Chapter 2. Incompétence

En lisant la PIF, il est clair que les rédacteurs n'ont aucune compétence en informatique. En effet les plus chanceux d'entre eux sortent d'une école de journalisme où ils n'ont pas appris à vérifier leurs informations, quant, tandis que les moins pourvus sortent sans doute d'une école de commerce quelconque. Bien entendu mes propos sont exagérés mais voici néanmoins quelques preuves de l'incompétence et du manque de clairvoyance de la PIF.

Le retard français

Il est de bon ton dans la PIF de dénigrer le soit-disant retard français en ce qui concerne les technologies de l'information et plus particulièrement de l'Internet. Nous allons décrire par ordre croissant d'importance les deux causes principales de ce soit-disant retard.

Le cas France Télécom

Je précise que France Télécom n'a aucun rapport avec la PIF. Je parle de cette entreprise car les infrastructures sur lesquelles est bâti l'Internet en France dépendent presque entièrement d'elle.

La société France Télécom, en situation de monopole sur le marché français n'a pas oeuvré afin de développer l'Internet et d'en rendre l'accès aisé à tout un chacun.

La raison principale est que cette société a voulu appliquer l'adage bien connu “Un tiens vaux mieux que deux tu l'auras” en maintenant à tout prix l'existence du Minitel [1] alors que l'archaïsme de cet appareil aurait dû le faire reléguer définitivement au fond des placards des cyber-ménagères, comme jadis le fer à repasser à charbon de mère-grand, dès 1990.

Il faut savoir que le Minitel génère encore des profits considérables et immédiats, alors que le commerce sur l'Internet ne rapporte qu'à long terme et sans garantie, rien n'étant facturé sans commande préalable.

La société France Télécom a donc voulu profiter de son monopole pour maximiser ses profits en diffusant des produits qui n'étaient pas l'état de l'art en matière de transmission d'information, et ce au mépris des utilisateurs facturables à loisir. Ce comportement est totalement indigne pour une entreprise publique, ce qu'est encore plus ou moins France Télécom à l'heure actuelle.

Le paragraphe précédent me rappelle étrangement le comportement d'une autre société en situation de monopole, mondial celui-là, et nous avons ici la preuve que le monopole ne profite en définitive JAMAIS à l'utilisateur final.

Le rôle moteur de la PIF

La PIF, destinée aux [professionnels de l'informatique] (pour citer Bernard LAUR “expert” écrivant parfois dans la revue “01 Informatique”), se veut la référence en matière de technologies informatiques. En effet, elle est lue par les décideurs et ceux-ci ne sont pas des rigolos :-)

La PIF pense légitimement qu'elle influence les décideurs en question et effectivement c'est le cas, puisque par définition un décideur est quelqu'un qui est incapable de prendre une décision. À la limite c'est compréhensible car ils doivent avoir un avis sur tout mais ne peuvent pas tout connaître. Alors nous sommes en droit de nous poser la question: “Si la France est en retard, à qui la faute ?”

Est-ce la faute du pousseur de cartons de chez le revendeur du coin de la rue ? Non, celui-ci subit tout, et notamment se passerait bien de réinstaller dix fois MS-Windows sur l'ordinateur tout neuf de Madame Tapedur sous prétexte qu'elle a “fait une fausse manip”.

Est-ce la faute du décideur ? Non, celui-ci a été influencé.

Est-ce la faute de la PIF ? Bien sûr, car c'est elle qui a influencé le décideur. De la même manière qu'en matière de crimes le commanditaire est au moins aussi coupable que l'exécutant, la PIF est au moins aussi coupable que les décideurs qui agissent sur ses conseils qu'ils croient avisés.

Ainsi, alors que les racines d'Internet remontent a plus de vingt ans, la PIF censée être à l'avant garde n'en traite régulièrement que depuis 5 ans. En abrégeant, la PIF n'a pas parlé d'Internet assez tôt, résultat nous sommes en retard. On peut penser que ce quasi silence est dû au fait qu'Internet soit venu par les voies universitaires et pas par les grands acteurs (zut, j'ai failli écrire acheteurs) du marché. En effet, la PIF nous bassine sans arrêt avec Windows NT 5 (ou 2000 pour ceux qui croient que ce n'est pas pareil) depuis plusieurs années alors que ce logiciel n'a même pas de date de sortie officielle au moment où j'écris ces lignes. De même, son ignorance persistante de sytèmes comme Netware (dont certes le vendeur ne fait plus beaucoup de promotion ces derniers temps) conduit à se demander s'il n'y a pas là, ou bien un ostracisme volontaire et condamnable, ou bien une ignorance inexcusable.

Pour prendre l'exemple particulier des logiciels libres, alors que la presse d'outre Atlantique a déversé son flot de FUD dessus il y a maintenant quatre ans, la PIF ne commence a le faire que depuis la fin 1997, et très sérieusement depuis seulement quelques mois. Il est très amusant de remarquer qu'entre temps la presse US a changé son fusil d'épaule et vante les logiciels libres en permanence, hormis quelques rares joyaux du FUD qui persistent encore, comme celui ci: http://www.abcnews.com/sections/tech/FredMoody/moody981120.html ou comme cet article paru en Décembre 1998 dans “Décision Micro” et qui annonce que la sortie du noyau Linux 2.2 a été repoussée jusqu'en mars 1999, alors qu'il n'y a jamais eu d'annonce de ce type par Linus Torvalds, principal architecte du noyau Linux, et que ledit noyau est sorti officiellement fin Janvier 1999. D'ailleurs dans le monde du logiciel libre, il est une loi que voici: “La date officielle D de la sortie de la version V du logiciel L, sera connue à la date D, voir D+n si l'auteur A du logiciel L est en vacances pour n jours à partir de D”. Comme on le voit, le monde du logiciel libre ne fonctionne pas par des effets d'annonce. Une version stable est diffusée lorsqu'elle est stable, une version instable est diffusée en permanence pour que les utilisateurs la stabilisent eux-même. On peut remarquer que Microsoft applique pratiquement le même principe: Une version stable n'est JAMAIS diffusée, une version instable est diffusée en permanence pour que les utilisateurs achètent la prochaine version instable que le marketing fera passer pour stable en s'y prenant au moins un an ou deux à l'avance histoire que le client n'aille pas voir ailleurs entre temps.

L'histoire étant un éternel recommencement, d'ici quatre à cinq ans la PIF sera enfin positive envers les logiciels libres. Elle n'aura pas comblé son retard, comme nous l'avons vu précédemment c'est elle qui retarde, et sera aussi ridicule qu'Oracle qui propose aujourd'hui une version Linux de son SGBD après avoir juré qu'ils ne le feraient pas.

Notes

[1]

Terminal alphanumérique permettant l'accès simplifié à de nombreux services en ligne facturés à la durée, et souvent onéreux. Une partie importante des sommes perçues est versée au fournisseur d'accès, le reste étant conservé par France Télécom.