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9. Valentin est en bonne compagnie

Ce n'est pas la première fois qu'on utilise le fait d'avoir publié des documents tombant sous le coup de la loi comme une arme de censure politique. En France, on peut remonter en 1857, au Second Empire, et au procès intenté à l'encontre du journal libéral La revue de Paris.

Le procureur de la République a tendu un traquenard à ce journal en lui reprochant de publier sous forme de feuilleton un roman qui était un « outrage aux bonnes moeurs, publiques et religieuses ». Mais la plupart des observateurs savaient bien que le véritable crime du journal était d'avoir laissé les opposants au régime, des gauchistes, s'exprimer. La Revue avait été mise en garde deux fois, et devait être interdite l'année qui suivit sur l'accusation d'incitation à la sédition.

Le procès de moralité s'est révélé être une vaste pantalonnade, qui a vu tous les accusés être acquittés. Il n'a réussi qu'à attirer l'attention du public sur les idées osées du roman condamné --- Madame Bovary --- et sur le talent de son auteur, Gustave Flaubert, au style de vie si conventionnel qu'il en était assommant.

Je doute qu'aucun des 47 000 sites d'Altern renfermât une oeuvre de la qualité de Madame Bovary, mais j'aimerais qu'on me laisse la possibilité d'explorer ce que ces âmes sincères ont à proposer, et je regrette que M. Lacambre n'ait pas fait valoir ses droits avec autant de succès que Flaubert. On peut tolérer d'apposer des limites au fait de masquer entièrement l'identité des gens, mais il ne faut pas que les infractions perpétrées par une minorité servent de prétexte pour ôter à tous le droit à une expression libre, ou anonyme.


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