"Les produits de source libre sont de bonnes reproductions, mais de piètres innovateurs"

Jim Allchin de Microsoft a parfaitement illustré cette affirmation en disant que les projets de source libre étaient excellents lorsqu'il s'agissait de suivre le mouvement, ce qui sous-entend que les utilisateurs ont besoin de produits commerciaux réellement innovants. C'est une conclusion bien compréhensible, pour peu que l'on considère la grande attention portée par les media à Linux est ses nouvelles interfaces proches de MS-Windows, et le rapide développement de fonctionnalités (propres à d'autres systèmes d'exploitation) qui lui manquaient jusqu'ici.

Ce que l'on ne doit pas oublier pour autant, c'est que la plupart des Unix ont été développés en source libre, bien avant que le terme soit inventé, et qu'Unix a servi de modèle a bien des systèmes d'exploitation, y compris MS-Windows. N'oublions pas non plus BSD (Berkeley Standard Distribution), avec son révolutionnaire modèle de programmation basée sur les sockets. MS-Windows utilise aujourd'hui des sockets sans l'ombre d'une reconnaissance envers ses racines de source libre. Pratiquement toutes les innovations relatives à l'Internet, qu'il s'agisse de protocoles ou d'implementations, ont lieu d'une façon ouverte et consensuelle. Les normes de l'Internet ne sont généralement jamais issues d'organismes de normalisation, mais de RFCs (Requests for Comments), un mécanisme très informel de recherche de feedback sur l'utilisation de nouvelles technologies. C'est pratiquement identique à la méthodologie de source libre. Des services Internet standard, tels que la gestion des noms de domaine et le transport de courrier, sont issus de produits source libre qui accroissent sans cesse la puissance de l'Internet. Les plus connus sont bind (Berkeley Internet Name Daemon) et sendmail. Le premier serveur Web (httpd de NCSA) était une source libre. Les bibliothèques partagées d'Unix ont clairement inspiré les DLLs (bibliothèques de liens dynamiques) de MS-Windows. Aussi le monde "des sources fermées" n'a pas le monopole de l'innovation.

Il est certainement vrai que Linux n'a fait jusqu'à présent que suivre le mouvement, dans le but d'assurer sa conformité et son interopérabilité, mais maintenant que les produits de source libre ont acquis un tel niveau de maturité, l'innovation commence à voire le jour dans des domaines inattendus. Le projet Java-Apache en est un exemple typique. Beaucoup de bonnes idées peuvent y être trouvées, y compris le révolutionnaire MailServlet, qui en fait permet à un serveur Web d'être également un serveur de courrier. L'idée est si radicale que Sun a décliné l'offre qui lui était faite d'intégrer la norme servlet au paquetage officiel javax.servlet. Les partisans de cette idée, cependant, continuent son développement, en dépit du fait qu'elle ne fera pas partie du paquetage officiel servlet. Un exemple de code sur le site Web de Java-Apache montre à quel point il est trivial (c'est du moins ce qui est dit) de construire un gestionnaire de lidies (mailing list) lorsque le MailServlet est installé.

Le projet GGI (General Graphics Interface) est également innovateur, et donnera à Linux une capacité multi-utilisateurs sur du matériel de type PC, via EvStack et KGI. Cela est différent de l'ancien modèle basé sur des terminaux en mode caractère des mini-ordinateurs. Il permettra à des utilisateurs multiples (disposant chacun d'un moniteur graphique, d'un clavier et d'une souris) de travailler sur la même machine, une fonctionnalité dénommée multihead. La mise en pratique de ce concept sera une première pour l'industrie. Il est vrai que les terminaux Tektronix des vieux mini-ordinateurs ont fourni une fonctionnalité similaire, mais sur du matériel très spécialisé. Des PC classiques suffisent à GGI.

Quoi qu'il en soit, innover ne signifie pas simplement inventer de nouvelles choses. Cela inclut la reprise de ce qui existait précédemment, tout en bâtissant par dessus. De ce point de vue, l'utilisation par le bureau de Gnome de CORBA pour coordonner les objets du bureau est certainement innovatrice.

Ainsi bien qu'on puisse comprendre des motifs de Jim Allchin dans sa tentative de vous rebuter, la stagnation ne va certainement pas de paire avec l'adoption de produits de source libre. De nombreuses excellentes idées ne cessent de voir le jour, et leurs utilisateurs n'ont pas à bourse délier pour les utiliser.

Références :

Discours de Jim Allchin sur les produits de source libre

Le projet Java-Apache

La page Web de James (le serveur de courrier Java-Apache)

Le projet GGI

La page d'accueil de Gnome

ORBit, un ORB CORBA libre sous GPL faisant partie de Gnome