundation (fondation pour le logiciel libre, FSF) ou le XFree86 Project (projet de serveur graphique libre sur puce 80x86), c'est-à-dire sous la forme d'une organisation à but non lucratif, exempte d'impôts, reconnue d'utilité publique (et apte ainsi à faire déduire des impôts de ses donateurs les montants reçus, aussi bien pour les sociétés que pour les individus).

Je pense que les efforts de développement libre doivent être sponsorisés par des bourses ou des fonds, des matériels, et des services librement attribués.

Cela peut inclure d'encourager d'autres sociétés travaillant en rapport avec Linux à sponsoriser des projets de logiciel libre, soit directement, soit en fournissant des fonds et d'autres ressources à des organisations comme une FL, ou directement à des projets de développement. Par exemple, il est de notoriété publique qu'un certain nombre de sociétés en rapport avec Linux (de même que certaines organisations moins en rapport) ont sponsorisé des projets couverts par la Licence Publique Générale de GNU (GPL). Pour ne citer que quelques exemples :

En se fondant sur ces exemples, il est raisonnable de s'attendre de la part des compagnies qui tirent profit de Linux de contribuer en quelque chose aux efforts de développement. Que cela prenne la forme de financements ou de logiciels librement redistribuables n'est pas essentiel.

Aussi, et c'est un détail que je trouve important, il est je pense préférable pour les contributeurs commerciaux de préférer la forme GPL de GNU (ou, pour les bibliothèques, la LGPL, ou licence publique générale de GNU) au style de licence selon BSD. La GPL impose que toute contribution au code soit aussi couverte par la GPL, ce qui signifie que l'organisation qui contribue peut s'attendre à, elle aussi, bénéficier des contributions d'autres personnes. Par contraste, les licences dans le style de Berkeley (BSD) (ville de Californie abritant une université célèbre) autorisent les compétiteurs à prendre le code, l'améliorer, et à garder ces améliorations secrètes.

En visant plus haut que les entreprises commerciales, les agences gouvernementales sont peut-être les ``cibles'' les plus intéressantes dans la recherche de sponsors pour Linux, puisque de nombreux outils (compilateurs COBOL, logiciels de productivité personnelle) sont d'une nature qui rend leur financement par une organisation gouvernementale raisonnable. Voici quelques idées :

Voilà des idées bien généreuses. Presque certainement, elles ne verront pas toutes le jour. Mais aucune d'elles n'est ridicule.

J'ai entendu dire que les gens ne voulaient pas que le gouvernement s'en mêle à cause de ``l'inefficacité gouvernementale''. Tant que l'utilisation des logiciels qui résultent de tels projets est relativement sans contraintes, je n'y vois pas d'inconvénients. Si on peut réutiliser les logiciels, l'inefficacité manifestée lors du début d'un projet sera bientôt hors de propos. Un éventuel surcoût de 100 millions de dollars dans le développement de GNU COBOL laisserait intacts les millions de dollars d'économies réalisées sur les licences de logiciels, aussi cette solution reste-t-elle un compromis séduisant.

Dons ? Bourses ? Commissions ?

On m'a fait remarquer que les contributions à de tels projets doivent être considérées comme des bourses plutôt que comme des dons de charité.

Des dons purement charitables sont destinés à l'assistance des pauvres, sans attendre grand-chose en retour, sinon de la gratitude (la charité est l'amour du prochain).

Les bourses, en revanche, sont attribuées aux gens et aux organisations en échange de résultats de valeur.

Participer au logiciel libre n'est certainement pas de la ``pure charité''. On peut s'attendre que ces contributions aient des résultats intéressants.

Dans des cas où quelqu'un dispose d'un grand capital à investir, il est raisonnable d'être encore plus exigeant quant au résultat final, et de mettre en place une commande. Aladdin Software (société de logiciels Aladdin), par exemple, a en charge de produire un interpréteur de langage Display Postscript dans le cadre du projet GNUStep.

D'autres sources de financement

Voici quelques autres sources de financement que je ne pense pas être à même de fournir des capitaux conséquents. Même si elles peuvent couvrir certains coûts, je ne crois pas qu'elles soient des moyens praticables de financer de manière substantielle des efforts de développement. La FSF, par exemple, ne s'est pas enrichie en vendant des CD-ROM. Le fait qu'il y ait au maximum 20 sociétés vendant des produits et des publications Linux sur CD-ROM laisse à penser que c'est un domaine bouché, où il est difficile de faire beaucoup d'argent en mettant sur pied une autre solution à but non lucratif.

La principale alternative aux ``contributions librement accordées'' est de créer une ``entreprise commerciale captive'' pour fournir les fonds, et d'après mon expérience personnelle, cela ne fonctionne pas très bien. Les organisations de service gérées par des étudiants ne sont typiquement pas capables de faire également des affaires. Tout ceci divise les organisations en petits morceaux poursuivant des buts très différents, au détriment de tous.

Il y a, cependant, un intérêt à disposer d'opérations secondaires, tant qu'il est clair qu'elles n'ont d'autres buts que d'amortir les coûts directs liés à la mise à la disposition du public d'ensembles de services.

3.3 Le point de vue des licences sur la propriété intellectuelle

De temps en temps, on assiste à des ``guerres'' entre ceux qui pensent que la GPL de GNU est la manière idéale de distribuer des logiciels ``libres'' et ceux qui pensent que le modèle de la licence de BSD donne ``plus'' de libertés. Et je n'ai pas suffisamment d'espace pour traiter ici des autres variantes de la GPL comme la licence ``Aladdin Ghostscript'' et la ``licence artistique'' de Perl.

La différence critique entre la licence de BSD et la GPL de GNU :

La GPL spécifie que tous les logiciels dérivés doivent également être rendus disponibles sous forme de code source.

D'un autre côté,

La licence de BSD spécifie que les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent du code source couvert par la licence de BSD, y compris revendre des travaux dérivés sous forme commerciale sans aucune obligation légale de faire part de ces changements à la communauté dans son ensemble.

La GPL exige que le code source demeure libre de façon permanente. En fait, elle est bâtie sur l'hypothèse que les gens veulent rendre la propriété intellectuelle ``libre'' propriétaire, et elle tente de prémunir les auteurs de cela. Cette licence et ses plus fervents défenseurs ont un but politique de ``changer le monde''.

L'approche de la licence de BSD, au contraire, fait l'hypothèse que cela vaut la peine de rendre certaines propriétés intellectuelles ``libres'' pour que les gens et les organisations développent et corrigent une quantité utile de logiciel ``libre''. Si le code est vraiment bon, alors tout le monde est libre, capable, et encouragé à l'adopter pour tous types d'usages. Avec un peu de chance, suffisamment de personnes se sentiront l'obligation morale de contribuer également.

Pour illustrer les avantages de l'utilisation de la GPL, la société Willows a distribué TWIN, leur système d'émulation de MS-Windows, selon les termes de la GPL, ce qui signifie que quiconque l'améliore et souhaite redistribuer le système modifié, doit le faire selon les termes de la GPL. Cela signifie que Willows (ainsi que toute la communauté) bénéficie des améliorations que les autres font au système. Ces modifications pourraient rester propriétaires dans une approche de type ``BSD''.

Au contraire, en vertu du fait qu'on peut l'utiliser pour obtenir du code ``propriétaire'', le code réseau de BSD a eu un impact considérable sur le monde commercial ; le fait que les sociétés puissent récupérer et utiliser à leur guise le code a eu pour résultat que la plupart des implantations du code réseau de TCP/IP contiennent des petits bouts du code ``d'implantation de référence'' de BSD. La GPL interdit une telle utilisation du code.

On trouve des défenseurs acharnés dans chacun des deux camps. Le projet Willows, sous GPL, a suscité peu de vocations, alors que bien plus nombreux sont ceux qui travaillent sur le système WINE, qui utilise une licence de type BSD. D'un autre côté, bien plus de gens semblent travailler sur le noyau Linux, couvert par la GPL, que sur n'importe quel autre projet de système d'exploitation à la BSD.

Je pense quant à moi qu'il y a de la place pour les deux modèles, GPL et BSD. Tous deux ont leur intérêt ; dans des environnements différents, chaque approche a ses avantages. Disposer de points de vue multiples sur la propriété intellectuelle permet aux gens qui souhaitent apporter des contributions différentes à la communauté, de le faire.

Les défenseurs de la GPL doivent laisser au modèle de licence de BSD la liberté de réussir ou d'échouer dans la tâche de proposer du logiciel libre de qualité au monde, et inversement.

Si quelqu'un souhaite donner certains aspects de sa propriété intellectuelle, c'est son problème. S'il préfère la GPL, c'est d'accord. S'il préfère le modèle de licence de BSD, ça me va encore.


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