L'histoire de GNU/Linux, est composée de multiples volets. Elle commence bien avant que le nom de Linux soit cité dans la presse.
La plupart des utilisateurs de PC pensent que l'informatique a commencé avec Microsoft. Il n'en est rien ! Sans remonter à la préhistoire, on trouve quand même l'origine d'Unix dans certaines idées de Ken Thompson, dès 1969. C'était encore l'époque des cartes perforées et des téléscripteurs et l'idée qu'un ordinateur serait un jour un meuble de salon n'effleurait personne.
Pourtant c'est là que furent établies toutes les caractéristiques d'un système d'exploitation moderne comme ceux que nous connaissons de nos jours.
Il n'est pas anodin de remarquer que très vite Dennis Ritchie et Brian Kernighan vinrent rejoindre Ken Thompson. En effet ces deux brillants informaticiens sont les inventeurs du langage C, qui est encore aujourd'hui le langage universellement utilisé pour les applications professionnelles.
A cette époque, les ordinateurs étaient des monstres onéreux et encombrants et très différents les uns des autres, et une des spécifications d'Unix était de pouvoir être installé sur des machines différentes.
Unix se répandait alors sur les stations de travail scientifiques des universités. Au fil des années, Unix allait évoluer, avec de multiples essais de standardisation plus ou moins réussis. En fait chaque marque avait « son » Unix. Néanmoins les ingénieurs informaticiens pouvaient passer sans trop de mal d'une machine à l'autre. A cette époque, les programmes étaient diffusés sous forme de « source » qu'il fallait « compiler », mais ce mode de diffusion permettait de les adapter facilement aux besoins des usagers.
Quand les PC ont fait leur apparition, au début des années 1980, ils n'étaient pas - et de loin - assez puissants pour faire tourner Unix. Néanmoins, leur système d'exploitation a repris une partie des caractéristiques d'Unix, comme la structure des répertoires ou les caractères joker.
Quelques essais d'implantation d'Unix sur PC sont restés confidentiels.
Pendant ce temps, le nombre de stations de travail augmentant, les programmes sont de plus en plus fournis sous forme compilée... et payante pour chaque modification.
Le 27 Septembre 1983, un télégramme tombe sur les téléscripteurs :-). En fait, non, il s'agit simplement d'un courrier électronique envoyé par Richard Stallman à destination du groupe de discussion net.unix-wizards,net.usoft.
Ce courrier disait :
"Starting this Thanksgiving I am going to write a complete Unix-compatible software system called GNU (for Gnu's Not Unix), and give it away free(1) to everyone who can use it. Contributions of time, money, programs and equipment are greatly needed".
Soit, en français :
"A dater de ce Thanksgiving, je vais écrire un système d'exploitation complet compatible Unix appelé GNU (pour Gnu N'est_pas Unix) et le donner gratuitement à toute personne qui peut l'utiliser. Des contributions en temps, argent, programmes sont grandement nécessaires".
Vous trouverez les détails sur le site de la Free Software Fundation qui venait alors de naître, à www.fsf.org.
Richard Stallman, inventeur de l'éditeur mondialement célèbre (dans les milieux informatiques :-)) EMACS travaillait à l'époque au laboratoire d'intelligence artificielle du MIT (Massachusset Institute of Technology). Il définissait ainsi ses motifs :
« Why I Must Write GNU
I consider that the golden rule requires that if I like a program I must share it with other people who like it. I cannot in good conscience sign a nondisclosure agreement or a software licence agreement. »
« Pourquoi Je Dois Écrire GNU
Je considère que la règle d'or exige que si j'aime un programme je dois le partager avec les autres personnes qui l'aiment. Je ne peux pas, en bonne conscience signer un accord de non divulgation ou de licence sur un logiciel. »
Ainsi, depuis 1983, ont été écrits ou réécrits tous les utilitaires (plus de 1700, à l'origine, bien plus aujourd'hui) d'Unix, leur nom maintenant précédé du « g » de Gnu (gzip au lieu de zip...).
Pour une raison qui m'échappe, la réécriture du noyau d'Unix, celui qui était nécessaire pour faire tourner l'ordinateur n'a pas été menée à bien. Peut-être y avait-il trop de différences entre les machines et des obstacles dus aux brevets. Il faut dire aussi que les machines UNIX étaient livrées avec un noyau.
En 1987, Andrew Tanenbaum, d'Amsterdam, rendit disponible « minix », une version d'unix destinée aux PC. Cette version n'était pas complètement fonctionnelle, elle ne prétendait pas faire tourner une machine, seulement permettre aux étudiants de s'entraîner chez eux, les PC commençant à devenir abordables pour un particulier.
Le système de fichiers de minix est encore aujourd'hui celui utilisé pour les disquettes (quand on n'utilise pas le format DOS).
Au cours de l'année 1991, un étudiant finlandais, Linus Torvalds, trouvant minix trop limité, décide d'écrire un noyau Unix pour PC. Il réalise quelques modules (juste de quoi faire fonctionner un lecteur de disquettes) et poste le tout sur le site Internet de son université.
Des détails sur la création de LinuxSon initiative allait déchaîner l'enthousiasme de milliers de programmeurs, et le nom du noyau, « Linux » devait bientôt, dans l'esprit du public, supplanter celui de GNU ou de FSF. Pourtant, en nombre d'octets, la contribution de GNU est bien plus importante que celle de Linux.
Richard M. Stallman est une figure incontournable de la galaxie GNU/Linux. Allez donc voir son site perso à www.stallman.org

Allez voir la page perso de Linus Torvalds à www.cs.Helsinki.FI/u/torvalds.
Vous verrez que Stallman et Torvalds sont deux personnages très différents.

Vous trouverez facilement des interview de Linus, mais très peu de photos de lui. La photo ci-dessus est la seule que j'ai trouvée qui soit regardable.
Son adresse professionnelle :
Linus Torvalds, Transmeta Corps, 3940 Freedom Circle, Santa Clara 95054 USA (freedom circle, ça ne s'invente pas !)
Force est de constater que, dans un système d'exploitation, le noyau est un élément essentiel et incontournable, une pièce de code très pointue. Cependant, en "taille de code", au moins au niveau de l'exécutable, il reste un élément modeste.
Il s'agit pour l'essentiel d'un logiciel unique, maintenu par une équipe réduite. Qui plus est, sans doute pour des raisons historiques, mais aussi parce que l'efficacité du code est essentielle, la gestion de la programmation du noyau Linux est assez peu démocratique.
Le noyau a un mainteneur principal (qui n'est plus Linus Torvalds, d'ailleurs) et c'est lui qui prend les décisions.
Des noyaux non-Linux existent et ne sont pas anecdotiques. HURD sera peut-être le noyau de demain, même s'il est encore un lieu d'expériences, GNU existe sur des systèmes non Linux.
Tout le reste du système (les utilitaires) doivent être programmés avec la même rigueur, mais ne nécessitent que peu d'ajustements et ne changent donc que très peu.
Par contre ils représentent une très grosse partie du code et un grand nombre de programmeurs. Ils existaient aussi, donc, très longtemps avant Linux.
La simple reconnaissance de l'antériorité et du nombre fait qu'il serait logique d'appeler notre système favori "GNU" et, là où l'on utilise le noyau Linux, GNU/Linux
Le malheur (pour Richard Stalmann) a voulu que le jeu de mots vaseux qui a présidé au choix du GNU comme animal représentatif ait donné un mot (GNU) difficile à prononcer dans toutes les langues. Le jeu de mots non moins vaseux "Linux" (avec un "x" comme dans UNIx à la place du "s" de Linus) a donné un mot nettement plus "vendable" au public. D'où certainement la victoire écrasante de Linux dans les médias.
Cette situation est d'autant plus injuste que Linus Torvalds est un homme discret qui ne s'implique pas publiquement dans le logiciel libre (et c'est son droit le plus strict), alors que Richard, plus connu comme "RMS" ne cesse de parcourir le monde pour propager la bonne parole.
Il est donc de simple justice, au moins pour les connaisseurs, de présenter notre système comme GNU/Linux, en reconnaissance du travail de RMS.
Et bien justement, si il y a dix ans, "Linux" était tout ce que le public connaissait, il est bien établi aujourd'hui que ce qui se cache derrrière ce vocable est bien "le logiciel libre".
Ce vocable, qu'il faut préférer à "Open Source", angliciste et incomplet, est aujourd'hui suffisemment connu pour devenir le principal porte drapeau de notre mouvement.
L'idéal, bien sûr, serait que le monde entier utilise une Debian. Faute de mieux une autre distribution GNU/Linux. Mais comme il nous faut bien vivre dans un monde réel dominé par Windows, tant qu'à faire, utiliser sur ce système des applications libres est quand même un moindre mal.
Certes, peu nombreux seront ceux qui vont utiliser sous Windows les produits GNU (CygWin), mais de nombreuses applications majeures (GIMP, OpenOffice.org, LaTeX, Mozilla et bien d'autres) permettent de planter le vers dans le fruit.
Dans l'optique de cette évolution, promouvoir la notion de "Logiciel libre", au besoin abrégée en "Libre" est sans doute incontournable.
Jean-Daniel Dodin - 26 Juin 2004