Un mode transactionnel qui n'est pas fiable

Vous devez avoir déjà entendu cet argument : Si Linux est libre, comment qui que se soit peut-il en vivre ? Ce concept n'a pas de sens économique. En fait, ce concept de logiciel gratuit et libre repose sur une manière d'être déliquescente. Il ne peut pas être soutenu parce qu'il n'existe pas d'incitation économique susceptible de maintenir son élan.

Bien, observez juste qui tient ce discours. Il est probable que si Linux et les applications libres qui l'accompagnent sont largement adoptés, cela pourrait porter un coup dur au marché de logiciel tel que nous le connaissons, et beaucoup de développeurs pourraient perdre de l'argent voire même fermer boutique. C'est un mauvais mode transactionnel pour eux, peut-être, mais la baisse des prix qu'il engendre vous est très favorable. Ne confondez pas vos intérêts avec ceux intérêts des producteurs de logiciels.

Cependant, cette baisse des prix pourrait signifier que les ordinateurs et plus largement l'informatique deviendraient alors bien plus accessibles. Le marché pourrait s'élargir, et ainsi compenser les marges réduites par des volumes plus importants et le monde de l'informatique pourrait réellement continuer à s'épanouir après une brève période d'adaptation.

La meilleure attitude à adopter face à cela est de ne pas tourner le dos à cette opportunité. En tant qu'utilisateur, vous ne percevez pas Linux comme un moyen de gagner de l'argent. Vous le percevez comme un moyen possible d'économiser de l'argent, service qu'il vous rendra assurément. Si des développeurs en sont victimes à court terme, c'est peut-être que leur marché doit s'adapter.

Linux est le joyau dans la couronne de la mouvance des sources libres, un raz de marée qui est sur le point de submerger les chateaux de sable des systèmes propriétaires. Et comme tous les raz de marée, il est à peine perceptible lorsqu'il est toujours en pleine mer. Ce à quoi nous assistons maintenant n'est rien moins qu'un ajustement structurel de l'industrie de l'informatique. Les développeurs les plus expérimentés sentent déjà cette pression, et les sociétés jusqu'alors inconnues comme Red Hat (distributeur), VA Linux Systems (autrefois VA research), Penguin Computing (vendeur de matériel), LinuxCare (assistance) vont extrêmement bien. Beaucoup de compagnies ont également choisi de fournir une assistance pour les logiciels libres. Certaines d'entre elles emploient même les auteurs des logiciels. Ainsi l'argument suivant lequel Linux nuira aux affaires en général est erroné. Linux est comparable à l'avion qui au début du 20ème siècle qui a mis des compagnies de chemin de fer américaines en faillite et a créé un nouveau paysage industriel apportant beaucoup plus d'opportunités. Les complaintes que vous entendez sont peut-être les mêmes que celles qui étaient émises par les compagnies de chemin de fer qui ne s'étaient pas adaptées à une ère nouvelle.

En outre, les concepteurs de logiciels sont déjà aux prises avec un mode concurrentiel non viable, comme le souligne un récent article intitulé "Comment Microsoft a gagné". Les concepteurs de logiciels indépendants doivent suivre les produits MS-Windows de Microsoft, parce que c'est la plateforme de bureau la plus répandue, mais ils sont confrontés à la concurrence des propres produits de Microsoft. Microsoft intègre souvent ses produit pour bénéficier d'un avantage concurrentiel, et de l'impression que ses applications sont les mieux intégrées à MS-Windows. Cette sensation pourrait bien être justifiée. Les réalisateurs de logiciels se basent sur les API Win32 publiées (interfaces de programmation d'applications) pour réaliser leurs produits destinés à MS-Windows. Mais il est connu qu'il existe beaucoup d' API non documentées qui permettent une utilisation de MS-Windows plus efficace. Les programmeurs de Microsoft sont suspectés d'employer ces API pour bénéficier d'un avantage décisif sur d'autre logiciels externes. C'est un sujet brûlant dans le procès antitrust aujourd'hui en cours.

En tant qu'utilisateur, une telle considération peut ne pas vous concerner directement pour peu que vous trouviez les produits que vous attendez chez Microsoft, mais à long terme, cette position monopolistique risque fort de tirer la qualité des produits vers le bas, et les prix vers le haut.

Pour les concepteurs de logiciels, Linux, loin d'être un mode concurrentiel non viable, leur offre une seconde chance en fournissant une stricte égalité, à la différence de MS-Windows. Par exemple, Corel Computer (maintenant Rebel.com) fait son retour avec WordPerfect sur Linux. Linux n'est donc pas anti-affaires. Tout au plus anti-monopole.

Références :

L'importance de Linux le transcende

SCO grasping at Linux straw

CEO de SCO sur Linux

La distribution Red Hat

VA Linux Systems

Penguin Computing

La page d'accueil de SUSE

La page d'accueil de Linuxcare

Network Associates propose un service d'assistance et une version commerciale de PGP

Cygnus propose un assistance et des développements pour les utilitaires GNU

Sendmail Inc., société d'Eric Allman fournit une assistance pour son programme libre Sendmail

Scriptics Corp., société de John Ousterhout fournit une assistance pour son langage de script libre Tcl/Tk

Penguin64

Comment Microsoft a gagné

Le procès anti-trust révèle l'usage commerciale des API non documentées

L'analyse du Dr. Dobb sur la part non documentée de MS-Windows

Corel porte WordPerfect sous Linux