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Mais même alors que St Unix terrassait les dinosaures
propriétaires du monde des stations de travail, l'histoire se répétait
dans la vallée des Micro-ordinateurs.
En 1960, DEC introduisait le mini-ordinateur PDP-1, et
en 1963 le PDP-8, avec 4 Kmots de mémoire.
En 1975, MITS introduisait le micro-ordinateur
ALTAIR 8800 avec 256 mots de mémoire.
Juste lorsqu'il apparaissait que les disques et les langages de haut
niveau étaient là pour rester, on pouvait une fois encore expérimenter
les joies des systèmes d'exploitation codés en assembleur et chargés
depuis une cassette !
La micro-informatique a continué de rejouer l'histoire des stations de
travail depuis lors, avec un décalage de quinze ans.
Sur ces seules bases, un analyste paresseux, prenant 1989 comme
l'année finale de la mort des systèmes d'exploitation propriétaires
pour mini-ordinateurs, pourrait choisir 2004 comme année probable
de décès final des systèmes d'exploitation propriétaires de
micro-ordinateurs — en parfait accord avec la prédiction
d'une saturation du marché par Linux commençant en 2002 selon
la tendance exponentielle.
Une autre prédiction peu coûteuse en provenance directe de
l'histoire : tout comme le glas des systèmes d'exploitation
propriétaire pour mini-ordinateurs fut sonné par un jugement ordonnant
que les achats de mini-ordinateurs fédéraux américains spécifient un
standard ouvert comme POSIX plutôt que la solution chérie
d'un seul vendeur comme VAX/VMS, le glas final des
systèmes d'exploitation propriétaires pour micro-ordinateurs sera un
procès couronné de succès requérant que les achats de micro-ordinateurs
fédéraux spécifient une solution ouverte comme POSIX plutôt que
la solution chérie d'un seul vendeur comme MS-Windows.
Aujourd'hui, les personnes qui ont choisi les standards ouverts
contre les solutions propriétaires dans le contexte de la station
de travail doivent prendre les mêmes décisions dans le contexte des
micro-ordinateurs et (cela surprend quelqu'un ?) font les mêmes
choix : les solutions propriétaires dans le monde de la micro sont
rapidement remplacées par les standards ouverts, sur tous les fronts.
Les standards du logiciel libre comme TCP/IP éliminent les
standards propriétaires comme IPX, tandis que simultanément,
les standards matériels ouverts comme le PCI démolissent les
alternatives propriétaires comme le Microchannel.
Microsoft fut le plus gros des dinosaures de la
micro-informatique à pousser des solutions propriétaires, et il n'est
pas surprenant qu'il se montre le dernier à sombrer dans la mare de
goudron des standards ouverts, tout comme Apollo, le leader des
systèmes d'exploitation propriétaires pour station de travail, fut le
dernier à rendre l'âme.
En vérité, tout comme un Tyrannosaure Rex pris au piège,
Microsoft reste dangereux, capable de déchirer tout concurrent
à portée de mâchoires, même si ses débattements le font couler encore
plus profondément dans le goudron.
Mais avec l'intérêt à long terme de toute la clientèle travaillant
contre les solutions propriétaires, Microsoft ne peut
qu'acheter au coup par coup sa survie à court terme en bradant ce qui
reste de son futur :
- Pour maintenir l'apparence d'une croissance robuste, critique
pour sa domination, Microsoft a dû presque tripler le
coût réel par CPU de MS-Windows au cours de ces cinq
dernières années, depuis moins de 20 USD à plus de 50. À
court terme, c'est une façon efficace de convertir la puissance
d'un monopole en revenus, mais le résultat en est d'augmenter
l'incitation pour les clients à changer de fournisseur :
aujourd'hui, 60 à 80 % des décideurs informatiques
disent qu'ils abandonneraient MS-Windows s'ils en avaient
le choix — et des compagnies comme Compaq
commencent à vendre des machines avec Linux pré-installé. Avec
le prix des nouveaux PC tombant sous les 400 USD, 50 USD pour
le système n'est plus économique : le changement est dans l'air du
temps.
- Pour survivre à court terme, le logiciel de Microsoft
a dû proposer sans cesse plus de standards ouverts. Aujourd'hui,
ses applications doivent proposer C, Java, HTML,
TCP/IP, SQL et tout un tas d'autres standards
au-delà de son contrôle. Mais chaque fois qu'il passe d'un standard
propriétaire à un standard ouvert, le Dernier Dinosaure réduit la
puissance de son monopole, ouvre les portes plus largement à la
compétition ouverte, et augmente le levier qu'ont les clients pour
demander encore plus d'adhésion aux standards ouverts. Chacune de ces
victoires tactiques est une défaite stratégique. Le résultat, du point
de vue de Microsoft, est un plongeon dans la mare accélérant
exponentiellement, résultant en un niveau de désespoir augmentant
régulièrement et suffisant (par exemple) pour amener le Dernier
Dinosaure à des confrontations avec le système judiciaire américain
mettant en jeu la compagnie, ce qu'il n'aurait jamais envisagé de faire
en des jours plus heureux.
- Pour faire face à des compétiteurs comme AOL,
Microsoft a dû aller au-delà du simple fait de proposer à
contrecoeur un standard ouvert après l'autre, et a commencé à promouvoir
activement la construction de nouveaux standards ouverts, citons par
exemple sa promotion via l'IETF d'un standard de protocole de
messagerie instantanée (RVP) pour concurrencer l'ICQ
d'AOL. Même si ceci parvient à affaiblir AOL à court
terme, cela résultera en un autre pas de l'industrie des standards
propriétaires vers les standards ouverts, ce qui à long terme
rapprochera d'autant Microsoft d'une compétition ouverte dans
un marché libre. On n'a aucun mérite à deviner que Microsoft
ne ferait pas cela s'il pensait qu'il avait encore l'ombre d'une
chance de créer un standard propriétaire qu'il contrôlerait :
Microsoft admet implicitement que les jours des standards
propriétaires en micro-informatique sont finis.
- Pour ralentir un peu son plongeon, Microsoft a dû se
résoudre à des tactiques de plus en plus lourdes et maladroites, ce
qui peut parfois fonctionner à court terme, mais ce qui signifie
aussi qu'il marche régulièrement de plus en plus douloureusement
sur les pieds d'organisations allant du Pentagone à General
Motors — des organisations qui ont des ressources
et peuvent se charger des irritants. Ce n'est pas une coïncidence si
les fautes de comportement de Microsoft ont simultanément
attiré l'attention dans des juridictions allant du Congrès américain à
l'Union Européenne en passant par le Japon, le ministère de la justice
américain et de nombreux gouvernements d'états des États-Unis :
Microsoft a commencé à s'acheter une survie à court terme
au prix d'une hostilité à long terme, un marché bien désespéré, en
vérité. N'importe qui peut deviner ce que sera le résultat explicite
de toute action légale ou législative, mais en fin de compte cela
n'importe pas : ce qui compte est que de vastes groupes des
puissantes élites mondiales voient maintenant Microsoft
comme un problème qui doit être résolu, et feront monter la pression
jusqu'à ce qu'une solution qui les satisfasse soit obtenue. Pour eux,
cela signifie pouvoir faire des achats de produits dans un marché où
règne la compétition, sans être soumis aux caprices et à l'intérêt
d'un seul P.D.G. Le coût direct pour l'économie mondiale du monopole
de Microsoft dépasse désormais les dizaines de milliards de
dollars américains ; les coûts indirects dépassent les milliers de
milliards. C'est plus qu'assez pour motiver une action générale. Aucune
campagne de relations publiques ne peut cacher ces coûts à ceux qui les
payent, ni écarter indéfiniment les solutions au problème.
Microsoft se tournera-t-il finalement soudain vers le bon côté
de la Force ? Il y a un précédent dans la façon dont DEC
est soudainement passé du « Unix c'est de la daube »
à « Nous sommes le plus gros vendeur d'Unix dans
l'industrie ».
Ou bien Microsoft se battra-t-il avec conviction jusqu'à la
fin amère, tout comme le fit Apollo, tombant les armes de ses
relations publiques à la main ?
Nous n'avons aucun moyen de le deviner, mais en termes d'industrie,
cela ne fait de toute façon aucune différence, sauf peut-être pour les
employés et les actionnaires de Microsoft.
Laissons couler inexorablement le Dernier Dinosaure toujours plus
profondément dans la mare de goudron qui a déjà englouti tous les
prédécesseurs de Microsoft dans le grand jeu des systèmes
d'exploitation propriétaires.
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