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7. Mais pourquoi Linux ?

Il fait peu de doute que lorsque MS-Windows tombera, Linux héritera de sa cape : c'est une simple question de vitesse acquise. Demandez à Alta Vista (par exemple) de compter les points :


Windows:  2  530  775 

Linux:          502  053

Solaris:      251  513

HP/UX:          105  833

FreeBSD:        81  781

MacOS:            70  851

UnixWare:      23  386

Ultrix:          15  133

OpenBSD:        11  892

Linux non seulement grossit plus vite que n'importe quel système l'histoire, mais il attire déjà deux fois plus l'attention sur le Web que les autres, à part MS-Windows.

Pourquoi ?

Une partie de la réponse est bien sûr la simple chance. Si Linus Torvalds était né dix ans plus tard, FreeBSD aurait très bien pu hériter de la niche écologique qu'occupe Linux.

Une partie plus intéressante de la réponse est la révolution du logiciel libre : grâce à l'avènement de l'Internet, la micro-informatique va ici bien plus loin qu'une simple redite de l'histoire des stations de travail et découvre de nouveaux territoires.

Les standards ouverts rendent le monde de l'informatique plus efficace en réduisant la quantité d'énergie perdue lors de l'implémentation d'une idée nouvelle : les standards découpent l'environnement logiciel en morceaux dotés d'interfaces définies, et seul le composant situé derrière une certaine interface doit être réimplémenté. L'introduction de quelque chose comme SSH peut maintenant être réalisée en n'ayant juste qu'à remplacer quelques programmes comme telnet, au lieu de devoir peut-être introduire un système d'exploitation entièrement nouveau.

Cette réduction du gaspillage de l'effort de programmation se traduit directement en logiciel meilleur marché et plus copieux, ce qui à son tour produit des économies indirectes dans toutes les parties de l'économie influençant le logiciel.

Le logiciel libre fait un pas de plus en avant : lorsque le source est disponible, au lieu de devoir réécrire des programmes comme telnet à partir de zéro, le code source existant peut être simplement modifié, ce qui résulte en une réduction encore accrue du gaspillage d'effort.

La propriété privée du code source a permis par le passé à de grandes sociétés de dominer le marché du logiciel car elles pouvaient modifier leur code existant à moindre coût par rapport à d'autres qui, sans avoir accès à ce code, devaient tout réécrire de zéro. Ceci permettait l'extraction de rentes monopolistiques auprès des clients, avec les résultats heureux habituels pour le vendeur et ceux malheureux pour les clients et l'économie dans sa globalité.

La croissance de l'Internet a changé la donne : elle a rendu la coopération si peu coûteuse, et l'ensemble des développeurs coopérant autour de Linux si grand, que Linux désormais a non seulement une force de développement rendant ridicule tout ce que Microsoft peut entreprendre (avec une durée de doublement de cette force qui se mesure en mois), mais il a aussi une base de code source existant ridiculisant celle dont disposent toutes les sociétés sauf les plus grandes. Le code source de Linux consiste en environ cent millions de lignes de code, ce qui, au taux couramment accepté dans l'industrie de 100 USD par ligne, représente un investissement effectif de dix milliards de dollars américains.

Par comparaison, des compagnies comme Lotus ou Apple ont une valeur d'environ deux milliards de dollars américains sur le marché, Oracle vaut environ trente milliards de dollars américains, et Microsoft environ cent milliards de dollars américains.

En termes économiques, si Linux était une société privée, selon les métriques économiques habituelles des valeurs comptables, il serait actuellement environ la troisième plus grosse firme de logiciel de la planète, derrière Microsoft et Oracle et devant des firmes comme Autodesk (1.3 milliards de dollars américains).

En termes de pure puissance de programmation productive, Linux dépasse déjà largement Microsoft, et il prend rapidement de l'avance : s'il s'agissait d'une société de logiciel conventionnelle, elle aurait le budget effectif de développement le plus gros du monde du logiciel.

Puisqu'il n'existe aucun moyen concevable pour que Microsoft puisse égaler l'échelle de l'effort porté sur Linux, il n'existe aucune façon pour Microsoft de combler le fossé des capacités et de la fiabilité que Linux a déjà creusé devant MS-Windows : le temps que le Dernier Dinosaure se débatte pour atteindre la position que Linux tient déjà, Linux sera au-delà de l'horizon.

Grâce à la disponibilité du source, la totalité du monde académique et de la recherche est devenu un laboratoire de R D pour Linux. Par exemple, grâce au projet Beowulf de la NASA, Linux a aujourd'hui des super-ordinateurs opérationnels en production, comptant des centaines de noeuds. C'est une prédiction sûre que de dire que d'ici un an, il y aura des super-ordinateurs sous Linux avec plus d'un millier de processeurs - et même probablement plusieurs milliers.

Je ne sais pas ce qui sortira demain ou l'année prochaine des laboratoires de recherche de la NASA, du MIT, ou de Caltech et compagnie, mais une prédiction est facile : l'écrasante majorité des progrès seront construits sur Linux.


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