Chapter 1. Rappels

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Qu'est-ce qu'un logiciel libre ?
À l'abordage !!!

Devant les inexactitudes constatées lors de la lecture d'articles consacrés aux logiciels libres dans la PIF [1] il est bon de faire ici quelques petits rappels historiques et sémantiques.

Qu'est-ce qu'un logiciel libre ?

Définition

Un logiciel libre est un logiciel dont le code source est distribué librement et dans son intégralité. Il s'oppose au logiciel propriétaire dont le code source n'est pas diffusé, ou n'est diffusé qu'en partie. Les licences des logiciels libres visent à donner des droits à leurs utilisateurs, par opposition aux logiciels propriétaires dont les licences ne visent qu'à les restreindre.

Les différents droits, accordés de manière illimitée dans le cas d'un logiciel libre, et restreints ou absents dans le cas d'un logiciel propriétaire sont:

  • Droit d'utilisation

  • Droit de modification

  • Droit de reproduction

  • Droit de distribution

Important

Il ne faut pas confondre les logiciels libres avec les logiciels du domaine public car ces derniers ne sont soumis à aucune licence. Tout le monde peut donc en faire tout et n'importe quoi, et l'auteur original perd tous ses droits sur son logiciel s'il décide de le placer dans le domaine public.

Il ne faut pas confondre les logiciels libres “Free Software” avec les graticiels “Freeware”. Ces derniers sont en effet distribués librement mais sans leur code source.

Il ne faut pas confondre les logiciels libres avec les partagiciels “Shareware”. Ces derniers sont en effet distribués sous certaines conditions et leur licence d'utilisation est restrictive.

Il est généralement considéré par tous que l'inventeur du concept des logiciels libres, ou tout au moins celui qui l'a popularisé, est Richard M. Stallman (souvent abrégé en RMS), qui au début des années 80 a fondé la Free Software Foundation dans le but de créer un système d'exploitation complet de type Unix, accompagné de tous ses utilitaires (éditeurs, compilateurs, etc...), et distribuable librement. Ce système d'exploitation est le système GNU, acronyme récursif (auto-référent) de GNU is Not Unix. Lors de son passage en France au début novembre 1998, RMS a tout simplement défini les logiciels libres de la manière suivante : [Liberté, Egalité, Fraternité].

Coût des logiciels libres

Pour beaucoup un logiciel libre est un logiciel gratuit. Ce n'est absolument pas une obligation et l'on peut trouver des logiciels libres payants. La confusion vient du mot anglais “Free” qui signifie à la fois “libre” et “gratuit”. La langue française n'a cependant pas ce problème. RMS, à maintes reprises, à d'ailleurs bien signalé que ce qui lui importait avant tout était la liberté, et pas la gratuité. Il est d'ailleurs prêt à renoncer à l'informatique si la notion de liberté n'est pas présente dans les logiciels qu'il utilise. Il a souvent rappelé l'expression suivante ['Free speech', not 'free beer'].

Pour remédier à cette confusion, certains individus et certaines sociétés ont décidé au début 1998 de créer l'appellation “Open Source Software” afin de remplacer l'appellation “Free Software”. Ceci a surtout été fait pour rassurer les sociétés réticentes au “Free Software”. Une lecture même distraite du terme “Open Source Software” révèle tout simplement la disparition du terme évoquant la liberté, et par la même occasion toute implication quant au prix. On est en droit de se demander à qui profite ce crime.

Parmi tous les droits que vous accordent les licences des logiciels libres, vous avez, aussi étonnant que cela puisse être, celui de les revendre à votre seul profit. Ceci explique que vous pouvez trouver des collections de logiciels libres sur CDROM. Les tarifs sont néanmoins généralement faibles et l'éthique du monde du logiciel libre veut que vous redistribuiez une partie de vos gains, en espèces ou en nature (ordinateurs, périphériques, hébergement de sites, etc...), afin de faire progresser le mouvement. Cela n'est cependant nullement une obligation.

Dans la réalité, la plupart des logiciels libres sont gratuits, car leur mode de développement très particulier et très décentralisé rend difficile la rémunération juste de chaque auteur en fonction de ce qu'il à écrit réèllement. On pourrait se demander s'il ne serait pas intéressant pour un état comme la France, par exemple, de créer une structure de type SACEM afin de rémunérer les auteurs de logiciels libres selon le nombre de sites utilisateurs de leurs logiciels. En fait les auteurs de logiciels libres se passent fort bien de toute organisation forcée. Ce mouvement est basé sur le Chaos et son auto-organisation et toute contrainte externe de ce type, même rémunératrice, ne ferait que le dénaturer.

De plus, la plupart des auteurs de logiciels libres sont hostiles à toute forme d'administration venant s'intercaler entre eux et leur logiciel ; par exemple, un ensemble d'utilitaires pour la gestion des lecteurs de disquettes sous Linux contient des commentaires déclarant en toute simplicité que «les brevets logiciels sont illégaux sur tout le globe» (software patents declared unconstitutional, worldwide), tout simplement parce que ces logiciels utilisent des informations obtenues en violant un brevet.

Licences

Nous allons décrire ici en quelques lignes les deux principales licences utilisées dans le monde des logiciels libres. Il est intéressant de remarquer que la première provient de la côte est des Etats-Unis d'Amérique, alors que la deuxième provient de la côte ouest. J'aimerais qu'un sociologue m'explique si cela influa sur leurs contenus.

Tous les logiciels libres sont sous l'une ou l'autre de ces deux licences, ou sous des dérivés plus ou moins élaborés.

GNU General Public Licence (GPL)

Cette licence mise au point par RMS et les juristes de la Free Software Foundation dans le Massachussetts (RMS est issu du MIT), vous accorde tous les droits sur un logiciel à deux conditions. La première est que vous n'avez pas le droit de restreindre ces droits lorsque vous redistribuez le logiciel en question. La deuxième est que toute modification que vous apportez à un logiciel soumis à la GPL est elle même soumise à cette licence, et doit donc rester librement redistribuable selon les mêmes termes. Vous n'avez donc pas la possibilité d'intégrer du code sous GPL à un logiciel propriétaire, car ceci est considéré comme une modification, et votre application devrait alors être elle aussi soumise à la GPL.

La GNU Library General Public License (LGPL) est la GPL modifiée afin de vous autoriser à lier (« linker ») vos applications propriétaires avec des bibliothèques sous LGPL. Vous pouvez alors distribuer votre application sans en proposer les sources. Les développeurs d'une bibliothèque libre la placent sous LGPL ou GPL selon qu'ils veuillent ou non autoriser des auteurs de logiciels propriétaires à l'employer.

Parmi tous les logiciels sous licence GPL on peut citer Emacs l'éditeur de texte dont on s'accorde à penser que la seule chose qu'il ne sache pas (encore ?) faire est le café, et Linux le noyau actuel du système d'exploitation GNU dont les plus optimistes pensent qu'il va renvoyer Bill Gates jouer avec ses crottes de nez dans son Xanadu de pacotille (j'exagère mais ça fait du bien :-) ).

Berkeley Software Distribution (BSD)

Cette licence, mise au point avant la GPL par l'Université de Berkeley en Californie, est beaucoup plus souple car elle permet d'utiliser des morceaux de code dans des logiciels propriétaires à la seule condition de citer quelque part l'auteur original. Cela peut être dans les sources eux-même, ou vous avez l'obligation de conserver les mentions originales, mais aussi dans l'exécutable, par exemple dans une boite de dialogue “À propos de...”.

Cette souplesse est aussi cause d'un inconvénient de taille : n'importe qui peut propriétariser entièrement un logiciel sous licence BSD et décider de ne plus en diffuser les sources. C'est par exemple ce qui s'est produit avec de nombreux systèmes Unix, par exemple celui de Sun, dérivés du système Unix de Berkeley. Bien entendu les sources des versions antérieures restent librement disponibles.

Parmi tous les logiciels sous licence BSD, on peut citer SendMail, le logiciel de transport de courrier électronique sans lequel l'Internet ne serait pas aussi sympa, et Bind le logiciel serveur de noms de domaines (DNS) sans lequel Internet ne serait qu'une idée débile dans l'esprit dérangé d'un cyberpunk sous acide (chlorhydrique). On considère que chaque message électronique émis dans le monde depuis n'importe quel logiciel, va transiter par au moins un exemplaire de SendMail. On considère aussi que si Bind venait à tomber en panne partout en même temps ca serait tout simplement La Merde (tm), et qu'à côté de ça le bug de l'an 2000 serait comme une unique faute d'orthographe dans le dictionnaire complet de l'Académie Française.

Autres licences

Il existe de nombreuses autres licences de logiciels libres, mais comme nous l'avons dit plus haut elles sont plus ou moins basées sur les deux licences décrites ci-dessus, en voici néanmoins une liste non exhaustive:

  • Licence Artistique, proche de la GPL => Perl...

  • Licence MIT-X, proche de la BSD => XFree...

  • Netscape Public Licence, hybride restricitif => Mozilla...

  • etc...

Notes

[1]

Presse Informatique Française