Lettre ouverte à l'aspirant linuxien

Pour enlever toute ambiguïté, je voudrais préciser que les propos suivants ne sont ni une critique personnelle (certain correspondant avait cru que cela s'adressait à lui, je lui en demande sincèrement pardon, n'est-ce pas, Antoine ?), ni un quelconque travail de découragement, bien au contraire. Linux est une aventure merveilleuse qui offre plein de satisfactions, mais cela a un prix : la passion, l'investissement personnel et beaucoup de travail. Ne boudons pas notre plaisir pour autant ! Pour débuter sans douleur, lisez aussi la Page du débutant, par Jean-Michel Oltra.

1. Le constat

Après un an et demi de pratique du dépannage, d'aide et de rédaction d'articles, j'ai acquis une petite (oh, tout petite) maîtrise de l'installation et de la résolution de problèmes dans l'environnement linuxien.

Aussi, j'ai eu envie de faire cette lettre pour te dire, à toi, aspirant linuxien, à quoi tu t'exposes en voulant franchir le pas. Non, rien de bien méchant, mais il est bon de rappeler quelques principes et démonter quelques vérités premières plutôt fallacieuses...

Linux est un système Unix. Ce qui veut dire ligne de commande, certaines précautions d'utilisation et de bonnes bases informatiques afin de bien comprendre le système.

Avec Linux, tu es dieu sur ta machine. Tu seras capable du meilleur comme du pire. Surtout du pire. Il te suffira d'être connecté en tant que root et de faire rm -rf /* et tu effaces sans sommation tout ton disque dur !

Maintenant, il y a plusieurs choses à préciser. C'est vrai que Linux est un système puissant n'occupant, en théorie, que très peu de place... Dans la pratique, si tu veux pouvoir l'utiliser en tant que station de travail et pouvoir jouir de logiciels tels que StarOffice, il faudra une configuration assez musclée, le minimum vital étant un processeur Pentium II à 250 MHz, un disque dur ou un espace disque disponible de 4 Go et, le plus important, une bonne mémoire, 96 Mo étant à mes yeux un minimum. Au-delà, aucun problème !

En théorie, donc, on peut très bien faire un poste serveur avec 100 Mo de d'espace disque et un 486... mais là, hors de question d'utiliser un serveur X (interface graphique) et moins encore de pouvoir faire de la bureautique...

Si ta machine est trop récente (je veux dire par là si ta carte graphique ou l'un de tes périphériques viennent de sortir), tu risques d'avoir des problèmes de configuration. Je m'explique. Linux n'étant encore que très mal supporté par les constructeurs de matériel informatique, les pilotes permettant de paramétrer ce genre de matériel sont la plupart du temps l'oeuvre de hackers linuxiens. Il faut donc un certain temps entre la sortie sur le marché d'un matériel quelconque et la disponibilité du pilote pour Linux adéquat.

Si ton matériel a déjà quelques mois (voire quelques années), là, il ne devrait pas y avoir trop de problème... sauf si ce matériel est trop ancien (support du pilote abandonné) ou trop exotique (la superbe carte vidéo Luminotron XV52 K86 vendue à trois exemplaires).

Donc, la première chose à faire est d'effectuer un état des lieux de ta machine, en répertoriant ses paramètres de base (processeur, mémoire, disque dur), la carte vidéo, les cartes ethernet, scsi... puis tous périphériques (scanner, modem, écran, imprimante).

Ensuite, se rendre sur le site de la distribution convoitée (tu trouveras quelques adresses à la section distributions de ce site) afin de vérifier que tout le matériel est bien reconnu par ladite distribution.

Une fois que tu t'es bien assuré que ton matériel sera bien reconnu, il te faudra te procurer la fameuse galette comprenant ce trésor qu'est Linux. Et c'est là qu'intervient la confusion quant à l'appellation Free Software... Si free veut bien dire gratuit en anglais, il veut surtout dire, dans ce cas libre. Pour beaucoup de gens, les deux notions se confondent alors qu'il est un fait établi et qui est inaliénable de Linux, c'est la liberté. Et la liberté peut aller jusqu'à vendre Linux ! Eh oui, la règle veut que sa distribution soit gratuite en partie (versions GPL, d'évaluation, libre téléchargement, etc.), mais il ne faut pas oublier que réunir sur un cédérom toute cette masse de connaissance a un coût, et c'est ce coût que les distributeurs répercutent. Aussi, acheter un "pack" Mandrake ou SuSE comprend non seulement les six ou sept cédéroms de cette distribution, mais aussi l'impression du ou des manuels, l'assistance parfois téléphonique, souvent par courrier électronique... la recherche et le développement. Les programmeurs doivent bien manger un jour où l'autre, même si ce n'est qu'une pizza froide =;).

Concernant les termes de la Gnu Public License, autrement appelée GPL, je vous conseille vivement de vous tourner vers le texte officiel (en anglais) disponible sur www.fsf.org/copyleft/gpl.html ainsi qu'à sa traduction française disponible sur le site www.linux-france.org/article/these/gpl.html

Maintenant, si tu as une connexion musclée et permanente, rien ne t'empêche de télécharger "gratuitement" la distribution convoitée.

Linux, c'est facile ! Stop ! Là, je dis non. Bien que les dernières versions soient de plus en plus simples à installer, il faut tout de même avoir de bonnes notions d'informatique (on ne joue pas correctement d'un instrument de musique sans avoir fait un minimum de solfège auparavant ; ça tout bon conservatoire de musique te le dira). Si tu as déjà eu affaire à la ligne de commande du DOS (dir, copy, format, del...), tu trouveras quelques similitudes avec la philosophie Unix... Donc, il ne faut pas craindre de mettre les mains dans le cambouis quand tu t'investis dans l'aventure linuxienne...

2. Quelques règles d'or

Tu remarqueras avec bonheur que le webmestre de ce site ainsi que tous ceux des sites partenaires que tu trouveras sur la page principale répondront toujours à tes demandes, quelles qu'elles soient, et ce le plus souvent très rapidement.

Aussi, avant de poster ta question, ne sois pas avare en détails : plus tu seras précis sur ton problème, ta configuration, ta distribution, plus tu auras de chances d'obtenir la bonne réponse dès le premier échange de courriels ! Aussi, n'hésite pas à préparer un document type que tu compléteras à l'occasion, comportant le nom de la distribution que tu utilises, sa version, le détail de ton matériel (processeur, mémoire, taille du ou des disques, périphériques rattachés, cartes son, vidéo, scsi - modèles et marques...). Bref, plus tu en diras, plus tu auras de chances d'être entendu !

N'hésite pas à trouver un petit cours d'Unix de base afin de te familiariser avec les commandes principales du genre ls, tar, cd, mkdir, rm, mv, etc. Ce n'est pas très compliqué, il suffit de se jeter à l'eau !

3. Quelques mises en garde

Elles m'ont été inspirées par Michael Briffoteaux...
Bien évidemment, il faut déjà avoir été en contact avec l'installation d'un système d'exploitation (Windows, par exemple), surtout en ce qui concerne la partition des disques durs. Rien n'est plus déroutant, lorsque l'on débute, que d'avoir à toucher à la table de partitions d'un disque. Sueurs froides assurées ! Fort heureusement, les nouvelles distributions offrent des outils de plus en plus puissants et conviviaux pour faire cette délicate opération. On peut même, aujourd'hui, partager un disque dur comportant déjà Windows sans aucune perte de données... Je pense en particulier à DiskDrake fourni avec la Mandrake...

Autre point que je trouve pertinent : le nom des disques durs, sous Linux, est totalement différent de la manière DOS... Là où tu avais c:\, d:\, etc., tu trouveras /mnt/hda1, /mnt/hdc1, etc. Il est très important d'oublier les repères du monde Windows ou MacOS... Unix a une tout autre philosophie. De la même manière, tu n'auras plus besoin de défragmenter un disque dur... Ce sont des choses que l'on découvre au fur et à mesure et qui sont loin d'être évidentes de prime abord, mais qui deviennent par la suite tout à fait naturelles et plus logiques.

Dans un autre registre, concernant toujours les disques durs, il existe plusieurs écoles quant à la partition des disques pour Linux. Pour ma part, j'ai dédié mon disque de 4,5 Go de la manière suivante :

On préconise souvent de mettre les répertoires /var et /usr sur des partitions séparées... rien ne vous en empêche. Par contre, j'ai remplacé le traditionnel système de fichiers ext2fs par le nouveau reiserfs de SuSE (proposé par la Mandrake ;) qui permet de journaliser les fichiers... C'est à dire que tous les fichiers ouverts lors d'une session sont inscrits sur un journal et que, en cas de problème, seuls ces fichiers seront vérifiés et réparés lors du prochain démarrage, et non la totalité du ou des disques durs avec ext2fs. Gain de temps et sécurité accrue.

Par ailleurs, même si Linux et Windows cohabitent la plupart du temps sans problème sur le même disque dur, il est bien évidemment plus sage d'investir quelques centaines de francs dans un disque dur dédié à Linux...

Et la règle d'or d'un système Unix/Linux : on n'arrête jamais l'ordinateur sauvagement ! Il faut toujours procéder par un processus d'extinction qui fonctionne par paliers (arrêt des processus en cours d'exécution, fermeture des fichiers ouverts, démontage des parititions...) et qui se nomme le shutdown. Si vous arrêtiez brutalement votre machine, cela reviendrait à couper le contact alors que votre voiture est lancée à 50 km/h... je vous laisse imaginer les conséquences ! (J'ai emprunté cette métaphore à P'tit Lu... ;)

4. Les avantages de Linux

Ils sont nombreux. Comme tu l'as souvent entendu dire, Linux est un système réellement multitâche (tu peux très bien graver un cédérom pendant que tu écoutes un morceau de musique tout en retouchant une image avec The Gimp...). Multiutilisateurs : chacun peut avoir sa propre configuration sans avoir à empiéter sur celle de sa compagne ou de son compagnon. Mais là où je trouve toute la séduction de ce système, c'est la pléthore de logiciels libres et performants touchant la plupart des domaines (The Gimp pour la retouche d'images, Killustrator ou Sketch pour le dessin vectoriel, BlueFish, Quanta ou Amaya pour la composition des pages html, Galeon, Mozilla ou Netscape pour les navigateurs, StarOffice, le mastodonte bureautique compatible avec l'autre...) qui ont l'avantage d'être non seulement gratuits, mais très bien suivis et l'on ne passe pas une semaine sans qu'une nouvelle version améliorée et déboguée ne soit disponible.

Que ce soit avec Windows ou MacOS, tu n'as droit qu'à une seule interface graphique. Tu peux l'habiller, changer certains paramètres, mais c'est tout. Et c'est peu. Sous Linux, tu as un choix sans limite d'interfaces ! Les plus connues sont Kde, Gnome, Enlightenment, Windowmaker, dont certaines s'appuient sur d'autres... plus tout une ribambelle d'autres gestionnaires de fenêtres moins connus. Et chaque gestionnaire est entièrement configurable, il existe même des Themes managers qui permettent d'appliquer un habillage complet à ton gestionnaire préféré.

5. Où obtenir de l'information ?

Bien entendu, l'Internet est une source inépuisable d'informations... seulement, comment s'y retrouver ? Il existe des sites regroupant les principales ressources (Linux-Doc, Linux-France, etc.) et plein de sites personnels comportant des trésors (visite donc chacun des partenaires du Petit Journal pour t'en convaincre...) et distillant une masse d'informations non négligeable.

Ensuite, il y a toujours l'ami qui a déjà installé Linux et qui pourra t'aider lors de ton baptême... Il existe une autre source d'aide et d'information trop méconnue, ce sont les lug (linux user groups ou groupes d'utilisateurs de Linux) où, pour une modique somme (entre 50 et 100 F par an), tu trouveras toute l'aide désirée, quel que soit ton niveau, des conseils, des assistances réelles, tu pourras même y obtenir la distribution convoitée pour rien ou presque rien... Tu pourras trouver la liste complète des lugs sur le site de l'Aful.

Conclusion provisoire...

Je t'invite à venir lire cette lettre de temps à autre : j'y mettrai au fur et à mesure mes réflexions et avertissements à destination de l'aspirant linuxien que tu es !

César Alexanian, maître de toile