Début de session : samedi 13 juin 1998 à 13:12 EDT.
Bonjour à tous... le programme va commencer dans quelques
minutes. Ce canal IRC sera modéré, les discussions annexes
peuvent avoir lieu sur #GNU-d... Merci! :)
Bonjour.
Bonjour à tous. Some.Net, OpenProjects.Net et moi
même vous souhaitons la bienvenue sur le forum Some.Net, où
nous accueillons Richard M. Stallman.
Je suis Robert Levin, votre modérateur pour ce soir !
J'attends les derniers, qui cherchent encore un siège... voilà,
je crois que l'on peut y aller.
Le forum de ce soir sera composé de questions et de réponses
modérées. Si vous êtes intéressé par des discussions
annexes, elles peuvent avoir lieu sur le canal IRC #GNU-d. Plus
tard, dans ce programme, nous prendrons quelques questions... Je vous
prie d'être patients cependant, et de bien vouloir nous excuser si nous
ne trouvons pas le temps de faire intervenir tout le monde, c'est qu'on
se presse sur le pas de la porte ce soir ! :)
Bien, présentons notre invité : Richard M. Stallman est probablement célèbre avant tout pour avoir écrit EMACS, la GPL et pour être le fondateur de la Free Software Foundation (fondation pour le logiciel libre, notée FSF). Son premier contact direct avec l'informatique date de 1969, au Centre Scientifique d'IBM à New York. Il est allé travailler au laboratoire d'intelligence artificielle du MIT en 1971... Il entra et fut embauché le jour même (il n'avait pas encore son diplôme de Harvard à l'époque). Richard reçut une bourse d'une valeur de 240 000 dollars américains de la part de la fondation MacArthur, et il favorisa la création et l'expansion de la FSF.
Il est à l'origine de la licence publique générale (GPL) et de la licence publique générale pour les bibliothèques (LGPL), et il faut reconnaître que le succès de Linux doit beaucoup à ces textes.
Notre programme va commencer dans un instant.
Tout d'abord, j'aimerais
profiter de cette occasion pour faire remarquer
présenter les ``meneurs'' présents dans le public...
et faire un rapide coucou
à Alan Cox, qui bitouille
Nous avons aussi Mike McLagan (je ne me rappelle jamais l'orthographe de ton nom :), le responsable du site web de linux.org... Bienvenue Mike ! Arnt Gulbrandsen de Trolltech était ici il y a quelques minutes. Eh ho, tu es toujours là ?
Nous avons un certain nombre de développeurs de Debian venus de
#debian, Marcus Fleck, le modérateur de
comp.lang.python.announce, et je sais qu'il me faudrait
présenter encore une dizaine de personnes :)
Nous avons vu passer (et re-verrons bientôt j'espère :) CmdrTaco (Rob
Malda), responsable de Slashdot,
qui mérite de gros applaudissements car il maintient
Slashdot.org, et nous avons aussi Scoop de
freshmeat.org ! :)
Il faut que je présente mes excuses à de notre invité, d'ailleurs... il y a pas cinq minutes j'ai parlé de Debian, je voulais parler de Debian GNU/Linux.
Richard : peut-être pouvons-nous commencer notre discussion par un bref commentaire sur la subtilité à distinguer entre ces deux appellations :)
Allô la terre ?
Oui, on te reçoit 5/5
``GNU/Linux'' signifie qu'on parle d'une version modifiée du système d'exploitation de GNU, qui utilise Linux comme noyau.
Une grande partie des utilitaires présents aux côtés du noyau Linux sont des programmes de la FSF, n'est-ce pas ?
Peut-être pouvons-nous parler de tes débuts en informatique. Quel est selon toi le premier programme significatif que tu as écrit et pour quelle raison l'as-tu fait ?
La FSF collecte des fonds pour financer les travaux sur GNU...
...mais la majorité du travail sur le projet GNU est réalisé par des volontaires. Le projet GNU commença dans le but de créer un système d'exploitation semblable à Unix et entièrement libre.
En poursuivant ce but, nous avons écrit beaucoup de programmes (utilitaires et autres), tout en réalisant que beaucoup de programmes écrits par d'autres, pour d'autres raisons, pouvaient être utiles pour constituer le système complet.
Ainsi, les arbres de cette forêt ont été plantés par beaucoup de gens, mais la raison pour laquelle il y a une forêt – un système d'exploitation complet – est à mettre au crédit de l'initiative du projet GNU.
Oui, tout cela est bien vrai... il est très difficile d'examiner une liste de programmes d'une distribution logicielle libre quelconque sans y trouver énormément de programmes de la FSF et de code couvert par la GPL.
Une fois encore, vous comptez les arbres. Au début, on entendait dire que l'écriture d'un système d'exploitation complet, en partant de zéro, représentait une somme de travail telle qu'il était vain de s'atteler à la tâche.
C'est pourquoi la contribution la plus importante du projet GNU n'est pas l'ensemble des logiciels spécifiques. Ce n'est pas non plus la GPL. C'est d'avoir insufflé la vie à une telle initiative, c'est d'avoir fixé ce but d'écrire un système libre complet, les programmes, les logiciels, la documentation, tout en s'attachant à combler ses potentielles lacunes.
Selon vous, quelle est la place du noyau Linux dans cette tapisserie... Est-ce qu'il s'y intègre, ou est-ce un support ?
Le noyau est un élément essentiel du système d'exploitation. C'est donc un logiciel très important.
Ne voulez-vous donc aboutir qu'à un noyau ? On a beaucoup entendu parler de Hurd ces dernières années... Dans votre esprit, est-ce un successeur logique ?
Je ne sais pas si le terme ``successeur logique'' a un sens dans ce contexte. Linux fonctionne très bien en tant que noyau nous n'avons pas besoin d'un autre noyau.
Mais puisque Hurd a une architecture plus puissante et plus flexible, et vu qu'il fonctionne plus ou moins, j'aimerais le voir terminer. Faire avancer la technique n'est pas aussi important que de se battre pour la liberté, mais c'est quand même une bonne chose à faire.
Le mot ``liberté'' vous tient à coeur... Récemment, nous avons eu beaucoup de discussions sur la terminologie... ``free software'' (logiciel libre) contre ``open-source software'' (logiciel dont le code source est ouvert). Pourquoi est-ce que c'est le terme ``logiciel libre'' qui correspond le mieux au travail effectué par vous et par d'autres dans la communauté ?
Eric Raymond m'a dit qu'il était choqué que je m'occupe plus de liberté que de faire avancer la technique, mais je crois que je suis en bonne compagnie. Au début des années 80, j'avais un choix à faire : soit j'utilisais des logiciels propriétaires (non libres) et acceptais un mode de vie où le partage avec d'autres personnes est appelé du ``piratage'', soit j'arrêtais l'informatique, soit... je me créais une autre possibilité. Pour avoir une autre possibilité, il nous fallait un système d'exploitation libre, un système qu'il n'était pas interdit de modifier et de partager. D'où le projet GNU. L'idée sous-jacente est que si les gens ont à leur disposition un système d'exploitation libre, ils ne penseront plus que la seule solution est d'utiliser des logiciels propriétaires.
C'est donc pour vous, une position à la fois politique et philosophique ? La Liberté au sens civique du terme ? Cela a-t-il des conséquences pour l'ensemble de la société ?
Absolument. De même qu'il existe la liberté d'expression et la liberté de se réunir, il y a la liberté de partager de l'information d'intérêt général. Ce droit devrait être inaliénable. La GPL de GNU a été conçue pour faire de ceci un droit inaliénable, pour tous ces programmes couverts par elle.
Comment voyez-vous cette liberté quand elle est confrontée au concept de propriété ? Etes-vous un philosophe ``propriétarien'', et la propriété intellectuelle est-elle pour vous semblable à la propriété physique ?
Les droits attachés à la propriété ont été inventés pour rendre possibles les interactions entre individus. Ils sont extrêmement complexes et leurs nombreux paramètres peuvent être positionnés de diverses façons. Les droits relatifs à la propriété ne forment qu'une partie de tous les systèmes que nous utilisons, et cet ensemble est complexe.
Il nous faut les juger comme tout autre détail de ces systèmes : donnent-ils de bons résultats pour ceux qui les respectent ? Je ne pense pas que le concept de propriété, ou que les détails spécifiques et complexes propres à tout système englobant des droits relatifs à la propriété, soient sacrés. Je pense qu'ici, aux États-Unis d'Amérique, les droits relatifs à la propriété des objets matériels donnent en général des résultats raisonnables...
Est-ce pour cette raison que votre approche des logiciels libres a été non-gouvernementale, c'est-à-dire une licence privée ? Pour éviter d'essayer d'avoir à déplacer des montagnes qui ne le souhaitent pas ?
De toutes façons, je pense qu'il est raisonnable que les gens puissent posséder des maisons, des voitures et des sandwiches.
Mais si un point de droit relatif à la propriété particulier engendre un mécontentement et une peur générale, alors nous devrions nous en débarrasser, ou le modifier. Beaucoup de personnes ne se rendent pas compte que les copyrights et les brevets sont considérés par le système légal des États-Unis d'Amérique comme une interférence artificielle du gouvernement envers les droits naturels du public.
Le but avoué de ces systèmes est la promotion du progrès : en d'autre termes, l'intérêt du public. On utilise le concept du ``copyright bargain'' (le copyright est une bonne affaire) pour décrire ce système : on troque certaines libertés contre la publication d'un plus grand nombre de livres. Je pense que cette idée est raisonnable dans sa globalité, mais je chéris la liberté de partager avec d'autres personnes et je ne suis pas prêt de la laisser tomber dans le seul but de voir un plus grand nombre de logiciels écrits.
Donc vous pensez que les brevets, et en particulier les brevets portant sur les logiciels, ne sont généralement pas un bien ?
Ils représentent une mauvaise affaire. Faire des brevets sur du logiciel est une très mauvaise idée, car ces brevets font obstruction au progrès plutôt que de le promouvoir. Mais je parlais des copyrights tout à l'heure...
il ne faut jamais faire l'amalgame entre les copyrights et les brevets, et en particulier il ne faut pas en parler dans la même phrase, les comparer, ou tirer des conclusions sur les uns à partir de réflexions faites sur les autres. Tout les sépare.
Mais dans la réalité, les deux n'ont ils pas créé une grande collection de droits de ``propriété intellectuelle'' de la part d'assez grosses organisations bureaucratiques ? On voit assez rarement les droits d'exploitation des brevets et des copyrights rester dans les mains de leurs découvreurs.
En faisant un immense effort d'abstraction, oui, on peut dire qu'ils donnent en grande partie des résultats similaires. Mais quand on s'interroge sur la manière de faire évoluer la situation, les détails prennent toute leur importance.
Parmi les différentes versions de la GPL, et selon vous, lesquelles furent une réussite, lesquelles furent un échec ? Qu'est-ce qui s'est le mieux passé, qu'est-ce qui s'est moins bien passé, selon vous, dans la façon dont vos licences ont été appliquées ?
Je ne sais pas que répondre, la question est si vaste qu'aucune idée ne me vient à l'esprit.
Est-ce qu'une clause ou une formulation précise a posé des problèmes et aurait besoin d'une modification importante ?
Je pense modifier les conditions de distribution des binaires sans sources, et dire qu'on a le droit de distribuer les sources sur l'Internet. À l'heure actuelle, la licence impose de les rendre disponibles via la vente par correspondance. Dans les années 80 c'était la solution la plus pratique pour la plupart, mais de nos jour c'est l'Internet qui joue ce rôle. Peut-être vais-je y ajouter quelques phrases pour clarifier la situation en ce qui concerne l'édition dynamique de liens.
Comme je vois les choses, arrêtez-moi si je me trompe, la GPL oblige à publier les modifications quand on publie des travaux dérivés, la LGPL (GPL pour les bibliothèques) a les mêmes contraintes, mais si on lie dynamiquement (ce qui s'applique aux bibliothèques), le code source faisant des appels à la bibliothèque libre n'est pas considéré comme étant un travail combiné ou dérivé ?
Je n'utiliserais pas ces mots-là pour décrire la situation, car ils manquent de précision. Mais c'est plus ou moins juste, pour la GPL et pour la LGPL, comme vous l'avez dit. La LGPL a été créée pour permettre l'édition de liens de la part de logiciels non libres, il est donc logique d'autoriser différentes façons de procéder à cette édition de liens. La GPL a été créée pour interdire l'édition de liens de la part de logiciels non libres, il est donc essentiel que cela ne dépende pas de détails tels que la méthode utilisée pour procéder à cette édition.
Donc, même si on se contente d'utiliser un programme sous GPL en ne faisant vers ce dernier qu'un lien résolu dynamiquement, on a l'obligation de publier le code source du programme ? Clarifier ce point pourrait être utile à la compréhension de la licence...
Le choix de la GPL ou de la LGPL, dans le cas d'une bibliothèque, est stratégique et important. Il est parfois préférable d'utiliser la GPL, même pour une bibliothèque, pour ne la rendre accessible qu'aux logiciels libres.
Dans quelles circonstances est-il plus sensé d'utiliser la GPL en lieu et place de la LGPL ?
Je ne crois pas que nous devions nous fixer comme but de rendre un quelconque programme aussi populaire ou utile que possible. (Un dicton anglo-saxon dit qu'il faut) ``penser globalement, agir localement''. Je pense que le but, à long terme, est de rendre l'univers des logiciels libres aussi utile que possible.
Dans le cas d'une bibliothèque B donnée, il est possible que limiter son utilisation au monde du logiciel libre (et donc d'empêcher le monde des développeurs de logiciel propriétaire d'en profiter) soit bénéfique au mouvement dans son ensemble. Si en revanche la bibliothèque B rend des services que la plupart des paquetages propriétaires rendent, il y a peu d'intérêt à en restreindre l'utilisation par le monde du libre, aussi est-il tout autant possible d'utiliser la LGPL.
En clair, il nous faudra peut-être, dans un premier temps, adapter des programmes non libres, mais le but est que le monde du libre remplisse ces besoins ?
Absolument, le but du projet GNU est de remplacer les logiciels propriétaires, pas de les améliorer.
J'ai une question du public... un de nos spectateurs voudrait savoir pourquoi il est aussi difficile d'avoir un traitement de texte vraiment libre ?
Maintenant que l'on a des systèmes GNU/Linux 100% libres sur nos machines, on ne va jamais y installer de logiciels non libres, à moins que l'installation d'un programme précis nous aide directement à faire des essais pour une solution de remplacement libre à ce programme.
Pour ce qui est des traitements de textes, nous travaillons actuellement sur une extension au programme Emacs qui permettra de faire du tel-écran, tel-écrit (WYSIWYG). Il faut que le système GNU propose un traitement de texte, mais il ne fait pas que les utilisateurs doivent choisir entre ce programme et toute la puissance d'Emacs. La seule solution vraiment acceptable est de proposer ces deux choses ensemble. Si quelqu'un veut participer à ce projet, qu'il m'envoie un courrier électronique !
Prenons un cas précis, que pensez-vous de l'annonce faite par Corel du portage de leurs produits propriétaires sur GNU/Linux ? Est-ce une bonne chose pour les relations publiques, ou est-ce que ça encourage les gens à utiliser des logiciels propriétaires de façon inutile ?
Un programme propriétaire ne pourra jamais entrer dans notre communauté. Il peut avoir des effets indirects bénéfiques pour les logiciels libres mais à la base, il est conçu pour ôter aux gens leur liberté.
Est-il possible que des entreprises comme Corel et Netscape fassent diversion et par leur programmes, distraient l'attention du public des projets de logiciels libres, tout en marginalisant ces derniers par ce processus ?
Si ces programmes sont utiles, nous nous devons d'écrire des solutions de remplacement libres. Je ne pense pas qu'une application propriétaire puisse ``convaincre'' les gens du bien fondé du monde du libre directement. Commencer à penser du bien d'une application propriétaire sous prétexte qu'il est possible qu'elle encourage l'utilisation d'un plus grand nombre de systèmes GNU/Linux est un écueil qu'il faut savoir éviter.
Peut-être devrions nous utiliser ces occasions pour prendre note des logiciels libres dont la communauté a besoin ?
Il est important de ne pas se fixer sur le système d'exploitation et de ne pas savoir ce que l'on veut faire avec les logiciels. Si l'on veut faire quelque chose avec un logiciel, nous ne devrions avoir de cesse qu'un logiciel libre remplisse ce besoin.
Il nous fallait d'abord un système d'exploitation libre, car on ne peut rien faire sans système d'exploitation. Maintenant qu'on dispose d'un système d'exploitation libre, il nous faut aspirer à rendre le logiciel libre capable d'autres tâches.
À propos des logiciels libres, des logiciels propriétaires, des problèmes de licences,...
Pousser l'utilisation d'un système d'exploitation libre par l'utilisation d'autres programmes, non libres, est un point de vue limité. Si certaines personnes utilisent GNU/Linux parce qu'un programme Corel fonctionne dessus, je ne leur dirai pas ``Allez vous-en'', mais je ne dirai pas non plus que le programme propriétaire de Corel est une bonne chose...
Il y a eu beaucoup de discussions, récemment, au sujet de l'affaire avec Qt et KDE... Je voulais vous demander de nous parler un peu de toute cette affaire.
...sous le seul prétexte qu'il a poussé quelqu'un à utiliser GNU/Linux.
Qt est une bibliothèque qui est techniquement utile, mais qui n'est pas du logiciel libre. Comme tous les autres programmes non libres du marché, elle n'a rien à faire dans la communauté des logiciels libres. KDE est un programme libre qui a été développé de telle sorte qu'il ne fonctionne qu'avec Qt.
Le résultat est paradoxal : bien que KDE soit un logiciel libre, il est inutilisable sur un système d'exploitation libre, car il n'existe aucun moyen de le faire fonctionner sur un système d'exploitation libre.
Pour faire tourner KDE, on a besoin de Qt, ce qui signifie que le système d'exploitation n'est plus entièrement libre. Les développeurs de KDE ont pensé qu'ils finiraient le travail ``plus rapidement'' s'ils utilisaient Qt – mais tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est quelque chose d'inutile. C'est comme dire ``on peut construire cette portion de voie ferrée plus vite si on ne la...
Bon, certains de nos auditeurs méconnaissent les problèmes de licence posés par Qt... Je ne souhaite pas m'étendre plus avant sur le sujet, mais pourriez-vous nous dire ce qui dans la licence de Qt interdit à cette bibliothèque d'être libre  ?
...relie pas aux autres portions''. C'est peut-être vrai, mais sans connexion, le train ne pourra pas rouler.
Il faudrait que je relise la licence de Qt, cela fait quelques mois que je l'ai lue, je ne me rappelle plus les raisons.
Prenons le temps de la réflexion...
Je crois que c'était soit parce qu'elle est limitée à une distribution non commerciale, soit parce qu'il est interdit de distribuer des versions modifiées, ou peut-être même les deux.
Quelle que soit la restriction, le résultat n'est pas libre je ne me rappelle simplement plus les restrictions présentes dans la licence de Qt.
Au passage, la licence de Qt autorise à des programmes sous GPL de faire de l'édition de liens avec Qt. Malheureusement, si vous le faites, vous enfreignez la GPL. Si les auteurs d'un programme couvert par la GPL veulent autoriser l'édition de liens avec Qt, il le peuvent.
Ainsi, indépendamment de tous les défauts que vous trouvez à Qt, on ne peut tout bonnement pas la connecter à la GPL.
Il est clair que les auteurs de KDE, par exemple, voulaient le permettre. D'ailleurs, c'est permis pour KDE. Mais si vous vouliez relier Emacs à Qt, il vous faudrait demander la permission de la FSF, et je peux vous dire que la réponse serait négative. Nous avons placé Emacs sous GPL pour d'empêcher qu'on l'utilise avec des logiciels non libres, Les versions étendues d'Emacs doivent être des logiciels libres.
Puisque nous en sommes à parler des nouvelles licences, que pensez-vous de ce que se passe avec Netscape... la MPL (licence publique de Mozilla) <-- NAT Mozilla PL, une NPL assouplie. explorer www.mozilla.org --> et la NPL (licence publique de Netscape) sont-elles vraiment des licences pour ``logiciels libres'' ? Sont-ce de bonnes choses ?
La NPL est une licence pour logiciels libres, mais elle a deux défauts.
Le premier est qu'elle ressemble à du ``copyleft'' (le copyright selon GNU) mais dans la pratique ce copyleft est si simple à contourner que tout se passe comme s'il n'y était pas.
Le deuxième est que la NPL et la GPL sont incompatibles il est impossible de lier du code couvert par la NPL et du code couvert par la GPL sans violer l'une ou l'autre de ces deux licences.
La raison pour laquelle le copyleft de la NPL est faible est le fait
qu'elle permet l'édition de liens avec des fichiers d'objets
propriétaires. Donc, si l'entreprise ``Goinfres et Salauds'' souhaite
ajouter des extensions propriétaires, il leur suffit d'inclure toutes
leurs modifications dans des sous-routines, de placer ces
sous-routines dans des fichiers .o tenus à l'écart, et
d'ajouter les appels à ces sous-routines dans les fichiers de Netscape
qui existent déjà. Il leur faudra
ensuite diffuser ces appels comme du logiciel libre, mais sans le code
des fonctions appelées, cela présente un intérêt assez faible.
Quid de la MPL ? Est-ce une bonne chose d'avoir une licence avec une clause qui inclut des licences pour des brevets ?
Ce que je viens de dire s'applique aussi bien à la MPL qu'à la NPL. Les différences sont assez minces. La clause de brevet dans la MPL semble être une bonne idée, pour le domaine qu'elle couvre. Peut-être que j'en tirerai quelques choses pour la version 3 de GPL.
J'ai une question d'un spectateur... du nouveau pour les utilisateurs de MacOS qui écrivent du code sous GPL ?
Il n'y a plus maintenant de boycott d'Apple. Mais MacOS est un système propriétaire. Si vous écrivez des programmes pour MacOS (ou n'importe quel OS propriétaire) c'est une bonne chose de faire du logiciel libre, et d'utiliser la GPL. Mais vous ne pouvez pas avoir de liberté en utilisant un système d'exploitation propriétaire. Si vous voulez être libre, vous devez passer sur un système libre. GNU/Linux ou... BSD.
Pensez-vous que le mouvement des logiciels libres ressemble à celui des droits civiques aux États-Unis d'Amérique ? Est-il important pour de la même manière ?
La ségrégation fut infligée de manière horrible à des millions d'Américains. Je ne peux pas dire autant de mal que cela des logiciels propriétaires. Mais ce combat pourrait ressembler à la guerre contre la drogue : une crainte infligée à tous, les prisons pleines, tout cela pour avoir partagé avec ses voisins plutôt qu'avoir courbé l'échine devant les Propriétaires. J'espère que tel ne sera pas le cas. Mais la Guerre du Partage vient d'être déclarée au Congrès.
Comment cela ?
Jetez un coup d'oeil à la Communauté de Doylestown, et appelez quelqu'un du Comité de la Chambre de Commerce lundi. Il nous reste peu de temps pour adoucir la loi.
On m'a posé une question sur le ``Digital Millenium Copyright Act'' (Loi sur le copyright numérique du millénaire)... c'est en rapport ?
C'est le nom que le Sénat (des États-Unis d'Amérique) a donné à sa version de cette loi. Elle a déjà passé le Sénat.
Quel est l'apport le plus dangereux de cette loi ?
Elle permet aux propriétaires d'écrire leur propre loi sur le copyright. Toute restriction qu'ils peuvent implanter avec du chiffrement ou des mots de passe a force de loi, en ce sens qu'il est illégal de la contourner. Et les produits permettant de la contourner sont également interdits. Il est assez difficile d'imaginer ce qui pourrait arriver à terme,
On dirait que cela pousse le concept du copyright bien plus loin que l'utilité publique... ?
car même les débogueurs pourraient être illégaux. Les législateurs daignent à peine commenter les problèmes liés au copyright désormais.
Je suis allé avec un groupe plaider auprès de Barney Frank contre les nouvelles peines contenues dans cette loi. (Une autre loi, Boucher-Campbell, ne prévoit pas de peines). Il a dit qu'il était déterminé à avoir de nouvelles peines, parce que
``L'industrie logicielle est inquiète, l'industrie cinématographique est inquiète, l'industrie musicale est inquiète...''J'ai demandé
``Mais est-ce dans l'intérêt du public ?''Et il a répondu
``Pourquoi parlez-vous de l'intérêt public ? Ces personnes créatives n'ont pas à sacrifier leurs droits sur l'autel de l'intérêt du public !''Il s'appelle Barney Frank, il est démocrate, il vient du Massachusetts. Vous remarquerez qu'il a parlé de Gates et d'Eisner comme de personnes créatives (il pensait sans doute à des artistes ou à des musiciens)...
Il me semble que les gens créatifs sont déjà, de toutes façons, bâillonnés... J'avais toujours pensé que la première personne qui devait tirer profit d'une propriété intellectuelle était censée être son créateur,...
...et il a foulé au pied l'idée du copyright selon la Constitution (qui prévoit qu'il doit profiter au public) pour la tourner sens dessus dessous.
mais on dirait que les personnes qui finissent par posséder les droits sur la plupart de ces travaux (dans le cas des copyrights, bien après la mort de l'artiste) sont des corps bureaucratiques.
Certains intérêts liés au copyright aiment répandre l'idée que le but des copyrights est le bénéfice de leurs détenteurs. Mais c'est tout le contraire. Selon la Constitution des États-Unis d'Amérique, le but est de promouvoir le progrès. Du point de vue du public, le bénéfice que tire le possesseur du copyright est le prix qui doit être payé pour le gain en progrès.
Pour atteindre ce but, ne faut-il pas inciter les gens ? Le plus déterminant progrès interviendrait après que le détenteur du copyright perde le contrôle de sa création ?
Exactement. Le copyright était supposé promouvoir le progrès en incitant les créateurs. Pour le public, cette incitation est le prix à payer. À l'époque de l'imprimerie, le prix consistait simplement en de l'argent. Et je pense que le progrès qui en résultait valait la peine qu'on payât ce prix. Mais maintenant, le prix, c'est notre liberté. De plus, le mouvement du logiciel libre a prouvé qu'une incitation vénale n'est pas ``nécessaire'' lorsqu'il s'agit de réaliser des logiciels de bonne qualité.
À un moment, n'avez-vous pas rédigé une fiction sur...
Les privatiseurs du logiciel répètent à qui veut l'entendre que si on ne leur donne pas le pouvoir sur nous,...
...ce qui pourrait survenir lorsque les lois sur les copyrights nous échapperont ? Est-ce toujours disponible sur le réseau ?
...nous n'aurons pas de logiciels à utiliser. Ils veulent que nous pensions que l'on ne peut pas se passer d'eux et que l'on doit donc leur donner tout le pouvoir qu'ils réclament.
Mais nous n'avons pas besoin d'eux. Quand ils disent : ``Laissez tomber votre liberté, sans quoi notre entreprise n'écrira plus de logiciels pour vous'', ma réponse est : ``On s'en fiche''. L'histoire se trouve sur : le droit de lire
Merci beaucoup, Richard Stallman.
Il faut que je file attraper un train pour aller à une fête. Je ne travaille pas TOUT le temps !
Nous prions ceux qui ont soumis des questions que nous n'avons pas eu le temps de traiter de bien vouloir nous excuser, et nous remercions tous les participants !
J'ai reçu énormément de messages vous remerciant pour le travail que vous faites, je pense qu'il est plus simple de vous les faire suivre tels quels :) zut, j'en ai raté un :) merci à tous... je rends le canal aux griffes du public.