Pénurie d'applications

Personne ne choisit les systèmes d'exploitation pour leur intérêt intrinsèque. Ce sont les applications qu'ils permettent d'utiliser qui retiennent l'intérêt, et pendant un certain temps, les critiques dirigées contre Linux demandaient de façon justifiée "où sont les applications ?"

Pour essayer de répondre à cela, nous devons appréhender deux environnements distincts, le côté serveur et le côté client.

Le coté serveur

La pénurie des applications était réelle l'année dernière. L'illustration qui en est la plus éclatante de l'histoire de Linux était l'absence totale de bases de données solides. Les seules bases de données disponibles se limitaient aux logiciels libres comme MySQL et PostgreSQL. (Ceux-ci ont leurs avantages, naturellement. Le système de gestion de bases de données mySQL est un des plus petit et des plus rapide de sa catégorie, mais manque de fonctionnalités comme les transactions avec repositionnement, qui sont essentielles sauf pour les applications les plus simples. PostgreSQL est un système de gestion de bases de données relationnel orienté objet (ORDBMS) dont la conception était à la base du produit commercial Illustra ORDBMS, qui fut par la suite incorporé à Informix. Il permet la transmission de tables, le stockage de programmes logiques dans des champs de base de données et est, de façon générale, une bonne base de données multimédia. Cependant, il n'est pas aussi performant ni aussi largement éprouvé que les bases de données commerciales telles qu'Oracle, Sybase, Informix ou DB2).

Mais à la fin de l'année dernière, tous les concepteurs de bases de données ont pris part au mouvement Linux. En juillet 1999, on s'attend à ce que les principales bases de données, à l'exception attendue de Microsoft SQLServer, soient disponibles sur Linux, avec des options d'assistance et de maintenance variées.

Après les constructeurs de bases de données, un par un, les grands constructeurs de matériel (Sun, HP, SGI, IBM, Compaq/Digital et Dell) ont fait part de leur intention de vendre des ordinateurs pré-installés avec Linux. Le mouvement n'a fait que s'amplifier depuis.

Les applications Internet et Web n'ont jamais été un problème pour Linux. Sendmail, un programme libre de transport de courrier dont on estime qu'il manipule 70% à 80% du courrier électronique mondial, fonctionne sur Linux. Linux dispose également du serveur Web libre Apache, qui selon une étude de Netcraft, détient 56% du marché des serveurs Web Internet, contre 23% à Microsoft IIS (Internet Information Serveur), et seulement 7% pour Netscape's Enterprise Server. Le cache proxy Squid est très répandu avec Internet ISPs. Java est disponible pour Linux, bien qu'étant toujours en version 1.1.7. Le portage de Java 2 a été achevé et est en phase de test de compatibilité. Lutris Technologies a fait don de son application Enhydra Java Application Serveur comme Open Source (Source libre).

Du côté de serveur, il y a très peu d'applications qui ne sont pas disponibles sous Linux. Un outsider était jusqu'alors ERP, prétextant que Linux n'était pas encore prêt pour l'Entreprise. Cependant, SAP a rapidement annoncé un portage sous Linux, ce qui fit tomber ce dernier bastion. Sur le front du "middleware", BEA projette un portage de son client Tuxedo TP monitor, ainsi que de sa partie serveur. Computer Associates porteront leur système de gestion d'environnement Unicenter TNG sous Linux.

Pour en avoir l'expérience, les constructeurs de bases de données indiquent qu'il est assez simple de porter une version Unix d'une application complexe sous Linux. Linux n'est après tout qu'une variante d'Unix. Par conséquent, au fur et à mesure que le marché de Linux croît, il n'existe aucune raison pour que des produits disponibles sous d'autres plateformes Unix ne soient pas également disponibles sous Linux. Du point de vue des applications disponibles, les serveurs Linux sont en bonne place.

Références :

Site Web de mySQL

Site Web de PostgreSQL

Les constructeurs de bases de données Oracle, Sybase, Informix, et IBM cautionnent Linux

Les constructeurs de matériel HP, SGI, Compaq, Dell et IBM cautionnent Linux

Linux sur des serveurs IBM RS/6000 et Netfinity

Linux sur les serveurs UltraSparc 64 bits de Sun

Les grosses pointures cautionnent Linux

Compaq s'attend à ce que Linux popularise les processeurs Alpha 64 bits

La page d'accueil de Sendmail

La page d'accueil d'Apache

Enquête de marketing sur les serveurs Netcraft

Page d'accueil de Squid

Page d'accueil du projet Java-Linux

Page d'accueil du serveur d'application Enhydra

SAP suit le mouvement Linux

Tuxedo sur Linux

Computer Associates' Unicenter TNG pour Linux

Le coté client

Le bureau est une approche très différente, pour une raison que nous évoquerons bientôt. Les applications de bureau productives telles que les suites Office se nomment ici, bien sûr, WordPerfect, Applixware et Staroffice. Les bureaux Gnome et KDE avec leurs applications libres intégrées rendront probablement Linux très populaire sur un marché ou le prix est important.

La suite gratuite KOffice vise à remplacer l'Office de Microsoft et est fournie conjointement à l'environnement de bureau 'K'. L'image ci-dessus montre le tableur "KSpread", un maillon de la suite.

Le meilleur exemple d'une application de bureau pour Linux d'une qualité équivalente à un produit commercial est GIMP (programme de manipulation d'image GNU), un digne concurrent de Photoshop d'Adobe. GIMP intègre 80% des fonctionnalités de Photoshop dans 0% du prix, et possède même une interface scriptable, ce qui fait défaut à Photoshop. Un livre récemment édité, "The Artists' Guide to the GIMP" est un guide best-seller. Les sociétés réalisant des graphiques pour des pages Web peuvent trouver dans GIMP et ce livre une alternative à Photoshop bien meilleur marché.

GIMP s'est avéré être un logiciel si apprécié sous Linux qu'il est maintenant porté sous MS-Windows (ci-dessus). L'outil de scripte Script-Fu apparaît également dans la copie d'écran ci-dessus.

A l'heure actuelle, un constructeur ne possédant pas Linux à son catalogue s'éloigne inéluctablement du marché. Deux progiciels de reconnaissance vocale ont été annoncés très récemment pour Linux : IBM's ViaVoice et SpeechObjects de Nuance Communications' Foundation. Cependant, une application dont tout le monde considère qu'elle devrait être portée sur Linux est Microsoft Office. Plus que MS-Windows, c'est l'"appli mortelle" qui donne à Microsoft son monopole sur le marché du bureau. Si le passage sous Linux implique la perte de compatibilité avec MS-Office, la plupart des entreprises choisiront de rester sous MS-Windows. Cette compatibilité revêt deux aspects. La majorité des utilisateurs ont été formés à l'interface et aux fonctionnalités des produits Microsoft et auraient donc une certaine réticence bien compréhensible vis à vis de nouveaux outils, et d'un nouvel apprentissage de leur utilisation. Le second aspect lié à la compatibilité est le format des fichiers. Les formats de documents sont peut-être le dernier bastion de la technologie propriétaire. Tout autre caractéristique a un équivalent sous forme de norme standard. Mais le standard XML est relativement nouveau et n'est pas encore en position de détrôner les formats des fichiers de Microsoft Word et Excel. Et en effet, c'est un sérieux obstacle. Microsoft est réputé pour ses changements de formats qui accompagnent chaque nouvelle version, à la fois pour fournir de nouvelles fonctionnalités mais également pour distancer ses concurrents.

Les Wordperfect Office Suite et StarOffice possèdent des interfaces très semblables à celles de Microsoft, réduisant l'effort d'adaptation qu'implique leur adoption. Elles se réclame également d'une compatibilité totale avec les fichiers MS-Office. Même si cela est vrai, on doit garder à l'esprit que la prochaine version de MS-Office changera encore cette donne.

Microsoft Outlook et Exchange Server de Microsoft sont également des produits intégrés et très répandus de courrier électronique qui améliorent spéctaculairement la productivité. Ils sont d'excellents exemples de la valeur ajoutée d'extensions propriétaires aux protocoles standards, mais dans le même temps ils vous lient à un fournisseur. Il n'existe plus alors de moyen indolore de l'abandonner.

Plus largement, la dépendance vis à vis de Microsoft Office et de ses pénibles mises à jour, qui sont quasi-obligatoires, est en partie due à la passivité de la communauté des utilisateurs, qui n'a pas su exiger de compatibilité avec des standards courants. En effet, il n'existait aucun standard fort jusque récemment. Cependant, vu le panel de fonctionnalités de la suite Office requises pour une entreprise, il est actuellement possible, plus que jamais, de geler ces fonctionnalités. De combien de sons de cloches et de sifflements supplémentaires souhaitez-vous encore disposer ?

Une standardisation basée sur un format de fichier d'une version particulière de MS-Office pourrait tout à fait être mis en place au sein d'une entreprise, mais s'accompagne du risque de ne plus pouvoir exploiter les documents produits par d'autres entreprises, utilisant des versions plus récentes. C'est une constatation intéressante qui reflète peut-être plus l'absence d'un entendement collectif de la communauté des utilisateurs que n'importe quel inconvénient de Linux. Quelques entreprises tentent d'utiliser le HTML, RTF (Rich Text Format) et PDF (PostScript Distribution Format) pour acquérir une certaine indépendance, mais les produits Office restent incontournables.

L'un des objectifs premiers du projet WINE (émulation de MS-Windows) est de tenter de résoudre le problème en permettant l'exécution des applications Win32 comme MS-Office sans "portage". Néanmoins, WINE n'a pas encore atteint un niveau de fiabilité suffisant au moment de l'écriture de ce document pour être recommandé en tant que solution.

Donc, du point de vue du bureau, Linux a un long chemin à parcourir. Des applications existent, mais ce ne sont pas les plus importantes. Et il sera difficile de passer outre. Les utilisateurs ont besoin d'un format de document standard et compatible, permettant d'être exploité de façon transparente par n'importe quel logiciel, en toute indépendance. XML est la menace la plus tangible des formats propriétaires de Microsoft, Linux en étant un bon véhicule. En tant qu'utilisateur en entreprise, vous devriez dépister des opportunités en ce sens, même au prix d'efforts de standardisation importants, qui sont le tribu à payer pour réactiver une concurrence réelle qui restaurera les lois du marché et vous libérera des mises à jour obligatoires.

Références :

Le site de KOffice

Wordperfect de Corel pour Linux

La page d'accueil d'Applixware

La version personnelle de StarOffice

La page d'accueil de GIMP

Etude de GIMP

Le livre ``The Artists' guide to the GIMP''

Le logiciel de reconnaissance vocale ViaVoice d'IBM pour Linux

Nuance Communications donne son logiciel de reconnaissance vocale FoundationSpeechObjects sous forme de sources libres

Des informations sur XML

La page d'accueil de WINE